BLACK PO­WER

Art Press - - ACTUALITÉS NEW YORK - Fré­dé­rique Jo­seph-Lo­we­ry

À New York, ces mois-ci, im­por­tante ac­tua­li­té au­tour de la re­pré­sen­ta­tion des

Noirs dans la pein­ture, ain­si que de la par­ti­ci­pa­tion des ar­tistes noirs à l’his­toire

de l’art. L’une de ces ex­po­si­tions se­ra ac­cueillie au mu­sée d’Or­say au prin­temps pro­chain. Des dé­cou­vertes sont à faire, en es­sayant tou­te­fois de ne pas im­por­ter en France les ex­cès du

po­li­ti­cal­ly cor­rect !

Le mu­sée du Louvre (1) pro­pose à ses vi­si­teurs ama­teurs de rap une vi­site des chef­sd’oeuvre avec, pour guides, Beyon­cé et son ma­ri Jay-Z. Ceux-ci ont po­sé de­vant ta­bleaux et sculp­tures dans leur clip Ape­shit (Merde de singe) pour rap­pe­ler qu’ils sont noirs, riches et aus­si beaux que la Jo­conde, ou qu’il suf­fit à la chan­teuse amé­ri­caine de se vê­tir d’une ample robe blanche et de se tré­mous­ser dans le grand es­ca­lier aux pas d’une pseu­do-transe afri­caine pour être aus­si fas­ci­nante que la Vic­toire de Sa­mo­thrace. En mars pro­chain, le mu­sée d’Or­say ac­cueille­ra l’ex­po­si­tion Po­sing Mo­der­ni­ty: The Black Mo­del from Ma­net and Ma­tisse to To­day (2), cen­trée sur les mo­dèles noires dans la pein­ture mo­derne et que nous avons « ex­ci­sées » car nous avons ex­clu ces femmes de notre his­toire de la pein­ture fran­çaise. Vous avez bien lu : « ex­ci­sées ». C’est le terme qu’em­ploie, dans le ca­ta­logue, De­nise Mur­rell, co­com­mis­saire de l’ex­po­si­tion qui a dé­bu­té le 24 oc­tobre à Har­lem, à la Wal­lach Art Gal­le­ry, nou­veau lieu d’ex­po­si­tion de Columbia Uni­ver­si­ty. Par cette ex­po­si­tion, la pré­si­dente des mu­sées d’Or­say et de l’Oran­ge­rie, Lau­rence des Cars, es­père at­ti­rer « le pu­blic qui pour­rait se sen­tir ex­clu du mu­sée. [...] C’est très im­por­tant de ré­ac­ti­ver la fa­çon dont nous re­gar­dons les oeuvres », dé­clare-t-elle au New York Times (3). Quel est ce nou­veau re­gard ? Re­gar­der les Noirs. Re­con­naître que, dans la pein­ture, il y a des Noirs. Dans un de nos chefs-d’oeuvre : l’Olym­pia de Ma­net, une ser­vante noire est peinte à l’ar­rière-plan de la toile. C’est elle qu’il s’agit de faire pas­ser de­vant. Et c’est avec elle qu’une co­horte de Noires (l’ex­po­si­tion se concentre sur la femme) va faire ir­rup­tion dans une his­toire de l’art ac­cu­sée de ra­cisme.

NOIRS OU MÉTISSES ? De­nise Mur­rell va jus­qu’à dire que si Édouard Ma­net est le grand Ma­net, c’est parce qu’il a peint son mo­dèle noir en la res­pec­tant : il donne le pré­nom de cette femme dans un por­trait qu’il a fait d’elle et il a pris le soin de lui cou­vrir les seins (au­cune fé­mi­niste ne sau­rait voir des seins dé­nu­dés sans s’in­sur­ger ; honte à la pein­ture orien­ta­liste). Nous dé­cou­vrons donc dans cette ex­po­si­tion que tout le monde est noir : la fa­meuse acro­bate d’Ed­gar Degas, une mar­chande de fleurs de Fré­dé­ric Ba­zille, l’amie d’Alexandre Du­mas (lui aus­si

