Long re­cul, em­prunt de gaz ou iner­tie

Quel mo­teur pour votre se­mi-au­to ?

Armes de Chasse - - Sommaire - Pierre Le­feuvre

Quel mo­teur pour votre se­mi-au­to ?

Dé­ci­der d’ache­ter un se­mi-au­to­ma­tique, c’est s’ex­po­ser à tout un tas d’hé­si­ta­tions. Pas tant sur le choix de la marque ou du mo­dèle que ce­lui du sys­tème. Car c’est bien là que tout se joue. Les trois sys­tèmes en­core ex­ploi­tés au­jourd’hui ont tous eu leur heure de gloire, avant d’être plus ou moins dé­lais­sés. Pour­quoi et était-ce jus­ti­fié ?

Ils sont trois et cha­cun a do­mi­né le mar­ché à tour de rôle, pen­dant une pé­riode plus ou moins longue. Nous par­lons des trois grands mé­ca­nismes qui équipent les fu­sils se­mi-au­to­ma­tiques : le long re­cul du ca­non, l’em­prunt de gaz et l’iner­tie. Long­temps, l’offre de cette fa­mille d’armes s’est ré­su­mée au seul Brow­ning Au­to 5. Sans doute parce que les sys­tèmes pri­mi­tifs – du long re­cul du ca­non à l’em­prunt de gaz qui le sui­vit –, qui en­chaî­naient les tirs à peu près nor­ma­le­ment dans une confi­gu­ra­tion mi­li­taire, avaient toutes les peines du monde à fonc­tion­ner avec les car­touches de chasse.

Le casse-tête des mu­ni­tions

La di­ver­si­té des charges uti­li­sées à la chasse consti­tua long­temps une en­trave à la mise au point des se­miau­tos de chasse. Au temps de John Moses Brow­ning, on ar­ri­vait, par un ré­glage à peu près cor­rect des bagues de fric­tion, à maî­tri­ser un choix fi­na­le­ment as­sez res­treint de mu­ni­tions, mais par la suite, avec l’ex­plo­sion de l’offre, ré­gler un mé­ca­nisme de se­mi- au­to re­le­va du casse-tête. A par­tir des an­nées soixante, les fa­bri­cants de se­miau­tos durent opé­rer des choix cru­ciaux face à l’ar­ri­vée de nou­velles mu­ni­tions, comme les ma­gnum ou les su­per­ma­gnum, puis de nou­velles lé­gis­la­tions in­ter­di­sant le plomb, le tout en maî­tri­sant les coûts de fa­bri­ca­tion pour res­ter concur­ren­tiels. Ce n’était pas ter­mi­né, il fal­lut bien­tôt faire du « light », mais sans gé­né­rer plus de re­cul. En outre, le dé­mon­tage des armes de­vait être fa­cile pour évi­ter la casse et per­mettre un en­tre­tien ré­gu­lier. Voi­là qui ex­plique pour­quoi il s’écou­la tant de temps avant que soient pro­po­sés des se­mi-au­to­ma­tiques fonc­tion­nels et fiables. Pour au­tant, les ma­té­riaux et les stan­dards de fa­bri­ca­tion des an­nées 70, pé­riode bé­nie de la flo­rai­son de ces armes, étaient bien plus éle­vés que de nos jours. Sur un long re­cul, le ca­non et son an­neau opé­rant entre le res­sort étaient frai­sés dans une seule pièce de bon acier, tout comme le ré­cep­teur et la plu­part des com­po­sants du groupe dé­tente. La ma­jo­ri­té des mo­dèles fa­bri­qués à cette époque sont en­core fonc­tion­nels au­jourd’hui, contrai­re­ment aux armes « d’em­ploi » et bon mar­ché de grande dif­fu­sion qui ar­ri­vèrent bien plus tard, dans les an­nées 2000. Le long re­cul est le plus an­cien et le pre­mier des trois sys­tèmes, c’est lui qui équipe l’Au­to 5 de Brow­ning. En 2018, il n’en est plus guère ques­tion, puisque deux mo­dèles seule­ment le per­pé­tuent, l’ex­cep­tion­nel et fi­nan­ciè­re­ment in­ac­ces­sible Cos­mi et le Fran­chi AL 48, uni­que­ment en ca­libres 20 et 28. Quant au « court re­cul » (cf. en­ca­dré p. 48), dont la pro­duc­tion fut anec­do­tique, il a de­puis long­temps dis­pa­ru. En feuille­tant les ca­ta­logues ac­tuels, on constate que l’iner­tiel se pose certes comme une évi­dence face à l’em­prunt de gaz, mais ce der­nier n’a pas pour au­tant per­du la par­tie. Mais avant d’ar­ri­ver à cette donne, le long re­cul du ca­non fut la norme et le res­ta jus­qu’en 1963 et l’ar­ri­vée du Re­ming­ton 1100 « à gaz ».

