Pur­dey, H & H ou Boss

Quelle est la meilleure mé­ca­nique ?

Armes de Chasse - - Sommaire - Dja­mel Tal­ha

Quelle est la meilleure mé­ca­nique ?

Pur­dey, Hol­land & Hol­land ou Boss ? Ima­gi­nez un seul ins­tant que vous ayez ce luxe su­prême : pou­voir choi­sir entre l’une de ces trois mé­ca­niques et les trois fu­sils qu’elles équipent. La­quelle l’em­por­te­rait, et pour­quoi ? Dé­cou­vrez les mé­rites com­pa­rés de trois chefs-d’oeuvre de l’ar­mu­re­rie fine.

Ils sont la crème de la crème des fa­bri­cants d’armes de chasse. Un mo­ment de si­lence qua­si re­li­gieux peut faire écho à la pro­non­cia­tion de leurs noms. Nous leur ren­dons sans cesse hom­mage, nous sommes im­pres­sion­nés par leur tra­vail, notre coeur se serre et pal­pite à la vue d’une arme por­tant leur si­gna­ture. Ils sont sur­nom­més « le Big Th­ree » ou « la sainte tri­ni­té ». Leurs jux­ta­po­sés sont pour le pas­sion­né de belles armes de chasse ce qu’une Ro­lex est pour le col­lec­tion­neur de montres, un Par­ta­gas Lu­si­ta­nia pour l’ama­teur de ci­gares, un Pé­trus pour l’amou­reux du vin. Nous par­lons bien sûr de Pur­dey, de Hol­land & Hol­land et de Boss, des marques sa­crées qui fa­briquent de sa­crés fu­sils, dont la qua­li­té ne sau­rait faire dé­bat. Alors, vou­loir les clas­ser et dé­si­gner le meilleur des trois… L’idée pour­rait bien pa­raître sa­cri­lège ! Qu’à ce­la ne tienne, nous avons osé. Ima­gi­nez. Trois fu­sils sont réunis de­vant vous, pour vous, trois jux­ta­po­sés nés à Londres à la fin du siècle. Tous ont des pla­tines à res­sort avant, des ca­nons de­mi-bloc ain­si que des bois de la meilleure qua­li­té et pon­cés à l’huile. Ils sont com- pre­nez que le bois de la crosse court jus­qu’aux co­quilles de la bas­cule. Ils par­tagent le même sys­tème de com­mande de ver­rouillage, une clé su­pé­rieure re­liée au double ver­rou Pur­dey par la fu­sée ver­ti­cale Scott, et le sys­tème An­son pour la fixa­tion de la lon­guesse. Ils peuvent avoir des bou­chons per­cu­teurs, un troi­sième ver­rou ou un in­di­ca­teur d’ar­me­ment, ils sont tou­jours ma­gni­fi­que­ment gra­vés, l’ajus­tage et la fi­ni­tion des pièces mé­tal­liques riment avec per­fec­tion. Ces armes gardent leur va­leur au fil du temps, qui vient même ac­croître en­core leur au­ra. Elles sont as­so­ciées à une

tra­di­tion, une cer­taine éthique de la chasse, leurs pro­prié­taires sont fiers de les pos­sé­der. Voi­là pour tout ce qu’elles ont en com­mun, voyons ce qui les dif­fé­ren­cie.