noir) et celle de Charles Bau­de­laire. Vous ne le sa­viez pas ? Tout ce pe­tit monde ha­bi­tait dans le quar­tier noir de Pa­ris, au nord de Pi­galle, à la suite de deux vagues d’af­fran­chis­se­ment des es­claves : en 1794, puis 1848. Même la dame au ca­mé­lia, cette fleur blanche, se­rait noire. Mur­rell se ré­jouit, pho­to­gra­phie à l’ap­pui, que dans la mise en scène de la Tra­via­ta à l’Opé­ra-Bas­tille par Be­noît Jac­quot en 2014, une co­pie de très grandes di­men­sions de l’Olym­pia était pla­cée au-des­sus du lit, fai­sant donc ap­pa­raître la ser­vante. Puis vient le sort d’Hen­ri Ma­tisse. Il eut trois mo­dèles « noirs ». N’y voyons pas un ef­fet de son voyage à Ta­hi­ti, ni une in­fluence de Gau­guin : il a été sous l’in­fluence de la Re­nais­sance noire de Har­lem. Of course ! Le pro­blème est que sur les toiles ou les pho­to­gra­phies d’ar­chives ex­po­sées, ces mo­dèles ne sont pas noirs, et que nous, Fran­çais, les nom­mions, avant l’ère du po­li­ti­que­ment cor­rect, des métisses. Au­tant blancs que noirs. La plu­part sont des Antillais. Voi­ci donc le nou­veau re­gard qu’on pro­pose aux mi­no­ri­tés as­si­gnées à leur seule race : les ame­ner à s’in­té­res­ser aux oeuvres d’art à condi­tion qu’elles y voient leur race. Et c’est en France qu’on va faire ce­la ? De toute fa­çon, elles ne la ver­ront pas leur race, car dans nombre des images ex­po­sées, les « Noires » de Ma­tisse ou de Bau­de­laire, et autres mo­dèles n’ont pas l’air de Noires. Même Billy Ho­li­day, sous l’ob­jec­tif de Carl Van Vech­ten, semble avoir la peau blanche. Il n’y a que dans le ca­ta­logue que la com­mis­saire cor­rige son dis­cours et parle de la « bi­ra­cia­li­té » des mo­dèles. Il en va de même pour les ar­tistes contem­po­rains amé­ri­cains sé­lec­tion­nés, qui citent ou ré­in­ter­prètent l’Olym­pia dans leurs propres oeuvres. Un de leurs pa­rents ou an­cêtre est un Eu­ro­péen blanc qui n’a pas lais­sé en hé­ri­tage qu’une nuance de peau : c’est le cas de El­len Gal­la­gher ou de Maud Sul­ter. Eli­za­beth Co­lom­ba a été for­mée en France, Ai­mé Mpane à Bruxelles. L’ap­pa­reil cri­tique a beau être éru­dit, il est fon­da­men­ta­le­ment idiot, puis­qu’il nous em­pêche de voir ce qui est mon­tré. Et, sur­tout, il nous in­cite à re­gar­der en éla­bo­rant des nuances de races dé­pla­cées. MO­BI­LI­SA­TION NOIRE À NEW YORK Les grands mu­sées de New York semblent s’être don­né le mot pour cé­lé­brer l’art noir ou la beau­té noire, en ex­po­sant des Noirs qui peignent des Noirs qui sont noirs et le re­ven­diquent. Au MoMA, c’est la ré­tros­pec­tive de Charles White, qui, en pleine pé­riode d’ex­pres­sion­nisme abs­trait et de mi­ni­ma­lisme, des­sine et peint l’op­pres­sion du peuple noir dans un style na­tio­nal so­cia­liste. À qui en re­de­man­de­rait, la ga­le­rie Ro­sen­feld en­toure White d’oeuvres de Roy DeCa­ra­va, Da­vid Ham­mons, Ja­cob La­wrence, Nor­man Le­wis et Be­tye Saar, par­mi les plus connus. En­suite, Nor­man Le­wis se­ra mis à l’hon­neur dans une ex­po­si­tion per­son­nelle. L’ACA Gal­le­ry res­sort les oeuvres des an­nées 1970 de Faith Ring­gold, une des pre­mières à pro­tes­ter contre l’ex­clu­sion des ar­tistes