L’ère Au­to 5

L’his­toire de l’Au­to 5 est as­sez connue, nous n’en fe­rons qu’un ré­su­mé ici. J. M. Brow­ning l’avait bre­ve­té en 1900 et le des­ti­nait à Win­ches­ter, mais ce der­nier pi­nailla sur les royal­ties. Notre homme par­tit donc le pro­po­ser à Re­ming­ton. Hé­las, le di­ri­geant de cette firme dé­cé­da en pleines né­go­cia­tions, qui échouèrent. A la grande sa­tis­fac­tion de la FN Hers­tal qui ré­cu­pé­ra la poule aux oeufs d’or ! Ce que l’on sait moins, c’est que Sa­vage et sur­tout Re­ming­ton (avec ses mo­dèles 8, 11 et Sports­man), et plus tard Fran­chi, Bre­da et même l’ar­se­nal russe de Tu­la (TOZ) purent ex­ploi­ter à leur tour le bre­vet. Le mé­ca­nisme est as­sez simple à com­prendre. Au mo­ment où on presse sur la queue de dé­tente et où ça fait « boum ! », ca­non et cu­lasse sont blo­qués, so­li­daires et re­culent en­semble jus­qu’à at­teindre l’ar­rière du boî­tier. Ce­la a non seule­ment pour ef­fet de ré­ar­mer le per­cu­teur, mais de re­te­nir un mo­ment la cu­lasse avant qu’un puis­sant res­sort au­tour

du ma­ga­sin ren­voie le ca­non vers l’avant, et éjecte au pas­sage la car­touche ti­rée. C’est lorsque le ca­non est to­ta­le­ment re­ve­nu à son point de dé­part que l’en­semble cu­las­se­ver­rou-per­cu­teur est li­bé­ré et pous­sé à son tour vers l’avant par un autre res­sort. Cet en­semble mo­bile at­trape au pas­sage une autre car­touche sor­tie du ma­ga­sin tu­bu­laire ; pous­sée par un troi­sième res­sort in­terne à ce der­nier, elle est pré­sen­tée par un trans­por­teur, sorte de pe­tit « as­cen­seur », de­vant le lourd cha­riot et pro­pul­sée vers la chambre béante. Le per­cu­teur ayant été ré­ar­mé en toute fin de re­cul,

l’arme est prête à ti­rer deux, trois fois à la suite, voire plus en­core se­lon la taille du ma­ga­sin. On parle de « long re­cul » dès lors que le dé­pla­ce­ment de la cu­lasse et du ca­non dé­passe la lon­gueur ini­tiale de la car­touche. Etant don­né que l’en­semble mo­bile est beau­coup plus lourd que le pro­jec­tile (balle ou charge de plombs) et qu’il ef­fec­tue un long tra­jet vers l’ar­rière, le cycle de rechargement est bien plus lent qu’avec les autres mé­ca­nismes, em­prunt de gaz ou iner­tiel. Ce cycle « lent » – terme re­la­tif puisque toutes ces opé­ra­tions s’ef­fec­tuent en une frac­tion de se­conde – a la con­tre­par­tie d’un fonc­tion­ne­ment fluide et onc­tueux, qui « ac­com­pagne » le tir avec un re­cul adou­ci et, ac­tion du res­sort oblige, « re­met en ligne » le ti­reur vers sa cible. Dans l’ombre du my­thique Au­to 5, d’autres fu­sils à long re­cul du ca­non connurent tout de même un cer­tain suc­cès, d’es­time ou com­mer­cial. Le plus an­cien est le ma­gni­fique Cos­mi, vé­ri­table lé­gende ar­mu­rière créée en 1905 par Ro­dol­fo Cos­mi.

