METZ Ja­pa­no­ra­ma

Art Press - - ÉVÉNEMENT -

Centre Pom­pi­dou-Metz / 20 oc­tobre 2017 - 5 mars 2018 Ja­pa­no­ra­ma com­plète Ja­pan-ness par une fresque de la créa­tion au Ja­pon de­puis l’exposition uni­ver­selle d’Osa­ka en 1970. L’en­jeu est de taille et le propos am­bi­tieux. Il vise à dé­faire l’op­po­si­tion ha­bi­tuelle entre le zen contem­pla­tif et le ka­waï qui dé­signe le cô­té sé­dui­sant ou « mi­gnon » de cer­taines pro­duc­tions. Ce tra­vail d’his­to­rien au­quel s’est at­te­lée Yu­ko Ha­se­ga­wa, di­rec­trice du mu­sée d’art contem­po­rain de To­kyo, ne semble pas en­core avoir été me­né au Ja­pon à ce jour. À la dif­fé­rence de l’ar­chi­tec­ture, les arts plas­tiques et la mode semblent avoir connu une crois­sance anar­chique au cours des qua­rante der­nières an­nées. C’est la rai­son pour la­quelle six zones thé­ma­tiques po­reuses sont ré­par­ties de fa­çon or­ga­nique dans les deux ga­le­ries su­pé­rieures du Centre Pom­pi­douMetz, avec quelques es­paces clos et des pla­teaux ou­verts. La dé­mons­tra­tion est pas­sio­nante. Ce­pen­dant, en dé­pit des sub­ti­li­tés qui animent le par­cours (op­po­si­tion entre une par­tie sur la col­la­bo­ra­tion et une autre sur les sub­jec­ti­vi­tés ; entre une par­tie sur le corps ob­jet et une autre sur le corps ab­sent du mi­ni­ma­lisme…), la scé­no­gra­phie des­si­née par Ka­zuyo Se­ji­ma de l’agence Sa­naa, quoique très élé­gante, ne par­vient pas com­plè­te­ment à ap­puyer le propos de l’exposition. La pre­mière sec­tion est la plus vaste. Elle traite du corps jusque dans ses li­mites post-hu­maines. De ma­gni­fiques pho­tos du dan­seur Tat­su­mi Hi­ji­ka­ta, et de Ka­zuo Oh­no montrent des corps de­bout au bord de la mort, au len­de­main de la Guerre. La robe élec­trique d’At­su­ko Ta­na­ka est ha­bi­le­ment mise en pa­ral­lèle de la robe à bosses de Rei Ka­wa­ku­bo (Comme des gar­çons). Ce corps mal­me­né par les ra­dia­tions que dé­nonce Tet­su­mi Ku­do est aus­si mis à mal par Yo­ko Ono dans ses Cut Pieces. Au cours des an­nées 1980, Ko­dai Na­ka­ha­ra montre un corps dis­lo­qué sur le sol, un corps pay­sage et sans or­gane in­fluen­cé par Gilles De­leuze. Puis c’est le corps-pro­duit des an­nées 1990 qui est scan­né par Dumb Type, et en­fin ab­sent dans la belle ins­tal­la­tion à la fois mu­si­cale et si­len­cieuse de Yu­ko Moh­ri, Pa­rade (2017). Le pop art ja­po­nais semble plus per­son­nel et plus sen­ti­men­tal que le pop du monde oc­ci­den­tal. Il est par­fois plus po­li­tique aus­si, comme dans les pos­ters de Ta­da­no­ri Yo­koo sur les­quels il n’est pas rare de croi­ser un pen­du, et les cos­tumes an­ti-nu­cléaires bur­lesques et gla­çants de Ken­ji Ya­nobe. N’est pas tou­jours sé­dui­sant ce que l’on croit, comme le montre la par­tie consa­crée à la « poé­tique de la ré­sis­tance ». Un très beau ki­mo­no de Yu­ken Te­ruya cache par exemple des armes dans les mo­tifs du tis­su dont il est fait. La me­nace plane sur notre monde. C’est aus­si ce que sou­lignent des groupes d’ar­tistes tra­vaillant à plu­sieurs mains comme Chim Pom, dont les membres ont se­crè­te­ment « com­plé­té » une fresque du mé­tro de To­kyo re­pré­sen­tant les ra­vages d’Hi­ro­shi­ma avec le mo­tif de la cen­trale de Fu­ku­shi­ma. Un es­pace de l’exposition est consa­cré à la pho­to­gra­phie ja­po­naise dont l’his­toire est connue d’Ara­ki à Mo­riya­ma, mais moins fa­mi­lière pour la pé­riode ré­cente qui montre des ques­tion­ne­ments liés à l’après-tsu- na­mi. C’est en­fin avec une par­tie in­ti­tu­lée « Ma­té­ria­li­té et mi­ni­ma­lisme » que s’achève le par­cours sur une très belle oeuvre de Ko­hei Na­wa, une pluie ré­gu­lière de pé­trole qui évoque le des­sin d’un code-barres ou alors un phé­no­mène na­tu­rel un peu sty­li­sé. Par ses pro­por­tions, l’ins­tal­la­tion donne à cet es­pace une pas­sion­nante hu­ma­ni­té.