noirs de la bien­nale du Whit­ney en 1968 et des col­lec­tions du MoMA, le­quel se rat­trape cin­quante ans plus tard en ex­po­sant la toile de l’ar­tiste in­ti­tu­lée Die (Mou­rir), où Noirs et Blancs s’af­frontent à coups de cou­teau de­vant un es­ca­la­tor. Im­pos­sible de la ra­ter. Des au­tels très craft et mor­ti­fères, ain­si que de grandes sculp­tures de tis­su cé­lèbrent des vic­times du Klux Klux Klan, des vé­té­rans noirs de la guerre du Viet­nam tués par des Amé­ri­cains à leur re­tour, ou un couple de Noirs vic­times d’over­dose. Le Met Breuer pré­sente une ré­tros­pec­tive du peintre afro-amé­ri­cain Jack Whit­ten, dé­cé­dé il y a un an. Ses sombres toiles de mo­saïque de dé­tri­tus rendent hom­mage aux grandes fi­gures noires des droits ci­viques et en­tourent ses sculp­tures d’ins­pi­ra­tion afri­caine, ain­si que des pièces de la col­lec­tion afri­caine du Me­tro­po­li­tan Mu­seum of Art. De grands cou­teaux se dressent sur leur pié­des­tal, bien plus me­na­çants que ceux de la toile de Ring­gold. Le Brook­lyn Mu­seum ac­cueille, sur deux étages, l’ex­po­si­tion Soul of a Na­tion: Art in the Age of Black Po­wer, or­ga­ni­sée avec la Tate Mo­dern de Londres, où les oeuvres des AfroA­mé­ri­cains sont contex­tua­li­sées his­to­ri­que­ment et as­so­ciées à chaque groupe ac­ti­viste concer­né. L’ex­po­si­tion se di­vise en deux par­ties : celle de la pein­ture en­ga­gée, et celle de toiles plus « in­té­grées » à la pra­tique contem­po­raine de l’époque : ex­pres­sion­niste abs­traite, mi­ni­ma­liste. Il y a aus­si beau­coup d’oeuvres de la Wa­shing­ton Co­lor School. On y cé­lèbre les em­preintes de Da­vid Ham­mons, sans un mot sur Yves Klein qui l’avait de­van­cé de plus de dix ans. En re­vanche, sont ab­sentes de cette his­toire les oeuvres des cu­bistes ou des sur­réa­listes qui avaient pro­tes­té contre l’ex­po­si­tion co­lo­niale et contri­bué à mettre en va­leur ce qu’on ap­pe­lait « l’art nègre ». L’ex­po­si­tion est sé­pa­ra­tiste : seuls les ar­tistes noirs ont droit de ci­té. On veut nous faire croire que ce n’est qu’avec l’ac­ti­visme noir et la li­bé­ra­tion des Noirs que l’his­toire de la pein­ture noire mo­derne et contem­po­raine dé­marre. Pe­tite re­marque. À la fin des an­nées 1960, quand Faith Ring­gold a sol­li­ci­té Ro­mare Bear­den, l’un des grands ar­tistes afro-amé­ri­cains et fi­gure de ré­fé­rence, pour par­ti­ci­per au mou­ve­ment Spi­ral, et qu’il lui a ré­pon­du par une fin de non-re­ce­voir, il lui a conseillé dans sa lettre de re­gar­der George Grosz, Max Be­ck­mann et Lu­cas Cra­nach (4)… Le mar­ché de l’art n’est pas en reste. La mai­son de vente Phil­lips pré­pare pour le mois de jan­vier une ex­po­si­tion d’ar­tistes noirs mé­con­nus. Il y a de l’ar­gent à se faire. Un Ker­ry James Mar­shall s’est ven­du 21 mil­lions de dol­lars en mai der­nier. Mais pour ceux qui veulent des faits, rien que les faits, on leur conseille­ra un voyage au Na­tio­nal Mu­seum of Afri­can Ame­ri­can His­to­ry and Culture de Wa­shing­ton, ou­vert en 2016, ou d’al­ler à Mont­go­me­ry en Ala­ba­ma, au Me­mo­rial et au Le­ga­cy Mu­seum, sur­nom­mé le « mu­sée du lyn­chage », ou­vert au prin­temps der­nier.

