La fa­bri­ca­tion d’une ca­ra­bine ar­ti­sa­nale

Tout sa­voir sur la base mé­ca­nique : l’ac­tion Mau­ser type 98

Armes de Chasse - - Sommaire - Texte et pho­tos Joël Dor­léac-Guis­set

Tout sa­voir sur la base mé­ca­nique : l’ac­tion Mau­ser 98 (1re par­tie)

Si pour beau­coup la construc­tion d’une ca­ra­bine Mau­ser se ré­sume au simple as­sem­blage d’un ca­non sur le mé­ca­nisme d’un fu­sil de guerre, ceux qui fa­briquent des armes de chasse ar­ti­sa­nales de qua­li­té bâ­ties sur ce sys­tème savent com­bien le pro­cé­dé a d’exi­gences. Nous les dé­voi­lons pour vous avec une sé­rie d’ar­ticles, dont voi­ci le pre­mier vo­let. En­trez au coeur de l’ate­lier.

La plu­part des ca­ra­bines ar­ti­sa­nales du mar­ché sont construites sur une base ou, pour être pré­cis, sur une ac­tion Mau­ser. Pour au­tant, le gé­né­rique Mau­ser ne si­gni­fie rien en soi tant il re­couvre de mé­ca­nismes dif­fé­rents dont la qua­li­té s’éche­lonne du mé­diocre au su­blime. On peut tou­te­fois s’in­ter­ro­ger lorsque l’on voit les plus grands noms de l’ar­mu­re­rie – H& H, Rig­by, West­ley Ri­chards, Pur­dey, Hart­mann & Weiss, pour n’en ci­ter qu’un tout pe­tit nombre – n’uti­li­ser que ce fa­meux mé­ca­nisme, alors qu’ils peuvent avoir ac­cès aux « mer­veilles modernes li­néaires » en mé­tal lé­ger. La ré­ponse est simple : le sys­tème Mau­ser 98 a éta­bli un stan­dard au­quel les autres se com­parent et qui reste à ce jour in­éga­lé. Vous pour­rez bien sûr ob­jec­ter qu’il y a des mé­ca­nismes plus fluides, plus ra­pides, avec da­van­tage de ver­rous, etc., mais vous n’en trou­ve­rez au­cun qui as­so­cie une telle so­li­di­té à une fia­bi­li­té hors norme, une ali­men­ta­tion contrô­lée, une large lame d’ex­trac­teur et une came d’ex­trac­tion pri­maire ar­ra­chant les douilles les plus re­belles ou gon­flées, sans ou­blier une sû­re­té agis­sant di­rec­te­ment sur la per­cus­sion, un ma­ga­sin mo­no­bloc de grande ca­pa­ci­té ali­men­tant en quin­conce et une par­faite sé­cu­ri­té d’échap­pe­ment des gaz en cas de rup­ture d’étui ! C’est ce sys­tème unique que nous avons choi­si pour construire notre ca­ra­bine.

Va­ria­tions sur un même thème

Rien ne res­semble plus à un sys­tème Ori­gi­nal Mau­ser com­mer­cial cons­truit dans l’ate­lier des armes ci­viles à Obern­dorf qu’une ac­tion 98 pro­duite à des fins mi­li­taires en fin de con­flit, pen­sez-vous ? Eh bien non ! Il y a en réa­li­té énor­mé­ment de dif­fé­rences, même si l’on peut à juste titre consi­dé­rer que quelques rares sys­tèmes à vo­ca­tion mi­li­taire sont d’une ex­cep­tion­nelle qua­li­té et consti­tuent une ex­cel­lente base. Les­quels? Entre autres les re­mar­quables DWM( 1908 Bré­si­liens, DWM 1909 Ar­gen­tins, Steyr 1912 Chi­liens, Mau­ser Stan­dard Mo­del, CZ VZ33 et Br­no