Ar­me­ment, Ro­ger face à Bees­ley

Hol­land & Hol­land et Boss pos­sèdent le même sys­tème d’ar­me­ment, le type Ro­gers. Ce qui est lo­gique puisque les deux pla­tines ont été dé­ve­lop­pées par le même homme, le grand John Ro­bert­son. L’une et l’autre bas­cules s’arment à l’ou­ver­ture. L’ar­me­ment du Pur­dey s’opère en re­vanche se­lon un sys­tème to­ta­le­ment dif­fé­rent, in­ven­té par Fre­de­rick Bees­ley. Le mé­ca­nisme est en par­tie ar­mé à l’ou­ver­ture, lorsque les chiens re­culent, mais c’est à la fer­me­ture que les grands res­sorts sont ban­dés et que l’ar­me­ment du fu­sil est réel. Autre par­ti­cu­la­ri­té du Pur­dey, il est in­trin­sè­que­ment à self-ope­ning, alors que ce der­nier est pro­po­sé en op­tion pour les deux autres fu­sils, avec la né­ces­si­té d’une opé­ra­tion ar­mu­rière sup­plé­men­taire. La bas­cule Hol­land & Hol­land uti­lise le sys­tème d’éjec­teur bre­ve­té en 1889 par Fre­de­rick Bees­ley avec ses deux com­po­sants, un res­sort et un mar­teau. L’éjec­teur Pur­dey bre­ve­té en 1888 par William Wem et ce­lui de Boss bre­ve­té par William Adams et John Ro­bert­son en 1897 sont quant à eux faits d’un grand nombre de com­po­sants et donc un peu plus com­plexes. Le Boss et le Pur­dey sont équi­pés du même type de gâ­chette de sé­cu­ri­té, une va­riante du bre­vet Need­ham & Hin­ton de 1879. Elle a la forme d’un long bras qui se pro­longe en dia­go­nale à tra­vers la bride et at­trape une pro­tu­bé­rance sur le cô­té ou sur l’ar­rière de la tête du chien. La ver­sion Hol­land & Hol­land bre­ve­tée en 1887 par William Hol­land et John Ro­bert­son consiste en une pièce ins­tal­lée au pied du mé­ca­nisme pa­ral­lè­le­ment à la gâ­chette prin­ci­pale et en contact avec la par­tie basse du chien. Sur le prin­cipe, la gâ­chette de sé­cu­ri­té de Hol­land

& Hol­land est moins so­lide que celle des deux autres, mais dans les faits au­cune pla­tine H & H bien ré­glée n’a eu à souf­frir d’un dé­faut ré­sul­tant de cette gâ­chette. En­fin, un H& H peut avoir des pla­tines dé­ta­chables à la main en op­tion, une in­ven­tion de 1908, ce qui n’est pas le cas du Pur­dey ni du Boss. Ce tour des res­sem­blances et des dif­fé­rences ache­vé, il est temps d’en­trer au coeur de notre fa­meuse in­ter­ro­ga­tion : quel est le meilleur des trois ? Une ques­tion qui for­cé­ment ap­pelle une grande part de sub­jec­ti­vi­té. Mais si celle- ci émane des meilleurs spé­cia­listes du do­maine, on y prête très vo­lon­tiers l’oreille ! C’est donc vers eux que nous nous sommes tour­nés pour notre en­quête. Cer­tains se sont mon­trés in­dé­cis, d’autres ont d’em­blée ex­pri­mé des ju­ge­ments dé­fi­ni­tifs, tan­dis que d’autres en­core sont pas­sés par des avis chan­geants.

Entre les trois, leur coeur ba­lance

Com­men­çons par la ca­té­go­rie « in­dé­cis », avec l’An­glais Dou­glas Tate, jour­na­liste et au­teur ex­pert des fu­sils de chasse clas­siques. « Si c’était un su­per­po­sé, ce se­rait fa­cile, je choi­si­rais sans hé­si­ter le Boss, mais pour les jux­ta­po­sés, ce­la né­ces­site ré­flexion, lance- t- il en

