Fu­sils à pla­tines ou An­son & Dee­ley

Le­quel choi­sir et pour­quoi ?

Armes de Chasse - - Sommaire - Laurent Be­du

Le­quel choi­sir et pour­quoi

On dit sou­vent, à juste titre, qu’entre un fu­sil à pla­tines mé­diocre ou même moyen et un An­son & Dee­ley bien réa­li­sé, mieux vaut op­ter pour ce der­nier. Mais beau­coup d’entre vous se de­mandent en­core ce qui, au-de­là de la mé­ca­nique, op­pose ces deux types d’armes. Le sa­voir peut être utile pour gui­der un choix !

Les fu­sils à pla­tines sont chers, certes, mais ce coût ne s’ex­plique pas par l’em­ploi d’un quel­conque mé­tal pré­cieux, en l’oc­cur­rence du pla­tine, comme je l’ai dé­jà en­ten­du ! Car si l’on trouve par­fois des do­rures à l’or fin sur les chiens ou les per­cu­teurs, le fu­sil à pla­tines, comme l’An­son & Dee­ley d’ailleurs, est réa­li­sé uni­que­ment en acier pour les ca­nons, la bas­cule et le mé­ca­nisme, et en noyer pour la crosse et la lon­guesse. Un fu­sil à pla­tines est une arme qui porte, sur des plaques de mé­tal amo­vibles et planes, son propre mé­ca­nisme de per­cus­sion. A chaque ca­non cor­res­pond un mé­ca­nisme et un seul, to­ta­le­ment in­dé­pen­dant de l’autre. Pour des rai­sons pra­tiques, ces plaques, que l’on ap­pelle « corps de pla­tine » , sont pla­cées sur les cô­tés du fu­sil puis de la bas­cule. Toutes les pièces né­ces­saires à la per­cus­sion sont po­si­tion­nées sur un seul et même cô­té du corps de pla­tine. Par sou­ci es­thé­tique au­tant que pour pro­té­ger la mé­ca­nique de l’oxy­da­tion ou de la pous­sière, seule une des faces du corps de pla­tine est vi­sible lorsque l’arme est mon­tée. Le cô­té des corps de pla­tine com­por­tant le mé­ca­nisme de per­cus­sion est en­châs­sé dans le bois de la crosse et dans les flancs de la bas­cule de fa­çon qua­si her­mé­tique, par­fai­te­ment pro­té­gé des agres­sions cli­ma­tiques. Les seules pièces mé­ca­niques vi­sibles sont les axes et vis de fixa­tion de toutes les pièces consti­tuant la pla­tine, qui par­sèment de pe­tites taches rondes de même dia­mètre la sur­face lisse de la pla­tine. Une sur­face lisse lorsque l’arme est dite « en blanc » , c’est-à-dire lors­qu’elle n’est ni trem­pée, ni bron­zée, ni gra­vée. Car jus­te­ment, ce qui ca­rac­té­rise aus­si le fu­sil à pla­tines est la grande sur­face de mé­tal dis­po­nible pour l’or­ne­men­ta­tion. Ces gra­vures, pro­fondes ou pas, réa­listes ou al­lé­go­riques, sont de plus mises en va­leur par le trai­te­ment du mé­tal. Des jas­pages à l’an­cienne ou des trempes grises et des bron­zages d’un noir bleu­té in­tense viennent ap­por­ter en­core plus de no­blesse à ces fu­sils.

Du bois, du mé­tal, mais en­core ?

Oui, di­rez-vous, mais ce beau bois, ces belles gra­vures vallent aus­si pour un fu­sil type An­son & Dee­ley. Et vous au­rez rai­son. D’ailleurs les crosses d’un fu­sil An­son & Dee­ley et d’un fu­sil à pla­tines ne sont pas si op­po­sées que ce­la. Toutes deux ne sont pas évi­dées aux mêmes en­droits ni de la même fa­çon, mais au­cune ne pour­rait être qua­li­fiée de plus ré­sis­tante que l’autre. Tout au plus peut-on dire que les plaques mé­tal­liques que sont les corps de pla­tines viennent ren­for­cer la crosse sur ses flancs juste der­rière la bas­cule. Sur un An­son & Dee­ley, le