G33/40. Les quatre pre­miers sont des pro­duc­tions mi­li­taires « de luxe » qui n’ont rien à en­vier aux sys­tèmes ci­vils, alors que les fa­bri­ca­tions tchèques pré­sentent des confi­gu­ra­tions très in­té­res­santes small ring( 2) et al­lè­ge­ment( 3). On de­vrait y ajou­ter l’ex­cellent Mau­ser 1909 Pé­ru­vien à ac­tion in­ter­mé­diaire. Par con tre, les pro­duc­tions de guerre et plus par­ti­cu­liè­re­ment celles de fin de con­flit ou is­sues d’ar­se­naux sa­tel­lites, comme cer­taines fa­bri­ca­tions you­go­slaves no­tam­ment, ne ré­pondent pas aux mêmes stan­dards de qua­li­té. Tou­te­fois, le K98 BYF( 4), bien que trop uni­for­mé­ment trai­té et aux dé­tails de fa­bri­ca­tion sim­pli­fiés, reste une ex­cel­lente op­tion pour ce­lui qui ne re­chigne pas au tra­vail et veut construire une ca­ra­bine dans un ca­libre « chaud ». Cer­tains sys­tèmes sont dé­cli­nés dans un nombre de va­ria­tions plus ou moins grand. Par­mi les moins di­ver­si­fiés, les ac­tions kurz (cf. en­ca­dré ci-des­sous), qui sont invariablement small ring, pe­tit fi­le­tage et ja­mais so­lid wall, et des ma­gnum, que l’on ren­contre en simple ou double flat­top, alors que sur les ac­tions in­ter­mé­diaires, pour­tant plus rares, on note un nombre éle­vé de com­bi­nai­sons. A ce­la s’ajoutent les types d’ou­ver­ture de ma­ga­sin ( fixes, à clé ou à pous­soir), les formes de pon­tet, les sys­tèmes de dé­tente et toutes les autres op­tions comme les sû­re­tés spé­ciales ou en­core, sur les ver­sions les plus tar­dives et les plus abou­ties, un guide de cu­lasse fai­sant saillie cô­té droit, der­rière le le­vier de ver­rouillage. Quel que soit l’in­té­rêt de ces va­ria­tions, il ne faut ja­mais perdre de vue que l’élé­ment pri­mor­dial dans la sé­lec­tion d’une ac­tion reste sa par­faite in­té­gri­té et qu’il vau­dra tou­jours mieux op­ter pour un beau et sain mé­ca­nisme stan­dard que pour un double flat-top cin­tré ou trop vio­lem­ment re­li­mé.

On dé­monte et on dé­graisse

Si le temps et les dé­fauts de conser­va­tion sont les pre­miers en­ne­mis de ces su­perbes mé­ca­niques, leur mau­vais trai­te­ment par des ama­teurs igno­rants reste le fac­teur de des­truc­tion ac­tuel­le­ment le plus ai­gu. Com­bien de beaux sys­tèmes sont chaque jour hon­teu­se­ment per­cés, meu­lés et tor­dus par des ar­mu­riers en herbe ? Le