The Mu­sée du Louvre is of­fe­ring the rap lo­vers among its vi­si­tors a tour of its mas­ter­pieces with Beyon­cé and her hus­band Jay-Z as guides.(1) The two of them po­sed in front of pain­tings and sculp­tures in their mu­sic vi­deo ‘Ape­shit’ to re­call that they are black,

rich and as beau­ti­ful as the Mo­na Li­sa, and that it suf­fices for the Ame­ri­can sin­ger to dress in a vo­lu­mi­nous white dress and shim­my on the grand stair­case in a pseu­doA­fri­can trance to be as fas­ci­na­ting as the

Win­ged Vic­to­ry of Sa­mo­thrace. Next March the Mu­sée d’Or­say will host the ex­hi­bi­tion Po­sing Mo­der­ni­ty: The Black

Mo­del from Ma­net and Ma­tisse to To­day,( 2) fo­cu­sing on black mo­dels in mo­dern pain­ting who have been ‘ex­ci­sed’, since these wo­men have been ex­clu­ded from our his­to­ry of French pain­ting. You read cor­rect­ly: ‘ex­ci­sed.’ This is the term used in the ca­ta­logue by De­nise Mur­rell, co-cu­ra­tor of the ex­hi­bi­tion, which ope­ned on 24 Oc­to­ber in Har­lem, at the Wal­lach Art Gal­le­ry, Columbia Uni­ver­si­ty’s new ex­hi­bi­tion ve­nue.(3) Through this ex­hi­bi­tion Lau­rence des Cars, pre­sident of the Or­say and Oran­ge­rie mu­seums, hopes to at­tract ‘new au­diences that might feel ex­clu­ded from places like Or­say. Reac­ti­va­ting the way we look at works of art is ve­ry im­por­tant,’ she told The New York

Times.( 4) What is this new gaze? To look at black people. To re­co­gnize that in pain­ting there are black people. In one of our mas­ter­pieces, Ma­net’s Olym­pia, a black maid is pain­ted in the back­ground. She is the one that must be brought to the fo­re­ground. And it is with her that a co­hort of black wo­men (the ex­hi­bi­tion’s fo­cus) will cause an ir­rup­tion in the his­to­ry of art ac­cu­sed of ra­cism.

BLACK OR MIXED RACE?

De­nise Mur­rell goes so far as to say that if Édouard Ma­net is the great Ma­net it is be­cause he pain­ted his black mo­del res­pec­ting her: he gives the name of this wo­man in a por­trait he pain­ted of her and he took care to co­ver her breasts (no fe­mi­nist could see na­ked breasts wi­thout ob­jec­ting; shame on Orien­ta­list pain­ting). We dis­co­ver in this ex­hi­bi­tion that eve­ryone is black: Ed­gar Degas’s fa­mous acro­bat, a Ba­zille flo­wer sel­ler, Alexandre Du­mas’s girl­friend (he him-

self al­so black) and Charles Bau­de­laire’s girl­friend. You didn’t know this? The whole of this small world li­ved in the black dis­trict of Pa­ris, north of Pi­galle, fol­lo­wing the two waves of en­fran­chi­se­ment of the slaves, in 1794, then 1848. Even La Dame au Ca­mé­lias, that white flo­wer was ap­pa­rent­ly black. With a pho­to­graph to hand, Mur­rell is de­ligh­ted to be able to show that, in the pro­duc­tion of

La Tra­via­ta by Be­noît Jac­quot at the Opé­raBas­tille in 2014, a ve­ry large re­pro­duc­tion of Ma­net’s Olym­pia was pla­ced above the bed, thus ma­king the maid ap­pear. Then comes the fate of Hen­ri Ma­tisse. He had three black mo­dels. We needn’t see there the ef­fect of his trip to Ta­hi­ti, nor the in­fluence of Gau­guin: he was in­fluen­ced by Har­lem’s Black Re­nais­sance. Of course! The pro­blem is that on the ex­hi­bi­ted can­vases and ar­chi­val pho­to­graphs these mo­dels are not black, and that we French des­cri­bed them as mé­tisse, or mixed race, be­fore the era of po­li­ti­cal cor­rect­ness. As much white as black. Most are West In­dian. Here then, is the new view being of­fe­red to mi­no­ri­ties de­fi­ned by their race alone: to in­ter­est them in works of art by al­lo­wing them to see their race re­pre­sen­ted there. And it is in France that we are going to do that? In any case, they will not see their race, be­cause in ma­ny of the images on dis­play, the ‘blacks’ of Ma­tisse and Bau­de­laire, and other mo­dels, do not look black. Even Billie Ho­li­day, as cap­tu­red by Carl Van Vech­ten’s ca­me­ra, seems to have white skin. On­ly in the ca­ta­logue does the cu­ra­tor cor­rect her speech and speak of the ‘bi­ra­cia­li­ty’ of the mo­dels.The same ap­plies to the se­lec­ted contem­po­ra­ry Ame­ri­can mo­dels and ar­tists who quote or rein­ter­pret Olym­pia in their own works. One of their pa­rents or an­ces­tors was a white Eu­ro­pean who has not left as a le­ga­cy any skin co­lou­ra­tion: this is true in the case of El­len Gal­la­gher and Maud Sul­ter. Eli­za­beth Co­lom­ba was trai­ned in France, Ai­mé Mpane in Brus­sels.The cri­ti­cal ap­proach may be eru­dite, but it is fun­da­men­tal­ly silly, since it pre­vents us from seeing what is shown. And, most im­por­tant­ly, it en­cou­rages us to see by de­vi­sing nuances of dis­pla­ced races.