guise d’in­tro­duc­tion. Le mo­dèle, la concep­tion, l’âge, l’état de l’arme en­tre­raient en compte dans ma dé­ci­sion. Ce­pen­dant, en sup­po­sant qu’ils soient tous à self- ope­ning, fa­bri­qués pen­dant les plus grandes an­nées de chaque fa­bri­cant et qu’ils soient neufs ou ja­mais uti­li­sés, c’est la mo­ti­va­tion de mon achat qui dé­ter­mi­ne­rait mon choix. Si ma pré­oc­cu­pa­tion était d’ordre pure- ment es­thé­tique, j’op­te­rais pour un Hol­land & Hol­land Royal. Pour un in­ves­tis­se­ment, je choi­si­rais un Pur­dey. Tou­te­fois, je dois re­con­naître que les meilleurs fu­sils qu’il m’ait été don­né de voir sont une paire de Boss à bas­cule ronde fa­bri­quée dans les an­nées 1930 pour un re­pré­sen­tant ca­na­dien de Co­ca-Co­la. Les deux armes étaient en­core à l’état neuf et, par un de ces heu­reux ha­sards, m’al­laient à la per­fec­tion, j’avais l’im­pres­sion de vivre un rêve en les ma­ni­pu­lant. Elles étaient ex­cep­tion­nelles, les meilleures par­mi les meilleures. » Le jour­na­liste et au­teur amé­ri­cain Vic Ven­ters re­joint Tate dans son in­dé­ci­sion. « Je suis in­ca­pable de faire un choix, re­con­naît-il. Je pense que le Boss est le plus beau, Pur­dey le plus in­té­res­sant du point de vue mé­ca­nique et le Hol­land le meilleur pour une uti­li­sa­tion in­ten­sive en rai­son de sa re­la­tive sim­pli­ci­té. Voi­là qui ne vous avance guère ! » Le même flot­te­ment a sem­blé en va­hir John Smith, pas­sion­né par l’his­toire des armes de chasse

et fon­da­teur d’un cé­lèbre club de tir, le Sur­rey Spor­ting Club, lorsque nous avons sol­li­ci­té son avis. Et

pour cause : « Votre ques­tion, je me la pose de­puis bien long­temps, et je n’ai ja­mais pu y ré­pondre ! Pur­dey, qui a fa­bri­qué très peu de ca­ra­bines et de pis­to­lets, semble être le plus connu et n’a ja­mais eu à souf­frir de la moindre mise en cause. Hol­land est le plus jeune des trois, puis­qu’il a dé­bu­té à Londres dans le der­nier quart du siècle, alors que Pur­dey et Boss sont nés dans le pre­mier quart. Il était sur­tout connu pour ses ca­ra­bines, mais per­sonne ne cri­tique son mo­dèle Royal. Tho­mas Boss a re­fu­sé d’adop­ter de nou­velles idées si bien que vers la fin de sa vie ses armes étaient de­ve­nues dé­mo­dées. C’est fi­na­le­ment son dé­cès et l’ar­ri­vée de John Ro­bert­son en 1891 qui ont fait de ce nom ce qu’il est de­ve­nu au­jourd’hui. En termes de qua­li­té, entre Pur­dey et H & H, il n’y a rien à choi­sir, même si les deux ont par­fois ven­du des armes de se­cond ordre. Les fu­sils Boss étaient de meilleure qua­li­té, tout en étant dé­mo­dés du­rant la pé­riode évo­quée à l’ins­tant. Et Boss a pro­duit beau­coup moins de fu­sils de chasse que les deux autres, ils sont donc plus rares et plus chers. Mais s’il vous faut à tout prix une ré­ponse, et si l’ins­tant d’un pa­reil choix de­vait ar­ri­ver, j’op­te­rais pour un Pur­dey, tous les pro­prié­taires de ces armes ne sont que louanges en­vers elles. » Les ter­gi­ver­sa­tions de nos ex­perts dé­montrent com­bien le choix est rude et peine à s’ap­puyer sur des ar­gu­ments dé­fi­ni­tifs, voire ra­tion­nels. Heu­reu­se­ment pour notre en­quête, d’autres spé­cia­listes ont su tran­cher. Cer­tains y sont par­ve­nus en pri­vi­lé­giant une mo­ti­va­tion d’achat par­ti­cu­lière ( usage, es­thé­tique, etc.). D’autres, heu­reux hommes, en se ré­fé­rant à leur usage des trois fu­sils, suf­fi­sam­ment long pour mettre au jour les avan­tages et les in­con­vé­nients de cha­cun.