plus grand risque d’at­teinte à l’in­té­gri­té du boî­tier sur­vient lors du dé­mon­tage du ca­non. Afin d’évi­ter tout voi­lage, il est né­ces­saire d’agir sur le ton­nerre, au plus près du ca­non. Pour ce faire, on uti­lise un étau blo­quant le tube d’une part, une clé à la forme par­fai­te­ment adap­tée au pro­fil du ton­nerre du boî­tier d’autre part. La fixa­tion du tube est as­su­rée par deux co­quilles en bronze ou en lai­ton par­fai­te­ment usi­nées au dia­mètre du ton­nerre du ca­non, alors que le boî­tier est pris dans une clé por­tant à la fois sur l’aplat in­fé­rieur et sur un V blo­quant la par­tie su­pé­rieure ar­ron­die. Pour chaque va­ria­tion de forme, on veille­ra à uti­li­ser un ou­til dif­fé­rem­ment confor­mé et, afin d’évi­ter marques et em­preintes, on ap­pli­que­ra un feuillard de lai­ton gar­ni de cuir. Si l’on a pris la peine de pa­tiem­ment bai­gner l’as­sem­blage fi­le­té d’huile dé­grip­pante, le dé­mon­tage sur­vient sans pro­blème. Pour les plus re­belles, une courte chauffe du ton­nerre, sui­vie d’un jet d’air com­pri­mé dans la chambre, règle gé­né­ra­le­ment le sou­ci. Avant toute chose, toutes les par­ties dé­mon­tées sont soi­gneu­se­ment dé­grais­sées dans un sol­vant avant lé­ger bros­sage. Après que le fi­le­tage d’as­sem­blage du ca­non ait été net­toyé et re­pas­sé avec un ta­raud ca­li­bré, on monte le boî­tier sur un axe rec­ti­fié au dia­mètre ca­li­bré, por­tant une bague fi­le­tée hors masse, ou­til qui per­met de par­fai­te­ment cen­trer l’en­semble dans le tour entre man­drin et contre-pointe. La pre­mière in­ter­ven­tion consiste à dres­ser la face avant du ton­nerre de ma­nière ri­gou­reu­se­ment per­pen­di­cu­laire à l’axe du sys­tème de fa­çon à as­su­rer une par­faite por­tée du ca­non. On pro­fi­te­ra de ce dis­po­si­tif et d’un trai­nard (une pointe à tra­cer qui per­met de vi­sua­li­ser les dé­fauts de dia­mètre) pour contrô­ler le faux rond du ton­nerre, qu’il se­ra alors plus ai­sé de rec­ti­fier.

On passe au ro­dage

Vient en­suite le ro­dage des por­tées des ver­rous. Un pous­soir cen­tré dans une bague fi­le­tée vis­sée dans le ton­nerre ap­plique une force constante sur la tête de l’ob­tu­ra­teur. Une lé­gère couche de pâte abra­sive très fine en­duit l’ar­rière des te­nons de ver­rouillage, dont on rode les por­tées par un mou­ve­ment de ma­noeuvre de 90 de­grés entre po­si­tion ou­verte et fer­mée. Si la rampe hé­li­coï­dale d’ar­me­ment est mar­quée, on peut pro­fi­ter de l’opé­ra­tion pour la ro­der de la même ma­nière. Cette étape doit être conduite sans ex­cès, elle n’a pour but que d’as­su­rer la ri­gou­reuse por­tée des te­nons sur leur face d’ap­pui. On monte alors le ver­rou de cu­lasse sur le tour et on le centre en s’ai­dant de la lu­nette, dont on po­si­tionne les points d’ap­pui dans le dé­col­le­tage de la bague d’ex­trac­teur. En uti­li­sant une pas­tille car­bure, on peut net­toyer d’une passe peu ap­puyée la face avant de la tête de cu­lasse ou en aug­men­ter le dia­mètre si l’on veut par exemple pas­ser du stan­dard au ma­gnum. Ces opé­ra­tions ter­mi­nées, on pro­cède à un pro­fond net­toyage des pièces, de pré­fé­rence noyées dans un bac à ul­tra­sons rem­pli de pro­duit dé­grais­sant. Le sys­tème est mé­ca­ni­que­ment par­fait, les longues et fas­ti­dieuses re­limes peuvent com­men­cer. Les ac­tions ont su­bi en usine un trai­te­ment ther­mique de cé­men­ta­tion qui confère une grande du­re­té ex­té­rieure tout en lais­sant duc­tile le coeur du mé­tal. La cé­men­ta­tion rend le tra-