BLACK MOBILIZATION IN NEW YORK

New York’s ma­jor mu­seums seem to have pas­sed the word around to ce­le­brate black art and black beau­ty by ex­hi­bi­ting blacks who paint blacks who are black and as­sert it. At MoMA there is the re­tros­pec­tive of Charles White who, at the height of abs­tract ex­pres­sio­nism and mi­ni­ma­lism, drew and pain­ted the op­pres­sion of black people in a Na­tio­nal So­cia­list style. For those who want more, the Ro­sen­feld Gal­le­ry sur­rounds White with works by Roy DeCa­ra­va, Da­vid Ham­mons, Ja­cob La­wrence, Nor­man Le­wis and Be­tye Saar, among the best known. Then Nor­man Le­wis will be ho­nou­red with a so­lo show.The ACA Gal­le­ry fea­tures works from the 1970s by Faith Ring­gold, one of the first to pro­test the ex­clu­sion of black ar­tists at the Whit­ney Bien­nale in 1968 and the MoMA col­lec­tions, which makes up for it fif­ty years la­ter by ex­hi­bi­ting the ar­tist’s pain­ting en­tit­led Die, where Blacks and Whites fight each other with knives in front of an es­ca­la­tor. Un­mis­sable. High­ly craf­ted and mor­bid al­tars, as well as large fa­bric sculp­tures com­me­mo­rate the vic­tims of the Klux Klux Klan, black ve­te­rans of the Viet­nam War killed by Ame­ri­cans on their re­turn, and a couple of black over­dose vic­tims The Met Breuer pre­sents a re­tros­pec­tive of the Afri­can-Ame­ri­can pain­ter Jack Whit­ten, who died a year ago. His dark rubble mo­saic can­vases ho­nour the great black fi­gures of ci­vil rights and sur­round his Afri­can-ins­pi­red sculp­tures, as well as pieces from the Afri­can col­lec­tion of the Me­tro­po­li­tan Mu­seum of Art. Large knives stand on their pe­des­tals, much more me­na­cing than those of Ring­gold’s can­vas.

The Brook­lyn Mu­seum is hos­ting on two floors the ex­hi­bi­tion Soul of a Na­tion: Art in

the Age of Black Po­wer, or­ga­ni­zed with Lon­don’sTate Mo­dern. In this ex­hi­bi­tion the works of Afri­can Ame­ri­cans are contex­tua­li­zed his­to­ri­cal­ly and as­so­cia­ted with each ac­ti­vist group concer­ned. The ex­hi­bi­tion is di­vi­ded in­to two parts: that of mi­li­tant pain­ting, and that of pain­tings more ‘in­te­gra­ted’ in­to the contem­po­ra­ry prac­tice of the time: abs­tract ex­pres­sio­nist, mi­ni­ma­list.There are al­so ma­ny works from the Wa­shing­ton Co­lor School. It ce­le­brates Da­vid Ham­mons’s prints, wi­thout a word on Yves Klein, who had pre­ce­ded him by more than ten years. On the other hand, the works of cu­bists and sur­rea­lists who had pro­tes­ted against the co­lo­nial ex­hi­bi­tion and contri­bu­ted to spot­ligh­ting what was cal­led ‘ne­gro art’ are mis­sing from this sto­ry.The ex­hi­bi­tion is se­pa­ra­tist: on­ly black ar­tists are al­lo­wed. The thrust is to make us be­lieve that it is on­ly with black ac­ti­vism and the li­be­ra­tion of blacks that the his­to­ry of mo­dern and contem­po­ra­ry black pain­ting be­gins. Small note. In the late 1960s, when Faith Ring­gold as­ked Ro­mare Bear­den, one of the great Afri­can-Ame­ri­can ar­tists and a fi­gu­re­head, to par­ti­ci­pate in the Spi­ral mo­ve­ment, he re­spon­ded with a flat re­jec­tion. He ad­vi­sed him in his let­ter to look at George Grosz, Max Be­ck­mann and Lu­cas Cra­nach, etc.(5) The art mar­ket is not being left be­hind. Phil­lips auc­tion house is pre­pa­ring for the month of Ja­nua­ry an ex­hi­bi­tion of lit­tle-known black ar­tists. There is mo­ney to be made. A Ker­ry James Mar­shall sold for $21 mil­lion last May. But for those who want facts, just the facts, we will re­com­mend a trip to the Wa­shing­ton Na­tio­nal Mu­seum of Afri­can Ame­ri­can His­to­ry and Culture, ope­ned in 2016, or to go to Mont­go­me­ry, Ala­ba­ma, to the Me­mo­rial and Le­ga­cy Mu­seum, ni­ck­na­med the ‘lyn­ching mu­seum’, ope­ned last spring.

