PA­RIS Ca­mille Hen­rot

Art Press - - ÉVÉNEMENT -

Pa­lais de To­kyo / 18 oc­tobre 2017 - 7 jan­vier 2018 Days Are Dogs com­mence avec le sa­me­di. C’est le pre­mier jour pour les uns, le der­nier pour les autres. Alors tout devient pos­sible. Par cette trame très ou­verte, Ca­mille Hen­rot guide les vi­si­teurs à tra­vers un pa­lais de To­kyo mé­ta­mor­pho­sé en Pa­lais ba­roque. Elle les en­traîne dans une pro­me­nade au fil des jours de la se­maine, construc­tion des hommes à la dif­fé­rence du ca­len­drier lu­naire. On y re­trouve son es­prit à la fois sé­rieux et joueur, tou­jours por­teur du doute et de l’am­bi­guï­té. Elle s’est pour l’oc­ca­sion en­tou­rée de plu­sieurs amis ar­tistes qui disent aus­si une part de son uni­vers (Ma­ria Lo­bo­da, Ave­ry Sin­ger, Da­vid Hor­vitz…). Days Are Dogs, dont le com­mis­sa­riat est as­su­ré par Da­ria de Beau­vais, montre un en­semble de pièces ré­centes, dont la plu­part sont mon­trées à Pa­ris pour la pre­mière fois et dont beau­coup ont été pro­duites pour l’oc­ca­sion. Avec son film Sa­tur­day, qui est le mor­ceau de bra­voure de l’exposition, Ca­mille Hen­rot s’in­ter­roge : qu’estce que croire au­jourd’hui? Comment être dans la com­mu­nau­té et res­ter à l’écart tout à la fois ? En­suite se des­sine l’es­prit de re­pli qui co­lore les di­manches, avec les ins­tal­la­tions Est-il pos­sible d’être ré­vo­lu­tion­naire et d’ai­mer les fleurs ? et The Pale Fox. Puis c’est le lun­di : dans une dou­ceur mé­lan­co­lique, un en­semble de sculp­tures prend toute sa co­hé­rence grâce à une ligne à la fresque cou­rant le long du mur de la grande courbe du Pa­lais de To­kyo. Ces oeuvres font ré­son­ner des formes et des titres pleins du sen­ti­ment d’au­to­dé­ri­sion qu’une jeune femme peut éprou­ver en se re­gar­dant dans un mi­roir au ré­veil : Mal­dor­mi, De­re­lit­ta, The Drin­king Bird… À l’étage en des­sous, l e mar­di montre au contraire un es­prit bel­li­queux, un rap­port au corps moins men­tal, plus in­car­né. Dans une im­mense ins­tal­la­tion qui évoque l’at­mo­sphère d’un gym­nase à la lu­mière de Pa­ris la nuit, et se com­pose de sculp­tures et d’un film in­édit lui aus­si, des lut­teurs de ju­jit­su et des che­vaux de course semblent se confondre dans de mêmes mou­ve­ments. De là, si le re­gard glisse par la baie vi­trée sur la fa­çade ex­té­rieure, on aper­çoit d’ailleurs les corps ro­bustes des per­son­nages sculp­tés sur les re­liefs de 1937. Qu’est-ce que l’ef­fort ? Mer­cre­di s’in­ter­roge sur notre rap­port à l’au­to­ri­té, qu’elle soit celle du père ou des ma­chines, ser­veurs té­lé­pho­niques, mes­sa­ge­ries élec­tro­niques. Ca­mille Hen­rot la met en scène dans sa sé­rie de des­sins Bad Dad et dans son Of­fice of Un­re­plied emails. Le ré­sul­tat peut être drôle ou tra­gique. Qu’est-ce qu’une dé­ci­sion? Et peu im­porte au fond car jeu­di, sous les foudres de Ju­pi­ter, des mondes my­thiques risquent d’être en­glou­tis. En­fin, heu­reu­se­ment c’est ven­dre­di, jour de l’amour, où l’on re­voit Deep In­side, le pre­mier film de Ca­mille Hen­rot, dans le­quel elle avait des­si­né en 2005 sur les images d’un film por­no ama­teur. Et si toute cette exposition est une his­toire de re­gard, un com­men­taire sur la créa­tion du monde et des ob­jets, il y a aus­si cet es­prit d’ado­les­cence qui règne sur le par­cours, ré­tros­pec­ti­ve­ment, dans toute son in­ten­si­té.

