TOURS Cé­cile Bart

Art Press - - ÉVÉNEMENT -

Centre de créa­tion contem­po­raine Oli­vier De­bré / 9 dé­cembre 2017 - 11 mars 2018 La danse et le cinéma hantent l’oeuvre de Cé­cile Bart de­puis de nom­breuses an­nées. En 1998, elle in­ti­tule l’une de ses ex­po­si­tions Tan­zen (Danse) au pré­texte que ses écrans peints – opaques ou trans­pa­rents se­lon la fa­çon dont la lu­mière les tra­verse – sont dis­po­sés dans l’es­pace un peu comme des corps sus­cep­tibles de se dé­pla­cer. Et, en 2001, dans l’en­tre­tien qu’elle m’avait ac­cor­dé pour art­press (n° 264), elle pro­po­sait de re­gar­der ses dis­po­si­tifs in­té­grant le spec­ta­teur « comme du cinéma in si­tu et en temps réel », dans la me­sure où l’on peut dire que les écrans sai­sissent, « en­re­gistrent », à la ma­nière d’un film, les al­lers et ve­nues du pu­blic avec le­quel ils se par­tagent le lieu. La splen­dide exposition Silent Show était donc d’une cer­taine ma­nière an­non­cée de­puis long­temps. L’ar­tiste n’avait ce­pen­dant en­core ja­mais sau­té le pas consis­tant à se ser­vir de ses grands écrans ten­dus sur châs­sis, à l’ins­tar de vé­ri­tables sur­faces de pro­jec­tion pour d’au­then­tiques sé­quences fil­miques con­sa­crées à la danse. Si elle l’a fait à Tours, c’est parce qu’elle s’est vu of­frir la pos­si­bi­li­té d’in­ves­tir une salle en­tiè­re­ment plon­gée dans le noir, éclai­rée seule­ment par la lu­mière de l’image ci­né­ma­to­gra­phique tra­ver­sant les écrans. Com­pre­nant neuf toiles de ce type dres­sées à la ver­ti­cale dans l’es­pace, l’ins­tal­la­tion per­met ain­si de se pro­me­ner à la fois au mi­lieu des corps réels des spec­ta­teurs et au mi­lieu des corps de cinéma qui s’ins­crivent sur les écrans et pro­jettent leurs ombres mo­biles sur le sol. Le pro­jet de Cé­cile Bart, d’ins­pi­ra­tion mi­ni­ma­liste et ba­sé sur des prin­cipes simples, fa­ciles à ob­ser­ver, donne ici nais­sance à une oeuvre foi­son­nante, pleine de mou­ve­ments et de re­flets au pou­voir en­voû­tant. La grâce de cette mise en scène re­pose sur un cer­tain nombre de dé­ci­sions soi­gneu­se­ment mû­ries : choix des ex­traits fil­miques, choix d’une pro­jec­tion muette et en noir et blanc. Beau­coup d’ex­traits pro­viennent de films des an­nées 1950 et 1960 (Pol­let, Berg­man, Pa­so­li­ni…) et tous sont très courts (30 se­condes en moyenne), de sorte que les pas exé­cu­tés par les dan­seurs, ca­drés en plans ser­rés, se ré­pètent in­dé­fi­ni­ment en boucle, pro­dui­sant une es­pèce d’ité­ra­tion hyp­no­tique qui n’est pas sans rap­pe­ler l’ivresse que pro­cure la danse pra­ti­quée à sa­tié­té. L’ac­cu­mu­la­tion de ces sé­quences sau­tillantes (tant parce qu’il s’agit de danse qu’en rai­son de leur ef­fet sac­ca­dé, très « cinéma des frères Lu­mière »), sé­quences qui éveillent un vague sen­ti­ment de nos­tal­gie, im­prime à l’en­semble un ca­rac­tère proche du do­cu­ment eth­no­gra­phique. Ce sen­ti­ment s’am­pli­fie au spec­tacle d’une danse tri­bale fil­mée en 1914 par Ed­ward She­riff Cur­tis ; il s’at­té­nue de­vant une jeune fille s’exer­çant aux cla­quettes dans Boy Meets Girl de Leos Ca­rax, mais se trans­forme alors en un autre, as­sez sem­blable : le sen­ti­ment d’as­sis­ter à la jeu­nesse d’un art ou, plu­tôt, à son re­com­men­ce­ment. Comment, après ce­la, ne pas se mettre à dan­ser?

Ca­the­rine Franc­blin ——— Dance and ci­ne­ma have haun­ted the work of Cé­cile Bart for ma­ny years. In 1998 she tit­led one of her ex­hi­bi­tions Tan­zen (Dance) on the pre­text that her pain­ted screens, which could be opaque or trans­pa­rent de­pen­ding on the light, were set out in space a bit like bo­dies rea­dy to move around. And, in 2001, in an interview she gave me for art­press (no. 264), she sug­ges­ted that her works in­te­gra­ting the vie­wer be seen as “site-spe­ci­fic, real-time ci­ne­ma,” in­so­far as it can be said that the screens capture, or “re­cord” like a film, the co­ming and going of the vi­si­tors with whom they share the space. The splen­did ex­hi­bi­tion Silent Show has, in a cer­tain way, been a long time co­ming, the­re­fore. But the ar­tist had never be­fore gone so far as to use her big screens on stret­chers to project au­then­tic fil­med se­quences about dance. If she has done this inTours, it is be­cause she was gi­ven the chance to take over a room that was com­ple­te­ly dark, apart from the light of the ci­ne­ma­tic images cros­sing the screens. Com­pri­sing nine can­vases of this kind, rai­sed ver­ti­cal­ly in space, the ins­tal­la­tion al­lows vi­si­tors to move amid­st the real bo­dies of their fel­low vie­wers and amid­st the ci­ne­ma bo­dies that ap­pear on the screens and cast their mo­bile sha­dows on the floor. Bart’s project, which is mi­ni­ma­list in style and ba­sed on prin­ciples that are simple and ea­sy to ob­serve, has gi­ven rise here to a tee­ming work that is full of mo­ve­ments and re­flec­tions.Their po­wer is spell­bin­ding. The grace of this mise-en-scène res­ts on a cer­tain num­ber of ca­re­ful­ly consi­de­red de­ci­sions, no­ta­bly the choice of the film ex­cerpts and the choice of silent pro­jec­tions in black-and-white. Ma­ny of the se­quences come from films of the 1950s and 1960s (Pol­let, Berg­man, Pa­so­li­ni, etc.) and all are ve­ry short (on ave­rage, 30 se­conds), which means that the steps of the dan­cers, fra­med in close up, form end­less­ly re­pea­ted loops and pro­duce a space of hyp­no­tic ite­ra­tion whose ef­fect is not un­like that of re­pea­ted dan­cing. The ac­cu­mu­la­tion of these se­quences which seem to skip (both be­cause their sub­ject is dance and be­cause of their ve­ry jum­py, “ear­ly ci­ne­ma” ef­fect), and which awa­ken a vague fee­ling of nos­tal­gia, gives the en­semble so­me­thing of the feel of an eth­no­gra­phic do­cu­ment. This im­pres­sion is heigh­te­ned by the film of a tri­bal dance made in 1914 by Ed­ward She­riff Cur­tis, but at­te­nua­ted when we see a young girl prac­ti­cing her tap dan­cing in Boy Meets Girl by Leos Ca­rax. It then turns in­to ano­ther, slight­ly si­mi­lar sen­sa­tion: the sense that we are ob­ser­ving the youth of an art form or, ra­ther, its new be­gin­ning. How, af­ter all that, can you not want to start dan­cing your­self?

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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