Pe­ter Stämp­fli

Ga­le­rie Georges-Phi­lippe et Na­tha­lie Val­lois / 14 sep­tembre - 20 oc­tobre 2018

Art Press - - EXPOSITIONS REVIEWS - Trans­la­tion: Em­ma Ling­wood

Il semble ces der­nières an­nées qu’une ré­ha­bi­li­ta­tion du pop art non états-unien soit de mise. Les scènes d’Amé­rique cen­trale et du sud ont fait l’ob­jet de re­cherches im­por­tantes, les eu­ro­péennes éga­le­ment. La Suisse n’est pas ou­bliée grâce à l’ex­po­si­tion consa­crée au tout dé­but de l’oeuvre de Pe­ter Stämp­fli. Dix-sept oeuvres seule­ment sont réunies, da­tant des an­nées 1963-1964, mais toutes sont ma­gis­trales. Elles ne sont pas in­édites pour au­tant, puisque dé­jà ex­po­sées à l’époque, en par­ti­cu­lier chez Jean La­carde à Pa­ris ou chez Bru­no Bi­schof­ber­ger à Zü­rich, mais ou­bliées de­puis. Il est vrai que l’ar­tiste a lui-même mis en avant un thème de pré­di­lec­tion de­ve­nu presque son unique si­gna­ture : le pneu et son em­preinte. Une des oc­cur­rences les plus mo­nu­men­tales, Royal (1971), près de 6 mètres de haut, a été pré­sen­tée, à Bâle, à Art Un­li­mi­ted, il y a peu. « En 1961-1962, j’ai été frap­pé par cer­tains ar­tistes amé­ri­cains ou an­glais qui se po­saient le pro­blème de l’in­tro­duc­tion de l’ob­jet dans la pein­ture, d’une fa­çon toute dif­fé­rente de celle qui exis­tait jus­qu’alors, en se ré­fé­rant no­tam­ment à la pho­to, à la pu­bli­ci­té, aux af­fiches. Ils ont, à mon avis, ou­vert un che­min, que je cher­chais aus­si in­cons­ciem­ment de­puis très long­temps », avoue l’ar­tiste. À par­tir de 1963, il part donc d’une pho­to­gra­phie afin de peindre plus grand que na­ture des dé­tails d’ob­jets ou de gestes a prio­ri ano­dins. La spé­ci­fi­ci­té de son ap­proche ne ré­side pas dans le pro­ces­sus em­ployé, par­fai­te­ment ré­per­to­rié, ni dans un re­gard iro­nique vis-à-vis du su­jet peint, ni même dans une vi­sion cri­tique sur la so­cié­té de consom­ma­tion, mais dans une fa­çon toute par­ti­cu­lière de dé­réa­li­ser un su­jet de son contexte – fa­çon de faire par­ti­cu­liè­re­ment suisse ? – afin de por­ter l’ac­cent non pas sur l’image même d’un ob­jet ou d’une ac­tion, mais sur son pro­ces­sus d’exis­tence ou son conte­nu, presque son « or­ga­ni­ci­té » : un ro­bi­net qui coule ( Al­lo Plom­bier, 1963), la lec­ture d’un jour­nal ( le Quo­ti­dien, 1964), etc. D’un cô­té, la liste des thèmes et des titres peut faire pen­ser à un in­ven­taire à la Georges Pe­rec de l’autre, la fa­çon de trai­ter l’ac­tion à l’ap­proche de Ro­land Barthes dans son cé­lèbre ou­vrage My­tho­lo­gies. Au­tre­ment dit, cette ma­nière dont la so­cié­té de consom­ma­tion pro­duit des croyances au-de­là des ob­jets eux-mêmes. « Chaque ob­jet du monde peut pas­ser d’une exis­tence fer­mée, muette, à un état oral, ou­vert à l’ap­pro­pria­tion de la so­cié­té. » Ici, le poids de la consi­dé­ra­tion de l’autre à tra­vers deux mains qui se serrent sur­si­gni­fie un simple bon­jour ( Bon­jour, 1964), ou le plai­sir per­son­nel de la dé­gus­ta­tion du ca­fé la simple re­pro­duc­tion d’une tasse ( Mo­ka, 1964); le choix des titres nous l’in­dique, moins neutre qu’il n’y pa­raît. En fait, on n’est pas si loin de ce que fe­ra au tout dé­but de sa car­rière un Ri­chard Prince, sauf que ce der­nier ne prend même plus la peine de dé­cou­per une image de ma­ga­zine puis de la peindre à l’huile en lis­sant les formes et les cou­leurs, mais la re­cadre et la re­pro­duit tel que. L’un reste fon­da­men­ta­le­ment peintre – et quel peintre ! – l’autre se re­ven­dique « ap­pro­pria­tion­niste ». Quoi qu’il en soit Pe­ter Stämp­fli inau­gure, à tra­vers ses oeuvres des an­nées 1963-1964, une voie nou­velle dont nous n’avons pas fi­ni de me­su­rer l’im­por­tance.