Hol­land & Hol­land, pour la fia­bi­li­té

Les in­con­di­tion­nels des Hol­land & Hol­land mettent en avant la « sim­pli­ci­té » de leur mé­ca­nique, gage de fia­bi­li­té, à com­men­cer par Jan Roo­sen­berg, col­lec­tion­neur amé­ri­cain, grand ama­teur et connais­seur de fu­sils à pla­tines. « Les trois fa­bri­cants réa­lisent de très bonnes armes » , dé­clare- t- il pru­dem­ment en pré­am­bule, avant de lâ­cher :

« Hol­land & Hol­land fait les meilleurs fu­sils des trois et pos­sède le plus de connais­sances en ma­tière de fa­bri­ca­tion des ca­nons. Son sel­fo­pe­ning est le plus simple et d’une fia­bi­li­té in­con­tes­table. L’ar­me­ment à la fer­me­ture des Pur­dey ne me convient pas. Ce choix me semble même in­sen­sé, il rend la fer­me­ture du fu­sil dif­fi­cile, sur­tout avec les pe­tits ca­libres et les ca­ra­bines doubles. Ce qui consti­tuait une nou­veau­té au XIXe siècle ne trouve plus de jus­ti­fi­ca­tion au­jourd’hui. Et, dé­jà à l’époque, des cri­tiques se fai­saient en­tendre. On ra­conte qu’un ache­teur po­ten­tiel qui au­rait fait re­mar­quer cette dif­fi­cul­té à Athol Pur­dey se se­rait en­ten­du ré­pondre : “Nos clients ne ferment pas eux- mêmes leur fu­sil.” Bien en­ten­du, tout ce­la ne re­tire rien à la très haute qua­li­té des armes Pur­dey. Quant aux Boss, leur mo­no­dé­tente est par­faite jus­qu’à ce qu’elle ne fonc­tionne plus cor­rec­te­ment, elle de­vient dès lors très dif­fi­cile à ré­pa­rer et à ré­gler. A ce su­jet, la mo­no­dé­tente mé­ca­nique de Hol­land était su­pé­rieure au sys­tème d’iner­tie ac­tuel­le­ment uti­li­sé, ils de­vraient y re­ve­nir. J’aime la fi­ni­tion Pur­dey, sur­tout du bois, et je la fais suivre de près par la Boss, mais ce­la n’a au­cune in­ci­dence sur le fonc­tion­ne­ment de l’arme ! Je mets Hol­land & Hol­land à la pre­mière place, le Boss à la deuxième et le Pur­dey à la troi­sième. »

Boss, pour le raf­fi­ne­ment

Pour le Bri­tan­nique Do­nald Dal­las, autre spé­cia­liste de l’his­toire des armes de chasse clas­siques bri­tan­niques, qui a si­gné une mo­no­gra­phie sur cha­cun des trois fa­bri­cants, c’est Boss qui l’em­porte : « Ab­so­lu­ment rien d’autre que des armes fines de grande qua­li­té n’a été fa­bri­qué dans cette mai­son, la pro­duc­tion y a tou­jours été ré­duite, ce nom rime avec une ex­clu­si­vi­té toute par­ti­cu­lière. » Une opi­nion par­ta­gée par son com­pra­triote Ch­ris Ba­tha, ti­reur, gun­fit­ter, jour­na­liste et pro­prié­taire de Charles Bos­well. « Le Pur­dey et sa mé­ca­nique Bees­ley à self-ope­ning peut être dif­fi­cile à fer­mer et né­ces­site un peu d’ex­per­tise pour un rechargement en dou­ceur, fait

il re­mar­quer à son tour, mais la plu­part des pro­prié­taires, du moins au Royaume-Uni, ont un char­geur pro­fes­sion­nel, alors, où est le pro­blème ? » (Des pro­pos que n’au­rait pas re­niés Athol Pur­dey… Comme le temps semble im­mo­bile par­fois !)

Le Hol­land Royal est éga­le­ment à self-ope­ning, mais le res­sort est dans un tube et sous le de­vant, son fonc­tion­ne­ment est très fa­cile et sans heurt. Ce doit être l’une des armes les plus co­piées par­mi les fa­bri­ca­tions conti­nen­tales. Le Boss est bien sûr un fu­sil as­sez rare et fonc­tionne fa­ci­le­ment et sans faille.

