7e bien­nale d’art contem­po­rain, Mos­cou

Di­vers lieux / 19 sep­tembre 2017 - 18 jan­vier 2018

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« Je pense que tous ceux qui vi­si­te­ront la bien­nale d’art contem­po­rain sen­ti­ront que ce qui est pré­sen­té ici est de l’art et non une sorte d’il­lus­tra­tion ar­tis­tique d’idées po­li­tiques ou so­ciales. » Ain­si s’ex­pri­mait la di­rec­trice de la Nou­velle Ga­le­rie Tre­tia­kov, Zel­fi­ra Tre­gu­lo­va, à la veille de l’ou­ver­ture of­fi­cielle de la bien­nale. Le Mu­sée d’État ac­cueille l’ex­po­si­tion prin­ci­pale dont la com­mis­saire est cette an­née la Ja­po­naise Yu­ko Ha­se­ga­wa, une ha­bi­tuée de ces grands ren­dez-vous depuis la bien­nale d’Is­tan­bul qu’elle di­ri­gea en 2001.

PO­LI­TIQUE

Il va de soi qu’on ne sau­rait ju­ger une oeuvre d’art à l’aulne de sa va­leur mi­li­tante ou sur sa ca­pa­ci­té à po­li­ti­ser les masses, mais dans la bouche de la res­pon­sable d’un des plus im­por­tants mu­sées de la Fé­dé­ra­tion de Rus­sie, ces propos ont une tout autre por­tée. Ils si­gni­fient ni plus ni moins l’ex­clu­sion des ex­po­si­tions of­fi­cielles de toute une par­tie de l’art contem­po­rain russe, celle dont le tra­vail se­rait sus­cep­tible de dé­ran­ger le gou­ver­ne­ment de Vla­di­mir Poutine et sa po­li­tique. Le rem­pla­ce­ment, à la tête de la fon­da­tion en charge de la ges­tion de la bien­nale, de Jo­seph Back­stein, son fon­da­teur, par Ju­lia Mu­zi­kants­kaya, an­cienne conseillère de l’ac­tuel mi­nistre de la Culture, n’était pas de très bon au­gure. La vi­site que nous en avons faite a confir­mé nos craintes. Do­tée d’un bud­get très i nfé­rieur à ce­lui de toutes l es grandes bien­nales – un mil­lion d’eu­ros quand la moyenne est su­pé­rieure à six –, ab­sente des es­paces pu­blics de la ca­pi­tale russe (au­cune af­fiche ne si­gnale sa pré­sence), ré­duite à une ex­po­si­tion prin­ci­pale qui tien­drait sur un étage du mu­sée d’art contem­po­rain de Lyon, la 7e bien­nale de Mos­cou ne se dis­tingue ni par ses moyens ni par son ori­gi­na­li­té.