vail à la lime dif­fi­cile, mais ten­ter de brus­quer les choses par une chauffe ha­sar­deuse est inutile. Un jeu de limes dia­man­tées per­met d’avan­cer sans stres­ser le mé­tal. Se­lon le de­gré de fi­ni­tion sou­hai­té, on pour­ra conser­ver cer­tains poin­çons et nu­mé­ros, mais sur une arme de qua­li­té, s’il est d’usage de prendre grand soin de pré­ser­ver les mar­quages rou­lés d’ori­gine sur le voile la­té­ral gauche et éven­tuel­le­ment le des­sus du ton­nerre, on veille­ra à faire dis­pa­raître tous les autres poin­çons et nu­mé­ros sans rap­port avec le pro­duit à naître. Une règle à fi­la­ment per­met de vé­ri­fier qu’au­cun creux ou bosse ne vient al­té­rer la rec­ti­tude des élé­ments, dont l’état de sur­face doit être par­fait, sim­ple­ment ti­ré de long, sans le dé­gui­se­ment d’un po­li mi­roir abu­sif.

Ce que l’on peut mo­di­fier

Nous avons main­te­nant entre les mains un mé­ca­nisme par­fai­te­ment rec­ti­fié, proche d’un sys­tème en blanc tel qu’il sor­tait des ate­liers d’Obern­dorf avant fi­ni­tions. Pour en amé­lio­rer l’er­go­no­mie, nous al­lons lui ap­por­ter des mo­di­fi­ca­tions en veillant bien à n’al­té­rer ni le fonc­tion­ne­ment ni la ré­sis­tance. La ma­jo­ri­té des ca­ra­bines, à l’ex­cep­tion de cer­tains très gros ca­libres, étant équi­pées de lu­nettes de vi­sée, on se­ra contraint de chan­ger le le­vier de ma­noeuvre de la cu­lasse mo­bile si l’on ne veut pas être obli­gé par la suite de mon­ter la lu­nette trop haut. Toutes les lu­nettes ac­tuelles de qua- li­té sont af­fli­gées d’ocu­laires de fort dia­mètre et le sys­tème Mau­ser, avec ses deux ver­rous avant, voit son le­vier dé­crire un arc de 90 de­grés. Il existe de nom­breuses va­riantes de formes pour les le­viers des­ti­nés à ce sys­tème. Cer­tains re­prennent l’al­lure de ceux des Win­ches­ter mo­dèle 70 pré-64 (mé­ca­nisme à 90 de­grés), d’autres plus conven­tion­nels sont proches des le­viers en poire ca­rac­té­ris­tiques des pro­duc­tions ci­viles d’Obern­dorf, d’autres sont plats, dans le style des mo­dèles M ou Mann­li­cher, d’autres en­core ont une forme en cuillère à fa­cettes, comme sur les Br­no mo­dèle 21/22. Nous uti­li­se­rons ce­lui qui convien­dra le mieux au style de la ca­ra­bine, les le­viers plats res­tant gé­né­ra­le­ment ré­ser­vés aux stut­zen. On coupe l’an­cien le­vier à la ra­cine en veillant à conser­ver la came d’ex­trac­tion pri­maire ( pré­oc­cu­pa­tion sem­blant échap­per à de trop nom­breux fac­teurs de ca­ra­bines Mau­ser) et, pro­fi­tant de la tech­no­lo­gie TIG( on soude le nou­veau le­vier avec un angle moins ou­vert et une im­plan-

ta­tion plus proche de l’axe du ver­rou. Après re­lime, on contrôle l’en­ga­ge­ment com­plet des ver­rous et si né­ces­saire on mo­di­fie ou en­taille le rail au droit de l’ap­pui du le­vier afin de don­ner suf­fi­sam­ment d’ai­sance à la com­plète ro­ta­tion des te­nons. Une autre so­lu­tion, plus com­plexe, consiste à en­tailler une lèvre dans la ra­cine du le­vier de fa­çon à ce qu’il vienne s’en­cas­trer dans le boî­tier sans al­té­ra­tion du rail. On vé­ri­fie une nou­velle fois l’angle de la came d’ex­trac­tion pri­maire et sa por­tée sur la rampe taillée sous le pont ar­rière. On peut main­te­nant pas­ser à la per­cus­sion, au sys­tème de dé­tente et à la sû­re­té, toutes ces pièces pro­cé­dant de la même ci­né­ma­tique.