Tous les trois sont de su­perbes fu­sils, on rê­ve­rait de les pos­sé­der tous, dans dif­fé­rents ca­libres pour dif­fé­rents types de chasses qui plus est. Mais vous vou­lez un choix, n’est-ce pas ? Je pense que la ma­jo­ri­té de mes confrères ré­pon­dront Pur­dey… Pour ma part, la ra­re­té et l’his­toire qui lui sont as­so­ciées me pous­se­raient vers le Boss, c’est un in­ves­tis­se­ment ju­di­cieux. Et puis quel ar­mu­rier ! » Ro­bin Brown, fa­bri­cant et pro­prié­taire de A. A. Brown & Sons, fait le même choix, même s’il re­con­naît que c’est le Pur­dey qui a long­temps

eu sa pré­fé­rence. « Au chas­seur qui hé­si­te­rait entre l’une de ces trois marques, je re­com­man­de­rais Hol­land & Hol­land pour sa sim­pli­ci­té de concep­tion, sa ré­par­ti­tion ju­di­cieuse du poids et sa fia­bi­li­té éprou­vée dans les cir­cons­tances les plus dif­fi­ciles. C’est une fa­bri­ca­tion su­perbe et so­lide. Pour mon propre usage, si vous m’aviez po­sé la ques­tion il y a quinze ans, je vous au­rais ré­pon­du sans hé­si­ter : Pur­dey. Ce fu­sil in­carne à mes yeux l’in­gé­nio­si­té et le raf­fi­ne­ment fonc­tion­nels. Mais mon opi­nion a chan­gé. Je peux même vous don­ner la date exacte de ma conver­sion, c’était le 19 dé­cembre 2003 ! Ce jour- là, j’ai dé­cou­vert chez Boss & Co un round-ac­tion [ un fu­sil à bas­cule ronde, NDLR]

de toute beau­té, d’une élé­gance et d’une pu­re­té ex­cep­tion­nelles. C’était un jux­ta­po­sé de ca­libre 12 avec des

ca­nons de 75 cm, qui a pris vie à l’ins­tant où je l’ai eu dans les mains. Il mon­tait à l’épaule fa­ci­le­ment et ra­pi­de­ment comme s’il vou­lait chas­ser une bé­casse ima­gi­naire. J’avais ma­ni­pu­lé de nom­breuses armes fines et j’en ai ma­ni­pu­lé beau­coup de­puis, mais rien, ab­so­lu­ment rien, ne s’ap­proche et ne s’est ap­pro­ché de ce Boss. »

Pur­dey, pour la fa­ci­li­té d’usage

Le Bri­tan­nique Dig­go­ry Ha­doke, cour­tier, jour­na­liste et au­teur de plu­sieurs livres sur les armes de chasse, voue un culte aux armes Pur­dey, par­ti­cu­liè­re­ment les fa­bri­ca­tions an­ciennes. Sa ré­ponse ne nous a donc guère sur­pris, mais son ar­gu­men­ta­tion est in­té­res­sante. « Nous par­lons là d’un choix per­son­nel, pu­re­ment per­son­nel : j’aime la bas­cule Pur­dey- Bees­ley de la belle époque plus que toute autre chose. Les Pur­dey du dé­but du XXe siècle offrent une ma­ni­pu­la­tion im­pec­cable. En tir de battue, je les trouve plus “in­dul­gents”, d’une uti­li­sa­tion fa­cile… et ra­pide ! Ne croyez pas ceux qui vous disent qu’ils sont dif­fi­ciles à fer­mer, il existe une tech­nique simple qui per­met un rechargement tout à fait ai­sé. La bas­cule Pur­dey est as­sez lourde, elle met du poids là où vous le vou­lez. Bien que com­pli­qué et coû­teux à fa­bri­quer, lors­qu’il est réa­li­sé cor­rec­te­ment à par­tir des meilleurs ma­té­riaux et bien fi­ni, le Pur­dey fonc­tion­ne­ra par­fai­te­ment pen­dant un siècle. Quant à la qua­li­té de fa­bri­ca­tion des pro­duc­tions an­té­rieures à la Se­conde Guerre mon­diale, elle était pra­ti­que­ment par­faite. Le style, la pro­por­tion, la forme, l’équi­libre, les ca­rac­té­ris­tiques de ma­ni­pu­la­tion et la force sont in­hé­rents au concept lui-même. Pour au­tant, je re­con­nais vo­lon­tiers que les sys­tèmes d’éjec­tion Hol­land et Boss sont mé­ca­ni­que­ment plus ef­fi­caces que le Wem uti­li­sé sur la plu­part des Pur­dey.