FORÊTS ET NUAGES

At­tar­dons-nous sur le ma­ni­feste que Yu­ko Ha­se­ga­wa a ré­di­gé en guise d’in­tro­duc­tion à la bien­nale. Le propos qui s’y dé­ploie est une ca­ri­ca­ture du dis­cours cu­ra­to­rial (genre dé­sor­mais bien ré­fé­ren­cé), un mé­lange confus de mé­ta­phores, de concepts non dé­fi­nis et d’al­lu- sions à des théo­ries so­cio-an­thro­po­lo­gi­co-phi­lo­so­phiques peu ar­ti­cu­lées. Par son titre en forme de dia­gramme Clouds Fo­rests, elle en­tend « in­ci­ter à l’éta­blis­se­ment de nou­velles re­la­tions dans un monde en crise ». La double flèche « fait ré­fé­rence à la cir­cu­la­tion entre nuage et fo­rêt en tant qu’espace mé­ta­pho­rique, ain­si qu’au peuple qui vit là [dans cet espace] ». Si l’on suit les méandres de son rai­son­ne­ment, ce peuple est tan­tôt une tri­bu an­crée dans sa terre et dans sa culture, tan­tôt une as­sem­blée vir­tuelle se re­com­po­sant sans cesse dans le pay­sage in­for­ma­tion­nel du web. Un peuple de tri­bus cir­cu­lant entre forêts d’arbres et nuages de da­ta, et qui est bien sûr ce­lui des ar­tistes, car ce sont eux qui tiennent en­semble les contraires, eux qui sont no­mades et si­tués, tech­no­lo­gistes et ani­mistes, les mains dans la ma­tière et la tête dans les écrans. Si l’on en croit Yu­ko Ha­se­ga­wa, l’art se­rait le mo­dèle d’un nou­veau peuple, créa­tif et en­vi­ron­ne­men­ta­liste, à la fois ter­rien et ga­zeux, évi­dem­ment rhi­zo­ma­tique, sou­cieux des autres et du monde sans re­non­cer à un al­lègre et ef­fré­né dé­ve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique. Le pro­blème est que ce monde rê­vé, parce qu’il est in­té­gra­le­ment es­thé­tique, est ri­gou­reu­se­ment apo­li­tique et aso­cial. Pire : il est le ré­sul­tat d’une es­thé­ti­sa­tion ra­di­cale du monde. Pour elle, comme pour le pho­to­graphe Al­bert Ren­ger-Patzsch, dont Wal­ter Ben­ja­min fit, dans sa Pe­tite His­toire de la pho­to­gra­phie, l’exemple de la fé­ti­chi­sa­tion de l’art, le monde est beau (Die Welt ist schön). « En elle, écri­vait ce­lui-ci, se dé­masque l’at­ti­tude d’une pho­to­gra­phie qui peut don­ner à n’im­porte quelle boîte de conserve sa place dans l’uni­vers, mais n’est pas ca­pable de sai­sir une seule des re­la­tions hu­maines dans les­quelles elle in­ter­vient […]. » Ces mots de Ben­ja­min s’ap­pliquent parfaitement à ce pro­jet cu­ra­to­rial : non seule­ment il ne pro­duit au­cune re­la­tion nou­velle, mais il est aveugle à celles qui existent et qu’il se­rait pour­tant urgent d’ana­ly­ser et de rendre sen­sibles.

RE­LA­TIONS

Heu­reu­se­ment pour le visiteur, l’ex­po­si­tion est plus riche et plus com­plexe que le dis­cours qui l’in­tro­duit. Si les pièces es­thé­ti­santes sont bien pré­sentes et as­sez nom­breuses (les pho­to­gra­phies de gla­ciers de Mi­chael Na­j­jar, l’al­lé­go­rie en forme de ta­bleau ani­mé de Ro­hi­ni De­va­sher, les bal­lons flot­tant avec pro­jec­tions d’images de vi­rus de Na­dim Ab­bas, la sculp­ture néo-cha­ma­nique en réa­li­té aug­men­tée de Da­shi Nam­da­kov, les len­tilles pris­ma­tiques d’Ola­fur Elias­son ou les plaques de cuivre gra­vées de Mat­thew Bar­ney), d’autres, sans créer au­cune tri­bu, font ce tra­vail de mise au jour des re­la­tions qui est aus­si, comme le rap­pelle Ben­ja­min, un tra­vail de construc­tion. Les en­quêtes vi­déos de Su­san Schup­pli, la ma­chine à nuages de Ma­rie-Luce Na­dal, l’ins­tal­la­tion vé­gé­tale et at­mo­sphé­rique de Re­vi­tal Co­hen & Tuur Van Ba­len, les arbres qu’Uriel Or­low convoque comme té­moins de l’his­toire co­lo­niale, les pho­to­gra­phies des­si­nées de Gau­ri Gill & Ra­jesh Van­gad, la vi­déo de Jus­tine Émard fil­mant le pas de deux du dan­seur ja­po­nais Mi­rai Mo­riya­ma avec un an­droïde, etc., toutes ces oeuvres ré­vèlent ou pro­duisent des re­la­tions re­fou­lées ou in­aper­çues : entre un lieu et ses nuages, entre un ter­ri­toire et les crimes en­vi­ron­ne­men­taux qu’on y a com­mis, entre des plantes et un orage à venir, entre une pho­to­gra­phie de cen­trale ther­mique et le des­sin qui re­peuple l’espace, entre des arbres et l’his­toire d’une co­lo­ni­sa­tion, entre le corps d’un dan­seur et ce­lui d’un in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. La « beau­té » de ces oeuvres tient au res­pect dont elles té­moignent vis-à-vis de ce qu’elles montrent quand les pre­mières ont ten­dance à rendre in­of­fen­sives les réa­li­tés qu’elles convoquent. Plu­tôt que de nuages et de forêts, ces images mas­quant ce dont il est vrai­ment ques­tion, il fau­drait par­ler du rap­port que l’ar­tiste construit avec le réel qu’il a choi­si d’em­bras­ser. Il peut

