San­té : une his­toire d’in­éga­li­tés

Der­rière les com­por­te­ments in­di­vi­duels, des dé­ter­mi­nants so­ciaux ex­pliquent les in­éga­li­tés de san­té entre riches et pauvres.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - CÉ­LINE MOUZON [1] Voir Bul­le­tin épi­dé­mio­lo­gique heb­do­ma­daire, 7 juin 2016 (16-17), dis­po­nible sur https:// bit.ly/ 2M1Z0aF

La ma­la­die ne frappe pas tout à fait au ha­sard. Il existe un lien entre l’état de san­té d’un in­di­vi­du et sa po­si­tion dans la hié­rar­chie so­ciale. C’est ce qu’on ap­pelle le gra­dient social de san­té : plus on oc­cupe une po­si­tion basse dans la hié­rar­chie so­ciale, plus forte est la pro­ba­bi­li­té qu’on souffre d’un état de san­té dé­té­rio­ré. Cette re­la­tion porte à la fois sur l’es­pé­rance de vie et sur la mor­bi­di­té, c’est-à-dire la fré­quence des ma­la­dies, des bles­sures et des in­ca­pa­ci­tés. Ce­la ne si­gni­fie pas, par exemple, que tous les ou­vriers dé­cèdent avant les cadres, mais que leur pro­ba­bi­li­té de décès est plus éle­vée. L’ex­pli­ca­tion est à cher­cher du cô­té des condi­tions de vie, de tra­vail et de lo­ge­ment.

Les cher­cheurs s’in­té­ressent aus­si à l’ « in­cor­po­ra­tion bio­lo­gique » du social, c’est-à-dire la fa­çon dont le social de­vient bio­lo­gique. Cette no­tion rend compte de l’in­fluence de l’environnement so­cio-éco­no­mique, no­tam­ment pré­coce, sur l’état de san­té à l’âge adulte : par exemple, le risque de dé­cla­rer un can­cer avant 50 ans pour les per­sonnes ayant gran­di dans un foyer pauvre et vé­cu des évé­ne­ments stres­sants pen­dant l’en­fance. Elle ne si­gni­fie ce­pen­dant pas qu’on reste ar­ri­mé à sa ca­té­go­rie so­cio-éco­no­mique de nais­sance : l’in­cor­po­ra­tion bio­lo­gique s’ob­serve tout au long de la vie, même si cer­taines phases (dont l’en­fance) y sont plus pro­pices [ 1].

En­fin, les in­éga­li­tés so­ciales de san­té touchent aus­si la tra­jec­toire de soins : la date d’ob­ten­tion d’un ren­dez-vous, le prix à payer pour être re­çu ra­pi­de­ment, mais aus­si la qua­li­té des soins et ce qui se passe en consul­ta­tion, car les in­for­ma­tions don­nées par le pra­ti­cien dé­pendent sou­vent du ca­pi­tal social et cultu­rel du pa­tient. Ces phé­no­mènes ne sont pour l’ins­tant do­cu­men­tés que par des études ponc­tuelles.

Es­pé­rance de vie à la nais­sance par sexe (en an­nées) se­lon le ni­veau de vie men­suel moyen (en eu­ros) pour trois ving­tiles* de ni­veau de vie, pour 2012-2016 Champ : France hors Mayotte. * Chaque ving­tile com­prend 5 % de la po­pu­la­tion.

Ser­vice des ur­gences de l’hô­pi­tal Avi­cennes à Bo­bi­gny (93).

Avec ou sans di­plôme, plus on est ai­sé, plus l’es­pé­rance de vie est éle­vée. Par­mi les 5 % les plus ai­sés, l’es­pé­rance de vie à la nais­sance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans par­mi les 5 % les plus pauvres, soit treize ans d’écart. Chez les femmes, cet écart, de 8,3 ans, est plus faible. Aux alen­tours d’un ni­veau de vie de 1 000 eu­ros par mois, 100 eu­ros sup­plé­men­taires sont as­so­ciés à 0,9 an d’es­pé­rance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes.

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