Le Hol­land & Hol­land Royal est mé­ca­ni­que­ment idéal : il est bien fait, très simple, ex­trê­me­ment fiable et du­rable. En re­vanche, je n’ai ja­mais ma­nié un Boss qui m’ait don­né en­vie d’en pos­sé­der un, ces fu­sils ne me “parlent” pas. La forme de leur pla­tine, pour­tant re­la­ti­ve­ment ar­ron­die, n’a pas à mes yeux la même élé­gance que la Pur­dey d’avant-guerre. De plus, cer­tains mo­tifs de gra­vure et let­trages sur les pla­tines Boss me charment moins que les roses et vo­lutes créées par le maître gra­veur James Lu­ca. En­core une fois, il s’agit là de ma pré­fé­rence, qui n’im­plique au­cune cri­tique des armes Hol­land & Hol­land ou Boss. Mais cette pré­fé­rence est sans ap­pel : Pur­dey l’em­porte sur tous les plans ! » Nous ren­con­trons le même en­thou­siasme en la per­sonne de J. P. Dae­chler, ar­mu­rier bri­tan­nique, ex­pert au­près de Holt’s, qui vient en­core en­ri­chir le ta­bleau des ver­tus du Pur­dey : « Mon choix ? C’est

Pur­dey ! s’ex­clame- t- il dans la se­conde qui suit notre ques­tion. Le sys­tème Pur­dey est très in­gé­nieux et d’un fonc­tion­ne­ment par­fait. Les dé­parts des dé­tentes sont par­mi

les plus nets en rai­son de l’angle des gâ­chettes. Le self-ope­ning est ali­men­té par le grand res­sort et ce der­nier su­bit peu de ten­sions lorsque l’arme n’est pas fer­mée. Le cycle d’ar­me­ment est as­tu­cieux car la bas­cule n’a pas be­soin de le­viers d’ar­me­ment pour ar­mer le mé­ca­nisme : rien ne passe par la char­nière de la bas­cule, le fu­sil peut être ou­vert très lar­ge­ment. Le sys­tème d’éjec­teur est très bien conçu éga­le­ment et simple à ré­gler. » Le col­lec­tion­neur George Asher se montre tout aus­si élo­gieux à l’en­droit du Pur­dey, non sans égra­ti­gner au

pas­sage ses « concur­rents » : « Le Pur­dey est un fu­sil d’ex­cep­tion au de­si­gn in­tem­po­rel qui s’adresse à des connais­seurs. On ré­pète à l’en­vi que la bas­cule Hol­land est la plus co­piée, mais c’est parce qu’elle est simple à fa­bri­quer, pas parce qu’elle est meilleure ! Le Pur­dey s’ouvre com­plè­te­ment lorsque vous pous­sez la clé d’ou­ver­ture et vous pou­vez donc le li­bé­rer avec une seule main lais­sant l’autre dis­po­nible pour le rechargement. On de­vient ra­pi­de­ment “ac­cro” à cette ou­ver­ture so­lide et po­si­tive, sur­tout si, comme c’est mon cas, on aime le tir. La concep­tion de la bas­cule Boss est ru­di­men­taire, sans ca­rac­tère par­ti­cu­lier. En outre, les éjec­teurs poussent contre la tranche de bas­cule sous la pres­sion du res­sort à l’ou­ver­ture, ce qui crée des marques d’usure sur cette der­nière. Cer­tains pré­tendent qu’un avan­tage du sys­tème Boss ré­side dans les res­sorts hé­li­coï­daux des éjec­teurs, qui fonc­tion­ne­ront en­core s’ils se cassent, contrai­re­ment aux res­sorts en V qui cessent de fonc­tion­ner une fois cas­sés. L’ar­gu­ment ne tient pas. Si un res­sort casse, il faut le chan­ger, voi­là tout ! Sa­chons rai­son­ner en termes simples : des toutes meilleures armes, on at­tend du ca­rac­tère, cette au­ra im­pal­pable mais évi­dente, cette com­plexi­té aus­si, si coû­teuse et exi­geante à réa­li­ser, mais qui fonc­tionne par­fai­te­ment et ma­gni­fi­que­ment. Tout ce­la, c’est la bas­cule Pur­dey-Bees­ley ! »