Dans l’ombre du mythe

Cette arme su­perbe, unique car bas­cu­lante et do­tée d’un tube ma­ga­sin à huit coups lo­gé dans la crosse, n’était pas des­ti­née à être pro­duite en grande sé­rie. Sa place est da­van­tage par­mi les armes fines qu’au sein de la fa­mille des armes de sau­va­gi­niers ou de chas­seurs de pa­lombes. En 1950, l’ita­lien Bre­da se lan­ça à son tour dans le long re­cul du ca­non, avec l’An­tares. Ce fu­sil, contrai­re­ment à l’Au­to 5, était en­tiè­re­ment dé­mon­table à la main sans ou­til, toutes ses pièces étant usi­nées et po­lies, et sur­tout il était lé­ger. D’autres mo­dèles nés par la suite ont dis­pa­ru de­puis long­temps, comme le Ver­ney-Car­ron ARC, mu par un mé­ca­nisme Fran­chi. C’est avec ce fu­sil que beau­coup d’entre nous com­men­cèrent à pra­ti­quer « l’au­to­ma­tique » . Lui­gi Fran­chi avait été, dès 1948, le pre­mier fa­bri­cant eu­ro­péen à se lan­cer dans la réa­li­sa­tion d’un se­mi-au­to à long re­cul du ca­non, avec son mo­dèle 48 AL, dont le nom est sans doute ins­pi­ré de l’em­ploi d’al­liage lé­ger pour sa car­casse. C’était un pe­tit fu­sil fa­cile à net­toyer et à en­tre­te­nir dont les ca­nons chro­més étaient dis­po­nibles en 12, 20 et 28. Comme ses concur­rents de l’époque, il exi­geait un bon ré­glage de la bague de fric­tion, que l’on tour­nait cô­té bi­seau­té vers l’avant pour les charges lourdes, dans l’autre sens pour les charges lé­gères. S’en était ter­mi­né du dé­mon­tage, d’au­tant plus que le fu­sil s’en­cras­sait peu, comme tous les long re­cul. L’AL 48 est tou­jours pro­duit, quatre-vingts ans après ses dé­buts, certes seule­ment en ca­libres 20 et 28. Une telle lon­gé­vi­té est un ex­ploit, a for­tio­ri avec la vague de ra­chats suc­ces­sifs que la marque a tra­ver­sée à la fin du XXe siècle. Le règne des se­mi-au­tos à em­prunt de gaz, qui per­dure en­core en par­tie au­jourd’hui, ne se fit pas en un jour. La maî­trise du sys­tème pas­sa par de longs et com­plexes tâ­ton­ne­ments. L’an­née 1963 marque le pas­sage de re­lais entre le long re­cul du ca­non et l’em­prunt de gaz, quand le tout nou­veau Re­ming­ton 1100 se ven­dit plus que l’Au­to 5, même si, au fi­nal, le Brow­ning to­ta­li­se­ra quatre mil­lions d’exem­plaires ven­dus contre un peu plus d’un pour le fu­sil de

la firme d’Ilion. Il faut dire que le Re­ming­ton 1100 ne « man­geait » pas toutes les car­touches et que son fa­bri­cant hé­si­ta long­temps, vingt­quatre ans exac­te­ment, avant de le faire évo­luer en un mo­dèle 11-87 à l’ap­pé­tit amé­lio­ré.