Trans­la­tion: Ch­loé Ba­ker

(1) Jay-Z and Beyon­cé at the Louvre: https://www.louvre.fr/en/routes/jay-z-and-beyonce-louvre. (2) Or­ga­ni­zed joint­ly by the Wal­lach Art Gal­le­ry and the Mu­sée d’Or­say, from 26 March to 14 Ju­ly 2019. Cu­ra­tors: Cé­cile De­bray, Sté­phane Gué­gan, De­nise Mur­rell, Edouard Pa­pet. (3) https://wal­lach.columbia.edu/ex­hi­bi­tions/po­sing­mo­der­ni­ty-black-mo­del-ma­net-and-ma­tisse-to­day. (4) www.nytimes.com/2018/10/25/arts/new-at­ten­tion­for-fi­gures-in-the-back­ground.html (5) Faith Ring­gold, We Flew Over the Bridge, 1995.

Ex­po­si­tion à la / ex­hi­bi­tion at Wal­lach Gal­le­ry, Columbia Uni­ver­si­ty. De haut en bas/ from top:

Tho­mas Ea­kins. « Fe­male Mo­del ». ca. 1867- 69. Huile sur toile. 58 x 50 cm.( Court. Fine Arts Mu­seums of San Fran­cis­co). Oil on can­vas

Edouard Ma­net. « La ne­gresse (Por­trait of Laure) ». 1863. Huile sur toile. 61 × 50 cm. (Coll. et © Pi­na­co­te­ca

G. et M. Agnel­li, Tu­rin ; Ph. A. Guer­man). Oil on can­vas

Page de gauche de haut en bas / page left from top: Ex­po­si­tion au / ex­hi­bi­tion at Brook­lyn Mu­seum:Faith Ring­gold. « Uni­ted States of At­ti­ca ». 1971-2. Li­tho­gra­phie off­set sur pa­pier. 77,5 x 92 x 1,5 cm. (Court. ACA Gal­le­ries, New York). Off­set li­tho­graph on pa­perRoy DeCa­ra­va. « Shade cord and win­dow » 1961. Ti­rage ar­gen­tique. 51 x 41 cm. (Court. Sher­ry DeCa­ra­va and the DeCa­ra­va Ar­chives). Sil­ver ge­la­tin printDa­vid Ham­mons. « Black First, Ame­ri­ca Se­cond » 1970. Épreuve sé­ri­ga­phique sur pa­pier. 105 x 79 x 1,5 cm. (Til­ton Fa­mi­ly Col­lec­tion). Bo­dy print andscreen­print on pa­per

Cette page de haut en bas / this page, from top: Ex­po­si­tion au / ex­hi­bi­tion at Brook­lyn Mu­seum:Ro­mare Bear­den. « Pitts­burgh Me­mo­ry ». 1964. Pa­piers im­pri­més et fu­sain sur car­ton. 33 x 40 x 4 cm. (Coll. hal­ley k har­ris­burg & M. Ro­sen­feld, New York).Prin­ted pa­per and gra­phite on boardJack Whit­ten. « Ho­mage to Mal­colm ». 1970. Acry­lique sur toile. 255 x 303 cm. (Court. de l’ar­tiste et Hau­ser & Wirth). Ex­po­si­tion éga­le­ment au/ al­so at Met Breuer. Acry­lic on can­vas

Re­cent­ly in New York there has been afo­cus on the re­pre­sen­ta­tion of black people in pain­ting, as well as the role of black ar­tists in art his­to­ry. One of these ex­hi­bi­tions will be hos­ted at theMu­sée d'Or­say next spring. There is much to dis­co­ver, al­though inFrance an ef­fort will sur­ely be made not to get car­ried away with ex­ces­sivepo­li­ti­cal cor­rect­ness!

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