l’anes­thé­sier comme il peut en sai­sir la puis­sance dis­rup­tive et dis­sen­suelle. Faire ce­la n’est pas en soi l’at­tri­but d’un art po­li­tique ou mi­li­tant. L’art le plus dis­sen­suel fut sou­vent le plus for­ma­liste.

CORPS SOUMETTANT CORPS SOU­MIS

En marge de la bien­nale, à Win­za­vod, quar­tier mos­co­vite dé­dié à l’art contem­po­rain, la ga­le­rie XL ex­pose une jeune ar­tiste russe, Eka­te­ri­na Mu­romt­se­va ( née en 1990). De grandes aqua­relles sur pa­pier des­sinent des groupes de corps. Ré­duits à leur contour, te­nus en­semble par l’épan­che­ment de l’aqua­relle, ils sont sai­sis dans une com­mu­nau­té, d’agres­sion ou de sou­mis­sion, l’une se don­nant comme le re­vers de l’autre. Un groupe est en prière, à ge­noux et tête au sol, un autre (com­po­sé d’agents de po­lice ou de gardes mo­biles) tient un corps dont la forme vide se des­sine en né­ga­tif, un troi­sième est en rang face à un mur de briques, bras le­vés, corps en attente d’être fouillés ou ar­rê­tés. Dans le monde que ces des­sins com­posent, les groupes sub­juguent ou sont sub­ju­gués. La force simple de ces aqua­relles est aux an­ti­podes du tech­no-cha­ma­nisme qui s’étend sur la 7e bien­nale de Mos­cou comme un épais brouillard, oc­cul­tant la vio­lence d’un pou­voir qui ne craint plus d’em­pri­son­ner des ar­tistes, même quand ils ne sont pas ou­ver­te­ment cri­tiques à son égard.

Bas­tien Gal­let

“I think that all those who will vi­sit the Bien­nale of Contem­po­ra­ry Art will feel that what is pre­sen­ted here is art and not some kind of ar­tis­tic illus­tra­tions of so­cial or po­li­ti­cal ideas,” de­cla­red Zel­fi­ra Tre­gu­lo­va, the di­rec­tor of the New Tre­tya­kov Gal­le­ry, on the eve of the of­fi­cial ope­ning of the Mos­cow Bien­nial. The State Mu­seum houses this year’s main ex­hi­bi­tion, cu­ra­ted by Ja­pan’s Yu­ko Ha­se­ga­wa, a ha­bi­tué of these kinds of events since the Is­tan­bul Bien­nial she hea­ded in 2001.

POLITICS

It should go wi­thout saying that an art­work can’t be jud­ged by its politics or its abi­li­ty to raise the conscious­ness of the masses. But it’s high­ly si­gni­fi­cant to hear these words from the mouth of the chief of one of the most im­por­tant mu- seums in the Rus­sian Fe­de­ra­tion, be­cause such an ap­proach would mean that of­fi­cial ex­hi­bi­tions in Rus­sia will ex­clude a whole swath of the coun­try’s contem­po­ra­ry art, any and all work that could dis­turb the go­vern­ment of Vla­di­mir Pu­tin or chal­lenge his politics. In this light, the re­pla­ce­ment of the foun­der of the foun­da­tion in charge of the Bien­nial, Jo­seph Back­stein, by Ju­lia Mu­zi­kants­kaya, a for­mer ad­vi­sor to the cur­rent Mi­nis­ter of Culture, was a bad omen. A vi­sit to the Bien­nial confir­med our fears. With a bud­get far less sub­stan­tial than all the other ma­jor bien­nials (a mil­lion eu­ros, com­pa­red with the ave­rage of more than six mil­lion), lack of any pre­sence in the Rus­sian ca­pi­tal’s pu­blic spaces (no pos­ters to in­form the pu­blic of its exis­tence) and the down­si­zing of the main ex­hi­bi­tion to di­men­sions that would fit in a single floor of the Lyon contem­po­ra­ry art mu­seum, the Se­venth Mos­cow Bien­nial has lost much of its ma­te­rial sup­port and its ori­gi­na­li­ty.