Em­prunt de gaz, des dé­buts dif­fi­ciles

Be­ret­ta s’at­ta­qua à ce mé­ca­nisme cinq ans après Re­ming­ton, en 1968, et se heur­ta aux mêmes pro­blèmes : poids ac­cru et sur­tout dif­fi­cul­té à gé­rer une vaste gamme de car­touches et de charges. Outre- At­lan­tique, in­fluence du ball- trap oblige, les armes de­vaient être ré­glées de base sur des car­touches nor­males quand en Eu­rope, où la règle était plu­tôt dic­tée par le gi­bier d’eau, on ti­rait des charges « lourdes ». Il fal­lait aus­si comp­ter avec l’en­cras­se­ment, re­vers de la mé­daille d’un sys­tème simple et ro­buste. Une cer­taine forme d’iner­tie fia­bi­lise la ci­né­ma­tique (dé­ver­rouillage, ex­trac­tion, éjec­tion, cham­brage, re­ver­rouillage), mais en re­fou­lant des gaz brû­lants qui car­bo­nisent les lu­bri­fiants et dont les ré­si­dus ac­cu­mu­lés peuvent oc­ca­sion­ner des en­rayages. L’aug­men­ta­tion des frot­te­ments liés à cette es­pèce de ca­la­mine peut en­traî­ner une usure pré­ma­tu­rée. Fait que les ma­nuels de l’époque tai­saient scru­pu­leu­se­ment, ar­guant au contraire que ces armes-là étaient propres à en­du­rer les pires condi­tions d’uti­li­sa­tion. Que de tels mé­ca­nismes so­phis­ti­qués, avec leurs nom­breuses pièces en mou­ve­ment, puissent souf­frir des ou­trages du temps et des élé­ments dé­chaî­nés, per­sonne ne sem­blait vou­loir y son­ger. En 1978, les « ré­clames » pour le Re­ming­ton 1100 pro­met­taient 24 000 coups sans en­rayage ni net­toyage ! Quand sor­tirent les pre­miers Be­ret­ta A300 (puis 301, 302, 303, avec ou sans le suf­fixe L pour « light » et les car­casses al­lé­gées) dans les an nées 1968- 75, on tra­vailla le poids. Sa­chant que 10 % de poids sup­plé­men­taire gé­nère une perte de ma­nia­bi­li­té équi­va­lente. La ver­sa­ti­li­té d’usage fut at­teinte en of­frant des ca­nons cham­brés soit pour charges nor­males soit pour charges lourdes. Il fal­lait aus­si te­nir compte de la vi­tesse des car­touches, 10 % de vi­tesse sup­plé­men­taire don­nant 20 % de re­cul en plus ! Plus de gaz, et de vi­tesse de l’en­semble mo­bile ris­quaient à terme, en « ta­pant » da­van­tage, de nuire à l’en­du­rance de l’arme. En 1985, le A303 par­vint en­fin à une cer­taine forme de po­ly­va­lence. Simple à en­tre­te­nir, avec de nom­breuses op­tions (car­casse en al­liage, cales pour la crosse, chokes à vis), le mo­dèle lan­ça vrai­ment Be­ret­ta sur le mar­ché du se­mi-au­to à em­prunt de gaz. Cette po­si­tion fut conso­li­dée en 1990 par la sor­tie du A390 et son in­no­vant sys­tème de purge se­con­daire que l’on pou­vait désac­ti­ver en

cas d’em­ploi de faibles charges. Il était dé­sor­mais pos­sible de jouer sur une plus large gamme de pres­sions via une pièce main­te­nue par un res­sort tout contre l’an­neau du ca­non. Le sys­tème an­non­cé comme « au­to­net­toyant » consti­tua un ex­cellent ar­gu­ment de vente – mais aus­si l’aveu d’un pro­blème ré­cur­rent sur ce type d’armes ! En 1999, avec le 391 ou Uri­ka, la ma­chine se per­fec­tion­nait, se com­pli­quait en­core un peu plus (avec sept pièces mo­biles) et de­ve­nait so­li­daire du ca­non, dans une pé­riode où se dé­ve­lop­paient les car­touches ma­gnum. Il était moins at­trayant, car