Charles-Ar­thur Boyer ———

It seems that in recent years a re­ne­wed in­ter­est in non-Ame­ri­can pop art has been the thing. The art scenes of Cen­tral and South Ame­ri­ca, as well as those of Eu­rope, have be­come the sub­ject of ex­ten­sive re­search. Swit­zer­land has not been for­got­ten, thanks to the ex­hi­bi­tion de­vo­ted to Pe­ter Stämp­fli’s ear­ly ca­reer. On­ly se­ven­teen works are on dis­play, da­ting from 1963 and 1964, but all are re­mar­kable. Yet this is not the first time that these works have been ex­hi­bi­ted— they were shown at the time by Jean La­carde in Pa­ris and Bru­no Bi­schof­ber­ger in Zu­rich—but have since been for­got­ten. It is true that the ar­tist him­self put the em­pha­sis on a pre­fer­red theme that has be­come his hall­mark: the tyre and its im­print. One of the most mo­nu­men­tal examples of this, Royal (1971), was pre­sen­ted at Art Un­li­mi­ted in Ba­sel not so long ago. ‘In 1961–1962 I was struck by cer­tain Ame­ri­can or En­glish ar­tists who ex­pe­ri­men­ted with in­tro­du­cing ob­jects in­to pain­ting, in a ve­ry dif­ferent way to the one that had pre­vious­ly exis­ted, par­ti­cu­lar­ly pho­to­gra­phy, ad­ver­ti­sing, pos­ters. They had, in my opi­nion, bla­zed a trail, for which I had been sear­ching un­cons­cious­ly for a ve­ry long time,’ says the ar­tist. From 1963 on­wards he would use a pho­to­graph as the star­ting point to paint lar­ger-than­life de­tails of ob­jects or ges­tures that were see­min­gly in­no­cuous. The spe­ci­fi­ci­ty of his ap­proach does not lie in the pro­cess used, per­fect­ly iden­ti­fied, nor in an iro­nic re­gard vis-à-vis the pain­ted sub­ject, nor even in a cri­ti­cal view of consu­mer so­cie­ty, but in his par­ti­cu­lar way of un­doing a sub­ject from its context—a quin­tes­sen­tial­ly Swiss way of doing things per­haps?—in or­der to fo­cus not on the ve­ry image of an ob­ject or an ac­tion, but on its pro­cess of exis­tence or content, al­most its ‘or­ga­ni­ci­ty’: a run­ning tap ( Al­lo Plom­bier, 1963), rea­ding a news­pa­per ( Le Quo­ti­dien, 1964), etc. On the one hand, the list of themes and titles may evoke an in­ven­to­ry à la Georges Pe­rec; on the other, it re­calls the way of trea­ting an ac­tion with an ap­proach si­mi­lar to Ro­land Barthes’ in his fa­mous book My­tho­lo­gies. In other words, the way consu­mer so­cie­ty creates be­liefs beyond ob­jects them­selves. ‘Eve­ry ob­ject in the world can go from a clo­sed, mute exis­tence, to a ver­bal state, open to ap­pro­pria­tion by so­cie­ty.’ Here the weight of the consi­de­ra­tion of the other through the two sha­king hands means a simple hel­lo ( Bon­jour, 1964), or the mere re­pro­duc­tion of a cup si­gni­fies the per­so­nal plea­sure of drin­king cof­fee ( Mo­ka, 1964); the choice of the titles in­di­cates the mea­ning, al­though it is less neu­tral than it seems. In fact, we are not so far from what Ri­chard Prince would do at the ve­ry be­gin­ning of his ca­reer, ex­cept that he did not even bo­ther to cut out a ma­ga­zine image and paint it with oil, har­mo­ni­zing shapes and co­lours, but ins­tead crop­ped it and re­pro­du­ced it in its ori­gi­nal state. One is es­sen­tial­ly a pain­ter—and what a pain­ter!—the other claims to be an ‘ap­pro­pria­tio­nist’. Wha­te­ver the case may be, Pe­ter Stämp­fli inau­gu­rates, through his work from 1963 and 1964, a new path, whose im­por­tance we have not yet ful­ly ap­pre­cia­ted.

(Ph. Au­ré­lien Mole).

« Le De­mi ». 1964. Huile sur toile. 155 x 150 cm. Oil on can­vas« Pot-au-feu ». 1963. Huile sur toile. 155 x 135 cm. Oil on can­vas Vue de l’ex­po­si­tion.Ex­hi­bi­tion view

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