mé­ca­nisme est si­tué au coeur du bois à la ver­ti­cale de la clé de bas­cu­lage et éga­le­ment au centre de la bas­cule qui est en par­tie frai­sée. Sur un fu­sil à pla­tines, il est po­si­tion­né sur les flancs de la crosse et de la bas­cule. La puis­sance de per­cus­sion de la pla­tine est net­te­ment su­pé­rieure à un sys­tème An­son. Le re­lais du chien et du res­sort, la chaî­nette, dé­mul­ti­plie la vi­tesse de dé­pla­ce­ment du chien vers l’avant et donc sa puis­sance. On ren­contre très peu de ra­tés de per­cus­sion avec une telle arme, y com­pris lors­qu’on uti­lise des car­touches dont les amorces sont par­ti­cu­liè­re­ment dures. Même si cer­taines pla­tines, no­tam­ment celles do­tées de chiens re­bon­dis­sants qui frappent sur la branche su­pé­rieure du res­sort pour re­ve­nir en ar­rière, peuvent par­fois être « moins per­cu­tantes » que d’autres pla­tines type Hol­land & Hol­land par exemple. En règle gé­né­rale, un fu­sil à pla­tines pos­sède une per­cus­sion plus ra­pide et plus franche que celle d’un An­son & Dee­ley, de qua­li­té équi­va­lente ou in­fé­rieure. Car n’est pas bon pla­ti­neur qui veut et il existe nombre de fu­sils à pla­tines bon mar­ché dont la per­cus­sion ne vau­dra ja­mais celle d’un bon fu­sil An­son & Dee­ley. Mais nous par­lons ici de fu­sils à pla­tines de qua­li­té et non de cer­tains mo­dèles dont, exemple de mau­vaise réa­li­sa­tion le plus criant et le plus cou­rant, les gâ­chettes de sé­cu­ri­té cen­sées em­pê­cher tout dé­part in­vo­lon­taire en cas de chute ou de choc ne fonc­tionnent pas. Pour sa­voir si c’est le cas, il n’existe pas de test « dé­li­bé­ré », sans dé­mon­tage bien sûr.

Avan­tages com­pa­rés

Il n’y a pas que la per­cus­sion qui soit plus per­for­mante sur un mo­dèle à pla­tines, les dé­parts sont sou­vent meilleurs aus­si et as­sez simples à ré­gler pour un ar­mu­rier spé­cia­liste de ce genre de mé­ca­nisme. Un autre avan­tage sur bon nombre de fu­sils à pla­tines est la pré­sence de bou­chons de per­cus­sion aux­quels cor­res­pondent des évents éva­cuant les gaz en cas de rup­ture d’étui, ce qui évite toute sur­pres­sion au ni­veau de la bas­cule. Ces bou­chons, à condi­tion d’avoir été bien réa­li­sés et de ne pas pré­sen­ter de jeu, per­mettent aus­si de chan­ger plus fa­ci­le­ment les per­cu­teurs. Ces der­niers jouent éga­le­ment le rôle d’ob­tu­ra­teurs et in­ter­disent tout re­tour des gaz vers le mé­ca­nisme ou toute in­tru­sion de ré­si­dus oxy­dants qui pour­raient dé­té­rio­rer la pla­tine. A une cer­taine époque, avec l’em­ploi de ma­tière par­ti­cu­liè­re­ment oxy­dante dans les mu­ni­tions, ce simple élé­ment a per­mis de pro­té­ger un grand nombre de mé­ca­niques de casses plus ou moins an­non­cées. Néan­moins, le risque était mal­gré tout pris en compte puisque les per­cu­teurs et les chiens étaient par­fois do­rés à l’or. Ce que beau­coup consi­dèrent comme une dé­co­ra­tion, plus ou moins élé­gante et raf­fi­née, n’était à l’ori­gine qu’une pro­tec­tion mé­ca­nique contre un risque ma­jeur, l’oxy­da­tion et la rouille d’une pièce fon­da­men­tale de la pla­tine. Les per­cu­teurs de cer­tains fu­sils à pla­tines pos­sèdent un res­sort qui les main­tient constam­ment en re­trait et évite leur casse lors de la fer­me­ture des ca­nons. Les clés de dé­mon­tage des pla­tines, lorsque ces der­nières ne sont pas main­te­nues par des vis, per­mettent d’avoir un ac­cès im­mé­diat au mé­ca­nisme en cas de pro­blème, pour en ré­gler les dé­parts ou en­core pour le net­toyer ré­gu­liè­re­ment.

L’équi­libre d’un fu­sil à pla­tines est par­fait. Gé­né­ra­le­ment ce der­nier est plus lourd qu’un An­son & Dee­ley, à ca­libre, bois et lon­gueur de ca­nons équi­va­lents. Mais la ré­par­ti­tion des masses est meilleure sur le pre­mier grâce à un centre de gra­vi­té plus mé­dian que sur le se­cond. Cette dif­fé­rence s’ex­plique ai­sé­ment. Une bas­cule de fu­sil à pla­tines est moins évi­dée que celle d’un An­son & Dee­ley et donc plus lourde. Ce sup­plé­ment de mé­tal as­sure éga­le­ment une meilleure ré­sis­tance de la bas­cule. Un fu­sil à pla­tines est beau­coup plus dif­fi­cile à réa­li­ser qu’un An­son & Dee­ley. Cette dif­fi­cul­té, ce temps pas­sé bien plus im­por­tants ont na­tu­rel­le­ment un prix. C’est pour­quoi il faut être très sus­pi­cieux lorsque l’on trouve un fu­sil à pla­tines ven­du à l’état neuf moins cher ou au même prix qu’un An­son . La pro­ba­bi­li­té est grande que l’arme en ques­tion souffre d’ajus­te­ments ap­proxi­ma­tifs et que ja­mais elle ne pour­ra être équi­va­lente et en­core moins su­pé­rieure à l’An­son qui lui est op­po­sé. Nombre de fa­bri­cants d’armes de pres­tige af­firment qu’il vaut mieux ac­qué­rir un bon An­son & Dee­ley qu’un fu­sil à pla­tines à la réa­li­sa­tion mé­diocre. Si les armes à pla­tines sont si pres­ti­gieuses et chères, c’est parce que leur fa­bri­ca­tion de­mande de l’ex­pé­rience, du sa­voir-faire et beau­coup de ta­lent.