plus dé­cou­ra­geant à dé­mon­ter pour l’en­tre­tien cou­rant, mais en con­tre­par­tie as­sez to­lé­rant à des en­tre­tiens es­pa­cés, ce qui ren­dait en­core moins scru­pu­leux les chas­seurs peu soi­gneux ! Sa ver­sion ul­time fut l’Uri­ka Gold (2002), avec la­quelle ar­ri­vaient les chokes Op­ti­ma, en rem­pla­ce­ment des an­tiques Mo­bil chokes. Cette an­née 2002 vit ré­gner une cer­taine confu­sion, sans doute due à une vo­lon­té d’amor­tir une sé­rie par­fai­te­ment abou­tie. Furent lan­cés le 3901, un ava­tar beau­coup moins cher et ren­ta­bi­li­sé du 390, et sur­tout le 391 Ex­tre­ma, tou­jours à em­prunt de gaz mais avec un ver­rou ro­ta­tif très dif­fé­rent, sans doute in­fluen­cé par les 612 et 712 de Fran­chi, marque dé­sor­mais en­trée dans le gi­ron Be­ret­ta. C’était là une arme très dif­fé­rente de ses aî­nées, qui culmi­na en 2005 avec l’Ex­tre­ma II, do­tée de ca­nons plus lé­gers et d’une dé­tente amé­lio­rée, plus simple d’en­tre­tien. Elle conser­va pour­tant l’ap­pel­la­tion 391, sans doute pour pro­fi­ter des cam­pagnes pu­bli­ci­taires in­ves­ties dans cette gamme an­cienne et abou­tie. Be­ret­ta pro­po­sa en­suite une autre gamme de fu­sils à em­prunt de gaz, les A400, mais c’est en­core le A300 Out­lan­der qui, de­puis 2012, in­carne l’abou­tis­se­ment de cette longue li­gnée. Avec sa ca­non­ne­rie mo­derne, il est un mixte du 391 et de l’Ex­tre­ma, dont il par­tage la même ac­tion. Une valve mo­der­ni­sée lui per­met de qua­si­ment tout ti­rer sans ré­glage. Plus la charge est lourde, plus les lèvres du pis­ton freinent et font of­fice d’au­to-net­toyant. Pour conclure ce sur­vol de la sé­rie A 300-303, il faut, pa­ra­doxa­le­ment, par­ler du Brow­ning B80 qui fut un clone de la sé­rie 303, et dont plu­sieurs pièces sont in­ter­chan­geables avec cette li­gnée. Pro­duit dans les an­nées 1981-1988, le fu­sil était le fruit d’un par­te­na­riat mo­men­ta­né entre Be­ret­ta et Brow­ning, avec des pièces fa­bri­quées en Ita­lie et as­sem­blées par la FN au Por­tu­gal. Il fit of­fice de pal­lia­tif au très peu pri­sé B2000 !