Votre fu­sil idéal

Aus­si en­tiers que peuvent être les en­thou­siasmes des uns et des autres, on peut dif­fi­ci­le­ment trou­ver de faille dans les fa­bri­ca­tions de ces trois im­menses mai­sons. La qua­li­té, le soin et l’amour du dé­tail sont là.

En­suite, c’est une ren­contre qui se fait, ou pas, avec chaque per­son­na­li­té par­ti­cu­lière. Comme le ré­sume

Ro­bin Brown, « même si nous ne pou­vons pas tous l’ac­qué­rir, il est tou­jours agréable de sa­voir que le fu­sil idéal existe pour cha­cun d’entre nous » !

Choi­sir un fu­sil à pla­tines, c’est op­ter pour une élé­gance, une tra­di­tion, une cer­taine vi­sion de la chasse, mais c’est aus­si et sur­tout op­ter pour une mé­ca­nique, qu’il convient de choi­sir avec soin.

La pla­tine Boss (ou « Scott ») est sans doute la plus épu­rée et la plus fine des trois. La gâ­chette de sé­cu­ri­té est très proche de celle de Pur­dey.

La pla­tine Pur­dey, re­con­nais­sable à son chien dont la double tête sert d’ac­cro­chage à la gâ­chette de sé­cu­ri­té. Elle est aus­si la seule dont chaque branche du long res­sort de chien pos­sède une fonc­tion par­ti­cu­lière.

La pla­tine Hol­land & Hol­land, la plus connue et sans doute la plus re­pro­duite. La gâ­chette de sé­cu­ri­té tra­vaille dans le même sens que la gâ­chette prin­ci­pale, c’est son point faible se­lon Cou­ral­ly.

En re­liant par un trait ima­gi­naire les pe­tits axes de la pla­tine Hol­land & Hol­land on des­sine un W, un bon moyen pour la re­con­naître sans la dé­mon­ter.

Outre le self-ope­ner très pri­sé des fa­bri­cants de pla­tines, on doit aus­si à Hol­land & Hol­land l’in­ven­tion, en 1908, des pla­tines dé­mon­tables à la main.

A la dif­fé­rence de ses deux concur­rents, Boss n’a ja­mais réa­li­sé de fu­sils de deuxième ou troi­sième qua­li­té – les grades A à E de Pur­dey et les Bad­min­ton ou Do­mi­nion de H & H. Le pres­tige de la marque en est ren­for­cé.

Lorsque le nom Boss n’est pas écrit sur la bas­cule, la pla­tine Boss (ou « Scott ») se re­con­naît en re­liant, comme pour la H & H, les pe­tits axes par un trait ima­gi­naire, qui ici des­sine un V très apla­ti.

Il sont rares, mais quelques fa­bri­cants, des an­ciens em­ployés de Pur­dey le plus sou­vent, ont re­pro­duit la com­plexe pla­tine Bees­ley pour leurs fu­sils à pla­tines. Pour la re­con­naître sans la dé­mon­ter, il faut ob­ser­ver ses axes, au nombre de sept : ils se ré­par­tissent en deux groupes ver­ti­caux, deux axes de part et d’autre de l’axe du chien, les cinq autres sur la par­tie ar­rière de la pla­tine, presque l’un au-des­sus de l’autre.

1. La pre­mière pla­tine Hol­land & Hol­land, à bosse, était as­sez in­élé­gante et se ré­ar­mait à droite à l’ou­ver­ture et à gauche à la fer­me­ture. 2. De nom­breux fu­sils à pla­tines ano­nymes, belges ou fran­çais, pos­sèdent des pla­tines H & H. 3. Outre nos trois pla­tines « stars », il existe une mul­ti­tude de mé­ca­niques, dont cer­taines sont d’ori­gine in­con­nue. 1

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