Être ef­fi­cace sur la per­cus­sion

Contrai­re­ment aux idées re­çues, il ne sert à rien d’al­lé­ger le per­cu­teur ou en­core d’uti­li­ser une pièce accessoire en ti­tane ou en al­liage com­po­site. Sur les sys­tèmes Mau­ser ci­vils pro­duits après la Pre­mière Guerre mon­diale, le mar­teau de per­cus­sion est ral­lon­gé et son poids aug­men­té. De plus, le per­cu­teur d’ori­gine pré­sente une forme par­ti­cu­lière qui n’au­to­rise la per­cus­sion que ver­rouillage com­plè­te­ment en­ga­gé, dé­tail le plus sou­vent ab­sent sur les pièces de rem­pla­ce­ment. En­fin, pour confé­rer une éner­gie suf­fi­sante à ces per­cus­sions al­lé­gées, il est né­ces­saire d’aug­men­ter la force du res­sort, ce qui en­gendre des vi­bra­tions pa­ra­sites et rend l’ar­me­ment plus lourd à l’ou­ver­ture. Si l’on veut in­ter­ve­nir efficacement sur la per­cus­sion, on doit d’abord se pré­oc­cu­per de la taille de la tête du per­cu­teur et sur­tout de son trou de pas­sage. Si cette ou­ver­ture est trop im­por­tante, on ob­serve, avec les pres­sions en­gen­drées par nos car­touches modernes, un re­flux de l’amorce qui peut conduire à une condi­tion cri­tique. Outre- Rhin, FZH( 6) pro­duit d’ex­cel­lents per­cu­teurs mu­nis de pointes au dia­mètre ré­duit. Pour en ti­rer par­ti, il faut au­pa­ra­vant ré­duire le trou ini­tial, soit par un bu­shing en acier trem­pé, soit par TIG, et le ca­li­brer par­fai­te­ment au nou­veau dia­mètre de la tête de per­cus­sion. On pour­ra aus­si rem­pla­cer le res­sort par un neuf, un FZH, un FN ou en­core un Wolf, tous trois Cr-Si (chro­me­si­li­cium). Na­tu­rel­le­ment, on veille­ra à ce que la saillie en bu­tée n’ex­cède pas 1,6 mm et au par­fait cou­lis­se­ment de l’en­semble à l’in­té­rieur du corps du ver­rou, sur­tout en po­si­tion ar­mée où les spires ne doivent pas che­vau­cher ou gon­fler. Le corps du per­cu­teur soi­gneu­se­ment po­li ajou­te­ra à l’ai­sance. Si l’on ne conserve pas le mé­ca­nisme ori­gi­nal, ce qui peut être le cas pour une double dé­tente al­le­mande ou un ste­cher à pous­ser, on peut op­ter pour une dé­tente di­recte ré­glable de qua­li­té. Les offres ac­tuelles ne manquent pas. Les blocs dé­tentes pro­po­sés par Re­ck­na­gel comptent par­mi les plus abou­tis, mais, si par chance on en trouve une, rien n’égale une an­cienne Can­jar. Quoi qu’il en soit, cette dé­tente reste une base sur la­quelle il faut tra­vailler car, pour mieux po­si­tion­ner la queue dans le pon­tet, on est sou­vent obli­gé de re­faire cette pièce afin de la mieux confor­mer. No­tez aus­si que la gâ­chette qui fait saillie dans la fe­nêtre ou­verte dans la queue du boî­tier doit être par­fai­te­ment libre, ce qui oblige à la rec­ti­fi­ca­tion de l’ou­ver­ture ou à la mo­di­fi­ca­tion de la face avant de la pièce bas­cu­lante. La sû­re­té ori­gi­nale sys­tème 98 est le fa­meux dra­peau qui en­grène sur le mar­teau de per­cus­sion et ver­rouille la cu­lasse mo­bile lors­qu’elle est bas­cu­lée à 180 de­grés. C’est cer­tai­ne­ment le dis­po­si­tif le plus fiable en ma­tière de sé­cu­ri­té, mais il est dif­fi­ci­le­ment com­pa­tible avec une lu­nette. Dès avant-guerre, Win­ches­ter a dé­ve­lop­pé pour son mo­dèle 70 une va­riante aus­si ef­fi­cace, com­man­dée par un le­vier à dé­bat­te­ment ho­ri­zon­tal conser­vant les trois po­si­tions : libre (Fire), per­cus­sion blo­quée et ver­rou libre, sû­re­té to­tale tout ver-

