Rus­tique contre Rus­tic

Armes de Chasse - - Armes Fines -

Avant l’op­po­si­tion Ro­bust-Pion­ner, les deux firmes s’étaient dé­jà af­fron­tées, de fa­çon un peu plus vi­gou­reuse, avec deux armes au nom très proche, le Rus­tique et le Rus­tic. Le pre­mier est un fu­sil à clé sous pontet (dite Bé­rin­ger) qui se­ra li­vré par Ver­ney-Car­ron pen­dant un temps (1900-1930) avec la table des ca­nons mar­quée « Rus­tique ». Le se­cond est une sorte de ré­ponse du ber­ger à la ber­gère : un fu­sil conçu par Pierre Bla­chon, qui en dé­po­sa le bre­vet le 26 no­vembre 1904, le­quel fut dé­li­vré le 31 jan­vier 1905 et pu­blié le 6 avril 1905. Le Rus­tique est en réa­li­té un mo­dèle ul­tra-ré­pan­du pro­duit par la qua­si-to­ta­li­té des ar­que­bu­siers, avec leurs propres mar­quages ou non. Même Ver­ney-Car­ron n’a mar­qué qu’une in­fime par­tie de cette pro­duc­tion. Le Rus­tic est en re­vanche d’un sys­tème peu ba­nal. Son ver­rouillage s’opère par une clé si­tuée sur le haut de la poi­gnée. Outre que ce « top-le­ver » est bien plus pra­tique que la clé sous pontet, il per­met d’ac­tion­ner un large ver­rou plat en ti­roir qui bloque les cro­chets sous la table des ca­nons. Il est moins su­jet à prendre du jeu que tout autre. Autre par­ti­cu­la­ri­té : bien qu’à chiens ex­té­rieurs, ce fu­sil ne com­porte pas de pla­tines. Le car­ré de la noix fait saillie sur le cô­té de la poi­gnée et les chiens y sont main­te­nus par leur vis à tête bom­bée. Les pous­soirs des chiens sont lo­gés dans la table de bas­cule, bro­chés sur des res­sorts à bou­dins. Troi­sième ori­gi­na­li­té, les dé­tentes com­portent un er­got qui vient di­rec­te­ment se prendre dans le cran de l’ar­mé, sans gâ­chette in­ter­mé­diaire. Mais, contrai­re­ment au Rus­tique, ce Rus­tic n’a eu au­cun suc­cès, ar­ri­vant sans doute trop tard, avec l’avè­ne­ment des fu­sils ham­mer­less de tous types. Ce qui n’échap­pa pas aux di­ri­geants de la Ma­nu­fac­ture qui ne pré­sen­tèrent même pas le fu­sil au ca­ta­logue, ce qui en fai­sait d’of­fice un pro­to­type sans ave­nir. Con­tre­par­tie de cet échec com­mer­cial, le Rus­tic est de­ve­nu une pièce de col­lec­tion rare. Seule­ment deux mo­dèles sont pas­sés à l’hô­tel des ventes de Drouot ces der­nières an­nées. L’ab­sence de mar­quages spé­ci­fiques sur ces deux armes laisse d’ailleurs pen­ser qu’il s’agis­sait de pièces d’étude.

Ce Rus­tique Ver­ney-Car­ron des an­nées 1930 en ca­libre 16 a ti­ré un peu de tout avec des charges im­pen­sables et n’a pour­tant ja­mais failli. A gauche, les plans du Rus­tic.

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