FO­RESTS AND CLOUDS

It’s worth exa­mi­ning the ma­ni­fes­to writ­ten by Ha­se­ga­wa as an in­tro­duc­tion to the Bien­nial. This text is a ca­ri­ca­ture of cu­ra­to­rial dis­course ( a well- known li­te­ra­ry genre these days), a confu­sed mé­lange of me­ta­phors, ill-de­fi­ned concepts and al­lu­sions to in­suf­fi­cient­ly ex­plai­ned theo­ries of the so­cial, an­thro­po­lo­gi­cal and phi­lo­so­phi­cal kind. It ex­plains that the pur­pose of the event’s title, the dia­gram Clouds Fo­rests, is “to ins­ti­gate the es­ta­blish­ment of new re­la­tion­ships in our world at a time of cri­sis.” The double ar­row “re­fers to the cir­cu­la­tion bet­ween cloud and fo­rest as a me­ta­pho­ri­cal space, and to the people who live there.” If we fol­low the mean­ders of this rea­so­ning, this “people” is so­me­times un­ders­tood to be an an­cient tribe roo­ted in its land and culture, and so­me­times a vir­tual as­sem­bly cea­se­less­ly re­cons­ti­tu­ting it­self on the Web’s di­gi­tal land­scape. A people of tribes cir­cu­la­ting bet­ween fo­rests of trees and clouds of da­ta, which ob­vious­ly means ar­tists, since they are the ones who hold this en­semble of contra­ries to­ge­ther, well-lo­ca­ted no­mads, tech­no­lo­gists and ani­mists, who have their hands on the ma­te­rial world and their heads in their mo­ni­tors. Ac­cor­ding to Ha­se­ga­wa, art pro­vides the mo­del of a new people, crea­tive and en­vi­ron­men­ta­list, si­mul­ta­neous­ly earth-bound and exis­ting in a ga­seous state, rhi­zo­ma­tic of course, concer­ned about other people and the world wi­thout gi­ving up jaun­ti­ly hell-bent tech­no­lo­gi­cal de­ve­lop­ment. The pro­blem is that be­cause it is en­ti­re­ly aes­the­tic this dream world is ri­go­rous­ly apo­li­ti­cal and aso­cial. Even worse, it is the re­sult of a ra­di­cal aes­the­ti­ci­za­tion of the world. Its cre­do re­sembles that of the pho­to­gra­pher Al­bert Ren­ger-Patzsch, whom Wal­ter Ben­ja­min, in his Short His­to­ry of Pho­to­gra­phy, cites as an example of the fe­ti­shi­za­tion of art: “Die Welt ist schön” (the world is beau­ti­ful). Ben­ja­min wrote, “These words un­mask the at­ti­tude of a pho­to­gra­pher who can at­tri­bute a place in the uni­verse to any and all tin cans but can­not grasp a single one of the hu­man re­la­tions in which he in­ter­venes.” Ben­ja­min’s words here could be ap­plied to this whole cu­ra­to­rial pro­ject: not on­ly does it not pro­duce any new re­la­tion­ships, but it is blind to those that exist and must be ur­gent­ly ana­ly­zed and made per­cep­tible.