Cher­chez l’er­reur

De prime abord, l’iden­ti­fi­ca­tion de l’un ou l’autre type semble al­ler de soi. Un fu­sil à pla­tines se re­con­naît fa­ci­le­ment à… sa pla­tine, tan­dis que le An­son & Dee­ley pos­sède une bas­cule simple, droite ou à en­taillage. Seule­ment, si la théo­rie est simple, la réa­li­té l’est beau­coup moins. Car il existe des fu­sils An­son à faux corps ou contre- pla­tines qui re­prennent la sil­houette des pla­tines. Soit, di­rez- vous, mais les fu­sils à pla­tines pos­sèdent des axes ap­pa­rents qui ma­té­ria­lisent le mé­ca­nisme ca­ché des­sous et qui ne laissent pla­ner au­cun doute sur leur iden­ti­té. Eh bien non ! D’abord, il existe des fu­sils à pla­tines à axes ca­chés. A l’in­verse, on trouve des contre- pla­tines sur les­quelles de faux axes ont été lais­sés en sur­épais­seur, avec par­fois un tel ta­lent que même les meilleurs s’y trompent. Dès lors, comment faire ? Dé­mon­ter l’arme ? C’est en ef­fet la so­lu­tion, mais elle n’est pas tou­jours pos­sible. Et sur­tout, il existe une mé­thode beau­coup plus simple. Lo­gi­que­ment, sur un fu­sil à pla­tines, tous les axes ap­pa­rents sont là pour main­te­nir des pièces mo­biles et ne bougent pas. Tous sauf un, ce­lui du chien. Vous ne pou­vez pas le ra­ter, c’est le plus gros axe de la pla­tine. En per­cu­tant, il doit tour­ner. C’est d’ailleurs pour­quoi les axes de chien de cer­tains mo­dèles com­portent des flèches ou des in­serts or qui servent d’in­di­ca­teur d’ar­me­ment. En fonc­tion de la po­si­tion ho­ri­zon­tale ou oblique de la flèche, on sait im­mé­dia­te­ment si le fu­sil est ar­mé. Comme rien n’est ja­mais simple dans ce monde, il existe quelques An­son & Dee­ley à faux corps do­tés de faux axes dont le prin­ci­pal est tour­nant. C’est rare, mais ce­la se trouve. Dans ce cas de fi­gure, il vous faut re­gar­der sous la bas­cule et ins­pec­ter la sous-garde. Sur un An­son & Dee­ley, sauf rares ex­cep­tions, deux vis sont pré­sentes. La pre­mière per­met de fixer la sous-garde à la bas­cule tan­dis que la se­conde main­tient en place la plaque de re­cou­vre­ment. Sur un vrai fu­sil à pla­tines, une seule vis suf­fit, celle de la sous- garde. Alors, en cas de doute et si vous dé­cou­vrez un fu­sil que vous pen­sez être un An­son & Dee­ley à faux corps avec de faux axes, pen­sez à le re­tour­ner, la vé­ri­té est en des­sous.

La pré­sence fré­quente de bou­chons de per­cus­sion sur un fu­sil à pla­tines est un vé­ri­table plus, dont un An­son & Dee­ley est sou­vent dé­pour­vu.

La sur­face dis­po­nible pour la gra­vure sur un fu­sil à pla­tines est telle qu’il est pos­sible d’y réa­li­ser de vé­ri­tables oeuvres d’art. Ce qui n’em­pêche pas quelques An­son, comme le West­ley Ri­chard à gauche, d’être in­croya­ble­ment dé­co­rés.

Sur un vé­ri­table fu­sil à pla­tines, la seule vis vi­sible sous la bas­cule est celle du pontet. Il n’y a pas de vis de plaque de re­cou­vre­ment car la bas­cule est mas­sive.

Ce des­sous de bas­cule dé­voile deux vis, celle du pontet et celle de la plaque de re­cou­vre­ment, il s’agit donc, à n’en pas dou­ter, d’un An­son & Dee­ley.

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