Anaël Pi­geat ——— Ca­mille Hen­rot’s ’s show Days Are Dogs be­gins with Sa­tur­day, the first day of the week for some people and the last for others. Eve­ry­thing be­comes pos­sible. Hen­rot uses this ve­ry open fra­me­work to guide vi­si­tors through the Pa­lais de To­kyo, now me­ta­mor­pho­sed in­to a ba­roque pa­lace. She leads them down the path of the days of the week, one that, un­like the lu­nar ca­len­dar, is com­ple­te­ly man-made. Her spi­rit is si­mul­ta­neous­ly se­rious and play­ful, al­ways char­ged with doubt and am­bi­gui­ty. At this show she is sur­roun­ded by ar­tist friends who al­so convey part of her uni­verse (Ma­ria Lo­bo­da, Ave­ry Sin­ger, Da­vid Hor­vitz, etc.). Cu­ra­ted by Da­ria de Beau­vais, Days Are Dogs pre­sents an en­semble of recent pieces, most never be­fore shown in Pa­ris and ma­ny made spe­cial­ly for the oc­ca­sion. In her film Sa­tur­day, this show’s bra­vu­ra piece, Hen­rot asks, What does be­lief mean to­day? How to be part of a com­mu­ni­ty and at the same time keep one’s dis­tance? Then comes the laid-back at­mos­phere of Sun­days with the ins­tal­la­tions Est-il pos­sible d’être ré­vo­lu­tion­naire et d’ai­mer les fleurs? and The Pale Fox. For Mon­day, amid a soft­ly me­lan­cho­lic at­mos­phere a sculp­tu­ral en­semble be­comes par­ti­cu­lar­ly co­herent due to the pieces’ fres­co-like po­si­tio­ning along the Pa­lais de To­kyo’s long cur­ved wall. Their forms and titles are in­fu­sed with the self­mo­cke­ry a young wo­man feels in loo­king at her­self in the mir­ror af­ter craw­ling out of bed: Mal­dor­mi, De­re­lit­ta, The Drin­king Bird… Downs­tairs, Tues­day, in contrast, is ra­ther bel­li­cose, its rap­port with the bo­dy less spi­ri­tual and more fle­shy. In an im­mense ins­tal­la­tion that re­calls a gym, com­pri­sing sculp­tures and an al­so pre­vious­ly uns­cree­ned film, ju­jit­su figh­ters and ra­ce­horses seem to meld to­ge­ther in the same mo­ve­ments. At the same time, if we let our gaze slide along the ex­te­rior glass wall, we catch sight of the buff bo­dies of the buil­ding’s ori­gi­nal (1937) sculp­ted re­lief fi­gures. What is phy­si­cal exer­tion about? Wed­nes­day is about our re­la­tion­ship to au­tho­ri­ty, whe­ther that of the fa­ther or ma­chines, in­ter­ac­tive voice res­ponse apps or di­gi­tal mes­sa­ging sys­tem­sT­his what Hen­rot stages in her se­ries of dra­wings Bad Dad and the ins­tal­la­tion Of­fice of Un­re­plied emails. The re­sult can be droll or tra­gic. What is a de­ci­sion? In the end it doesn’t mat­ter, be­cause on Thurs­day my­thi­cal worlds are on the edge of being swal­lo­wed up un­der the im­pact of Ju­pi­ter’s thun­der­bolts. Fi­nal­ly, thank God it’s Fri­day, the day of love, which re­vi­sits Deep In­side, Hen­rot’s first film (2005), for which she drew on frames from an ama­teur por­no mo­vie. While this whole show is about the gaze, a com­men­ta­ry on the crea­tion of the world and its ob­jects, rei­gning over it is an in­tense teen spi­rit.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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