RE­LA­TIONS

For­tu­na­te­ly for vi­si­tors, this ex­hi­bi­tion is ri­cher and more com­plex than the text in­tro­du­cing it. There are plen­ty of aes­the­ti­ci­zing pieces on view, such as the photos of gla­ciers by Mi­chael Na­j­jar, Ro­hi­ni De­va­sher’s al­le­go­ry in the form of an ani­ma­ted ta­bleau, Na­dim Ab­bas’s floa­ting bal­loons with images of vi­ruses pro­jec­ted on­to them, Da­shi Nam­da­kov’s aug­men­ted rea­li­ty neo-sha­ma­nic sculp­ture, the pris­ma­tic lenses of Ola­fur Elias­son and the en­gra­ved cop­per plates of Mat­thew Bar­ney. But other works, wi­thout see­king to create any tribe, ap­ply them­selves to the task of brin­ging re­la­tion­ships to light, which, as Ben­ja­min poin­ted out, can al­so mean car­rying out construc­tion. Su­san Schup­pli’s vi­deo en­qui­ries, Ma­rieLuce Na­dal’s cloud ma­chine, the at­mos­phe­ric plant ins­tal­la­tion of Re­vi­tal Co­hen and Tuur Van Ba­len, the trees Uriel Or­low calls on as wit­nesses to co­lo­nial his­to­ry, the drawn photos of Gau­ri Gill and Ra­jesh Van­gad, Jus­tine Émard’s vi­deo of a pas de deux per­for­med by the Ja­pa­nese dan­cer Mi­rai Mo- riya­ma with an an­droid, etc.—all these pieces re­veal or pro­duce re­la­tion­ships nor­mal­ly re­pres­sed or un­no­ti­ced: bet­ween a place and its clouds, a ter­ri­to­ry and the crimes against the en­vi­ron­ment that have been com­mit­ted there, plants and a co­ming storm, a pho­to­graph of a po­wer plant and the dra­wing that re­peoples the space, trees and the his­to­ry of a co­lo­ni­za­tion, the bo­dy of a dan­cer and that of an ar­ti­fi­cial in­tel­li­gence. The “beau­ty” of these works lies in their res­pect for what they show, whe­reas the pre­vious­ly ci­ted works tend to drain the rea­li­ties they deal with of any­thing pos­si­bly dis­com­for­ting. The clouds and fo­rests mask the real is­sues. We need to talk about the re­la­tion­ships ar­tists construct with the rea­li­ty they have cho­sen to em­brace. They can anes­the­tize it, or they can bring out its dis­rup­tive and dis­sen­sual po­wer. This doesn’t ne­ces­sa­ri­ly mean ma­king po­li­ti­cal art. The most dis­sen­sual art has of­ten been the most for­ma­list.

SUBJUGATE SUBJUGATED

On the fringes of the Bien­nial, in Wyn­za­vod, the Mos­cow quar­ter de­di­ca­ted to contem­po­ra­ry art, the XL gal­le­ry is sho­wing work by the young Rus­sian Eka­te­ri­na Mu­romt­se­va ( born 1990). Her large-for­mat wa­ter­co­lors show groups of bo­dies. Re­du­ced to their contours and held to­ge­ther by the ef­fu­sion of the wa­ter­co­lors, they de­pict a com­mu­ni­ty of ag­gres­sion and sub­mis­sion, consi­de­red two sides of the same coin. One group prays, knee­ling with their fo­re­head on the ground. Ano­ther, com­pri­sed of po­lice or other se­cu­ri­ty forces, holds a bo­dy whose emp­ty shape re­pre­sents, in ne­ga­tive, a third group stan­ding in rows fa­cing a brick wall, hol­ding up their arms as they wait to be sear­ched or ar­res­ted. In the world these dra­wings bring us, groups of people subjugate or are subjugated. With their simple po­wer, these wa­ter­co­lors are the com­plete op­po­site of the tech­no-sha­ma­nism see­ping through the Se­venth Mos­cow Bien­nial like a thick fog, hi­ding the vio­lence of a po­wer struc­ture that no lon­ger he­si­tates to im­pri­son even ar­tists who are not open­ly cri­ti­cal of it.

Bas­tien Gal­let Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Gau­ri Gill et Ra­jesh Van­gad. « Fac­to­ry and Ri­ver, from Fields of Sight ». 2014. Encre sur im­pres­sion d’ar­chive. Ink on ar­chi­val pig­ment print

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