rouillé ( Safe). Ce type de noix de sû­re­té existe pour le sys­tème 98’, pro­duit par de nom­breux spé­cia­listes d’ac­ces­soires tels Ed La­pour, ERA, Jung, Gott­fried Prechtl, etc. Cer­taines sont in­uti­le­ment com­pli­quées par une sû­re­té auxi­liaire ou stal­king latch( 7). Ces blocs de sû­re­té doivent im­pé­ra­ti­ve­ment être ajus­tés avec le sys­tème de dé­tente dé­fi­ni­tif, car de la po­si­tion d’ap­pui du mar­teau de per­cus­sion sur la gâ­chette dé­pend l’en­ga­ge­ment du le­vier de blo­cage. On peut contrô­ler l’ef­fi­ca­ci­té du mon tage lors­qu’en en­ga­geant la com­mande on ob­serve un lé­ger re­cul du mar­teau qui li­bère son ap­pui sur la gâ­chette. Une autre va­riante, plus élé­gante, consiste à mo­di­fier la belle noix d’ori­gine par l’ajout d’un le­vier à dé­bat­te­ment ho­ri­zon­tal. C’est une opé­ra­tion com­plexe qui, si elle conserve la forme sur­an­née des pièces ori­gi­nales, n’au­to­rise que deux po­si­tions : prête au tir ou sû­re­té to­tale. C’est sou­vent le choix des amou­reux du clas­sique. Bien qu’une arme de chasse ne soit pas sou­mise à des ca­dences de tir in­ten­sives, le mé­ca­nisme doit pou­voir ré­sis­ter aux pres­sions sans au­cune al­té­ra­tion des por­tées qui as­surent la ri­gueur de la feuillure et la qua­li­té du fonc­tion­ne­ment. A l’ori­gine, les ac­tions Mau­ser re­ce­vaient un trai­te­ment ther­mique de car­bo­ni­tru­ra­tion, une cé­men­ta­tion aus­té­ni­tique per­met­tant l’aug­men­ta­tion de la ré­sis­tance à l’usure et la du­re­té de la sur­face grâce à la créa­tion d’une couche su­per­fi­cielle dure. Les opé­ra­tions de pré­pa­ra­tion, de rec­ti­fi­ca­tion et de ro­dage ont al­té­ré cette cé­men­ta­tion jus­qu’à la faire dis­pa­raître par en­droits, ce qui rend né­ces­saire un nou­veau trai­te­ment.

