Mon uni­ver­si­té va cra­quer

L’en­sei­gne­ment su­pé­rieur voit ses ef­fec­tifs étu­diants croître bien plus vite que son bud­get, et reste très sé­lec­tif so­cia­le­ment.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - XA­VIER MOLÉNAT

Il y avait 310 000 étu­diants en 1960, 1,7 mil­lion en 1990, 2,6 mil­lions en 2016 et sans doute près de 3 mil­lions en 2026 : on peut se fé­li­ci­ter que, plus de cin­quante ans après avoir été ini­tié, l’im­pres­sion­nant mou­ve­ment de dé­mo­cra­ti­sa­tion de l’en­sei­gne­ment soit ap­pe­lé à se pour­suivre dans les an­nées à ve­nir. Mais dans quelles condi­tions ? De­puis bien­tôt dix ans, la dé­pense pu­blique par étu­diant, dé­jà peu éle­vée en com­pa­rai­son des autres pays eu­ro­péens, di­mi­nue en France. Si cette baisse touche toutes les fi­lières, elle est par­ti­cu­liè­re­ment cruelle pour des uni­ver­si­tés aux bud­gets fa­mé­liques alors qu’elles ac­cueillent près de six étu­diants sur dix.

Mal­gré un in­con­tes­table élar­gis­se­ment de son pu­blic, l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur reste un sys­tème hié­rar­chi­sé et très sé­lec­tif so­cia­le­ment. Net­te­ment sous-re­pré­sen­tés, les en­fants is­sus des classes po­pu­laires sont qua­si­ment ab­sents des fi­lières pres­ti­gieuses (classes pré­pa­ra­toires, grandes écoles), où les en­fants de cadres se taillent la part du lion. A l’uni­ver­si­té, les fils et filles d’ou­vriers et em­ployés se font éga­le­ment plus rares au fur et à me­sure de l’avan­cée dans le cur­sus li­cence-mas­ter-doc­to­rat. C’est ain­si qu’in­éga­li­tés éco­no­miques et iné- ga­li­tés so­ciales re­doublent : la col­lec­ti­vi­té dé­pense 1,5 fois plus pour un élève de classe pré­pa que pour un étu­diant à l’uni­ver­si­té…

La nou­velle pro­cé­dure d’af­fec­ta­tion Par­cour­sup, mise en place pour la ren­trée 2018, n’est pas en­core ache­vée. Mais tous les in­dices convergent pour lais­ser craindre un ren­for­ce­ment des in­éga­li­tés so­ciales face aux études su­pé­rieures, sur fond de diète bud­gé­taire per­sis­tante. Un choix dif­fi­ci­le­ment jus­ti­fiable alors que le mar­ché de l’em­ploi de­mande tou­jours plus de qua­li­fi­ca­tion. Et que les di­plômes, même s’ils n’offrent pas (ou plus) toutes les gar a n t i e s

es­comp- tées, restent au­jourd’hui la meilleure pro­tec­tion contre le chô­mage.

Evo­lu­tion de la dé­pense par étu­diant, des ef­fec­tifs étu­diants, et des en­sei­gnants ti­tu­laires, base 100 = 2000

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