Anaël Pi­geat ——— In tan­dem with the ar­chi­tec­ture show, Ja­pa­no­ra­ma sur­veys Ja­panes art since Expo 70 in Osa­ka. Its not in­con­si­de­rable am­bi­tion is to look beyond the usual zen-ka­waii (me­di­ta­tive vs spi­ri­tual ver­sus cu­te­sy) op­po­si­tion through which it is ge­ne­ral­ly vie­wed. No one seems to have tried this in Ja­pan it­self, but here the task is ta­ken on by Yu­ko Ha­se­ga­wa, di­rec­tor of To­kyo’s contem­po­ra­ry art mu­seum. Un­like the ar­chi­tec­ture, Ja­pa­nese art and fa­shion have de­ve­lo­ped ra­ther anar­chi­cal­ly over the past half­cen­tu­ry. This is re­flec­ted in the po­ro­si­ty bet­ween the six the­ma­tic zones or­ga­ni­cal­ly set out in the two up­per gal­le­ries at the Pom­pi­douMetz, with a few clo­sed spaces and open areas. The sub­ject is cap­ti­va­ting. Ho­we­ver, des­pite ma­ny subt­le­ties (the contrast bet­ween an area on col­la­bo­ra­tion and ano­ther on in­di­vi­duals, bet­ween a zone on the bo­dy-ob­ject and the bo­dy-ab­sent work of the mi­ni­ma­lists), the ex­hi­bi­tion de­si­gn by Ka­zuyo Se­ji­ma of the Sa­naa agen­cy, al­though ve­ry ele­gant, doesn’t ful­ly back up the ex­hi­bi­tion idea. The first, big­gest sec­tion fo­cuses on the bo­dy, all the way to the post­hu­man. Ma­gni­ficent pho­tos by the dan­cersTat­su­mi Hi­ji­ka­ta and Ka­zuo Oh­no show upright bo­dies on the verge of death.The elec­tric dress by At­su­ko Ta­na­ka is cle­ver­ly pa­ral­le­led by Rei Ka­wa­ku­bo (Comme des Gar­çons)’s bump dress. Whe­reTet­su­mi Ku­do shows the bo­dy ra­va­ged by ra­dia­tion,Yo­ko Ono stages new tra­vails in her Cut Pieces. In the 1980s, Ko­dai Na­ka­ha­ra dis­played a dis­lo­ca­ted bo­dy on the floor, a De­leu­zian land­scape-bo­dy wi­thout or­gans. Then comes the pro­duct­bo­dy of the 1990s, as scan­ned by Dumb Type, and fi­nal­ly the conspi­cuous­ly ab­sent bo­dy in Yu­ko Moh­ri’s mu­si­cal/silent ins­tal­la­tion, Pa­rade (2017). Ja­pa­nese Pop Art seems more per­so­nal and more sen­ti­men­tal than the Wes­tern ver­sions. It can al­so be more po­li­ti­cal, as in the pos­ters of Ta­da­no­ri Yo­koo, with a li­be­ral sup­ply of han­ged men, or in the chil­ling if bur­lesque an­ti-nu­clear out­fits by Ken­ji Ya­nobe. There is al­so a bit of de­cep­tive se­duc­tion. In the “poe­tics of re­sis­tance” sec­tion, for example, a hand­some ki­mo­no by Yu­ken Te­ruya turns out to sport a wea­pons pat­tern. Ar­tists’ groups, too, have been close to the bone: the mem­bers of Chim Pom se­cret­ly “com­ple­ted” a fres­co in the To­kyo sub­way about Hi­ro­shi­ma with images of the Fu­ku­shi­ma plant. Ano­ther area is de­vo­ted to pho­to­gra­phy. The ground from Ara­ki to Mo­riya­ma is fair­ly fa­mi­liar, less so the more recent work where postt­su­na­mi is­sues come to the fore. The show ends in the “ma­te­ria­li­ty and mi­ni­ma­lism” sec­tion with a ve­ry fine work by Ko­hei Na­wa consis­ting of a sho­wer of oil evo­king a bar code or a so­mew­hat sty­li­zed na­tu­ral phe­no­me­non. The pro­por­tions of this piece give it a com­pel­ling hu­ma­ni­ty.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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