Une trempe par in­duc­tion

Si le boî­tier doit par la suite être fi­ni en trempe jas­pée ou grise par ni­tru­ra­tion ga­zeuse, ce trai­te­ment ther­mique n’est pas im­mé­dia­te­ment né­ces­saire. Si par contre l’ac­tion doit être fi­nie en bron­zage tra­di­tion­nel, il faut trai­ter l’en­semble du ver­rouillage, ver­rous et por­tées. Pour ce faire, le meilleur pro­cé­dé ac­tuel est la trempe par in­duc­tion, un pro­ces­sus de dur­cis­se­ment qui, en aug­men­tant la ré­sis­tance à l’usure et la du­re­té de sur­face par la créa­tion d’une couche de sur­face dur­cie, n’af­fecte pas la mi­cro­struc­ture du noyau et convient par­fai­te­ment aux aciers al­liés. Dans le même temps et après en avoir tes­té l’état de sur­face, on trai­te­ra si né­ces­saire les cames d’ar­me­ment et de sû­re­té ain­si que toutes les sur­faces de glis­se­ment et d’ac­cro­chage du sys­tème de dé­tente. Une re­mise en blanc des sur­faces ain­si trai­tées et un gla­çage ga­ran­ti­ront fia­bi­li­té et dou­ceur de fonc­tion­ne­ment. L’ac­tion est dé­sor­mais prête à ac - cueillir le ca­non, ce se­ra le pro­gramme de notre pro­chain épi­sode.

On ne me­sure pas tou­jours la com­plexi­té du tra­vail pour par­ve­nir à ce ré­sul­tat : une belle ca­ra­bine ar­ti­sa­nale à ac­tion Mau­ser. C’est tout l’ob­jet de notre sé­rie d’ar­ticles que de vous le faire dé­cou­vrir.

Des ac­tions Mau­ser prêtes à être mon­tées, c’est à ce stade que va se ter­mi­ner ce pre­mier épi­sode de la fa­bri­ca­tion de notre ca­ra­bine.

Quelles dif­fé­rences entre ces deux boî­tiers ? Un pas­sage de pouce sur ce­lui du haut (un 1909), ab­sent sur ce­lui du bas, qui pos­sède un flat-top à l’avant, que l’autre n’a pas. En­fin, en haut, le mar­quage DWM rou­lé du voile la­té­ral a été pré­ser­vé.

Ci-des­sus, on vé­ri­fie avec un trai­nard la qua­li­té du faux rond du ton­nerre.

Le dé­mon­tage du ca­non est ris­qué sans ou­tils adé­quats, ici une clé spé­ci­fique. At­ten­tion, le boî­tier peut ter­mi­ner voi­lé et in­uti­li­sable.

La face avant du to­nerre est dres­sée avec une lame car­bure.

On re­passe le fi­le­tage du boî­tier avec un ta­raud ca­li­bré.

Le Mau­ser du haut est un « small ring », ce­lui du bas un « large ring ». Sur le pre­mier, le ton­nerre vient mou­rir sur le corps du boî­tier, sur le se­cond, il semble le re­cou­vrir.

Le ro­dage des por­tées de ver­rous est in­dis­pen­sable.

La règle à fi­la­ment per­met de vé­ri­fier la rec­ti­tude des sur­faces lors de la re­lime.

On soude un nou­veau le­vier d’ar­me­ment en cou­pant ce­lui d’ori­gine à la ra­cine, en veillant à ne pas cou­per trop court pour que la came d’ex­trac­tion pri­maire reste pré­sente.

Le « C ring » du voile du ton­nerre bro­ché pour le pas­sage de l’ex­trac­teur.

Une ac­tion Mau­ser « square bridge » ty­pique.

La ra­cine du le­vier prend ap­pui sur un pan oblique à l’ou­ver­ture qui fait lé­gè­re­ment re­cu­ler la douille. C’est ce qu’on ap­pelle l’ex­trac­tion pri­maire.

Sur ce boî­tier in­ter­mé­diaire, les mar­quages chif­frés du ton­nerre se­ront ef­fa­cés, mais pas les autres.

En gros plan, l’usi­nage d’une noix de Mau­ser 98 pour la mise en place d’une sé­cu­ri­té la­té­rale.

Sur ce Mau­ser 96, on a op­té pour une sé­cu­ri­té de type Win­ches­ter 70.

Une cu­lasse de Mau­ser avant et après le chan­ge­ment du le­vier de sû­re­té.

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