Le tour­nant de l’iner­tiel

En 1967, alors que l’em­prunt de gaz met­tait un terme à la du­rable hé­gé­mo­nie du long re­cul, l’in­gé­nieur ita­lien Bru­no Ci­vo­la­ni pro­po­sa une in­no­va­tion qui se­ra com­mer­cia­li­sée deux ans plus tard, en 1969, par Be­nel­li, obs­cure marque de mo­tos et de mo­by­lettes ! Le prin­cipe du mé­ca­nisme iner­tiel était né. Ce troi­sième sys­tème re­pose cette fois en­core sur l’uti­li­sa­tion du re­cul, mais uni­que­ment dans le but de faire tour­ner un ver­rou, dont la course est bien plus courte qu’avec les deux autres mé­ca­nismes. Au com­men­ce­ment du pro­ces­sus, ver­rou et ca­non sont so­li­daires. Après le tir, quand l’arme re­cule, un fort res­sort se com­prime, puis se di­late et re­pousse le ver­rou vers l’ar­rière. Etant équi­pée d’un ex­trac­teur fai­sant saillie, la tête de cu­lasse éjecte la douille usa­gée et com­prime un res­sort de rap­pel qui ré­arme l’arme dans le sens in­verse. Ce sys­tème a le mé­rite d’être beau­coup plus simple que tout ce qu’on avait vu au­pa­ra­vant, puis­qu’il mo­bi­lise peu de pièces : deux res­sorts, la cu­lasse mas­sive et sa tête ro­ta­tive. Plus de re­tour de gaz qui souillent le mé­ca­nisme, plus de longs al­lers­re­tours et de pièces en mou­ve­ment ou en fric­tion. Le pro­ces­sus est éga­le­ment très ra­pide – jus­qu’à cinq car­touches à la se­conde sont an­non­cées ! – et n’est pas obé­ré par les dif­fé­rences de char­ge­ment d’une car­touche à l’autre. Il a per­mis à Be­nel­li de dé­ve­lop­per toute une gamme d’armes in­no­vantes et lé­gères. Quand la marque pas­sa sous la hou­lette de Be­ret­ta, le sys­tème fut éten­du à l’en­semble des se­miau­to­ma­tiques du groupe. Le prin­cipe iner­tiel au­to­rise des armes plus lé­gères, mieux équi­li­brées, mais qui sont aus­si plus chères et moins douces à l’épaule, l’en­semble du mé­ca­nisme jouant sur une faible am­pli­tude. Avec les deux sys­tèmes pré­cé­dents, le va-et-vient des pièces en mou­ve­ment dé­li­vrait une forme d’amor­tis­se­ment et d’onc­tuo­si­té, sur­tout avec le long re­cul. Le mé­ca­nisme à iner­tie a été adop­té par Brow­ning pour son A5, puis par nombre d’autres fa­bri­cants cette der­nière dé­cen­nie, sans pour au­tant en­voyer aux ou­bliettes ses de­van­ciers, dont les tech­no­lo­gies et les lignes de pro­duc­tion étaient dé­sor­mais lar­ge­ment abou­ties et sur­tout amor­ties. Si le long re­cul ne de­meure qu’au ca­ta­logue Fran­chi, l’em­prunt de gaz reste om­ni­pré­sent chez la plu­part des firmes où il co­ha­bite avec l’iner­tiel.

Le su­perbe Cos­mi a été in­ven­té en 1905 et re­prend le prin­cipe du long re­cul du ca­non de l’Au­to 5.

L’Au­to 5 fut long­temps le seul fu­sil se­miau­to­ma­tique digne de ce nom et abor­dable, ven­du à près de 4 mil­lions d’exem­plaires dans le monde !

L’Uri­ka, ou A391, fut le pre­mier se­mi-au­to dont la re­lime a été confiée à un de­si­gner, Giu­gia­ro.

C’est à sa sé­rie des 300, ici un 303, que Be­ret­ta doit son suc­cès dans l’uni­vers des se­mi-au­tos.

Les nou­veaux se­mi-au­tos doivent di­gé­rer toutes les charges. A gauche, le Re­ming­ton 1187 sor­ti en 1987.

Les pis­tons des em­prunts de gaz sont dé­sor­mais dits « au­to-net­toyants », une fa­çon de noyer un pro­blème ?

Le Be­nel­li Su­per Black Eagle a beau­coup fait pour le suc­cès des iner­tiels.

Ce fu­sil n’est pas un Au­to 5, ni un long re­cul du ca­non. C’est l’A5, le pre­mier se­mi-au­to iner­tiel de Brow­ning.

La firme Be­nel­li fête cette an­née ses 50 ans et n’a ja­mais sem­blé si forte et sa mé­ca­nique si do­mi­nante. Du moins jus­qu’à la nou­velle in­no­va­tion !

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