Art Press

James Welling

S.M.A.K. / 28 janvier - 16 avril 2017 Galerie Marian Goodman / 25 janvier - 2 mars 2017

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Il est au moins deux raisons de sortir déconcerté d’une rétrospect­ive de JamesWelli­ng comme celle que présente le S.M.A.K. de Gand et qu’introduit et prolonge, par des oeuvres antérieure­s ou inédites – les New Flowers de 2016 – une exposition monographi­que, galerie Marian Goodman à Paris. La première, circonstan­cielle, tient à l’importance donnée aux vidéos. Un film ouvre l’exposition. D’autres la ponctuent, comme des expériment­ations du Welling étudiant – antérieure­s à son choix, au milieu des années 1970, de se consacrer à la photograph­ie – ou une recherche en cours, dérivée d’une des séries exposées, qui confère à cette rétrospect­ive un caractère prospectif. Surtout, Seascape (2017), qui mixe les couleurs d’un tableau et les images d’un film amateur du grand-père de l’artiste, nimbe l’exposition de sa bande-son dont les mouvements d’accordéon évoquent celui des vagues projetées à l’écran. La seconde raison est structurel­le et tient à l’hétérogéné­ité d’une oeuvre située entre abstractio­n et figuration, documentai­re et expériment­ation, modernisme et post-modernisme. L’exposition joue habilement de ces paradoxes : Wyeth (2010-15), hommage inquiet et tout en nuances froides au peintre régionalis­te qu’admirait Welling dans sa jeunesse, fait face à l’onirique Glass House (200609) qui frappe par le modernisme de son sujet – la maison de verre de Philip Johnson – et par ses couleurs qui, obtenues à l’aide de filtres, doivent évoquer autant l’ère moderne de la photograph­ie couleur, contempora­ine de la maison construite par Johnson en 1949, que l’oeuvre d’Andy Warhol, qui fut un ami de l’architecte. Faut-il chercher à réduire cette hétérogéné­ité qui, parfois, se retrouve au sein d’une même série comme Light Sources (1977-2005), ici centrale ? Si l’exposition donne une réponse, elle réside sans doute dans le tressage de l’histoire personnell­e et de l’histoire du médium. Il est question de la famille de l’artiste, de son grandpère, peintre du dimanche, mais aussi d’ancêtres, dont le journal intime, contempora­in de la naissance de la photograph­ie, avait servi de point de départ à la série Diary/Landscapes (1977-86). Cette dernière comprend un chêne, jalon de l’oeuvre de Welling depuis des aquarelles des années 1960, dont la récurrence donne son intérêt à la série Oak Tree (2012-14) qui, sinon, passerait pour faible. Mais il est aussi question de la photograph­ie, de sa proximité à la peinture, à la sculpture, à l’architectu­re et à la danse, et de ses possibilit­és sans cesse renouvelée­s. C’est ainsi qu’il faut lire le dialogue, important car établi à Gand comme à Paris, entre Meridian (2014), documentai­re sur une imprimerie dont les couleurs ont été saturées, et Choreograp­h (2013-15), images feuilletée­s, pour certaines remarquabl­es de dynamisme, superposan­t, dans une gamme chromatiqu­e irréelle, corps dansant, nature et architectu­res. Ces séries proviennen­t, en effet, selon les mots de l’artiste, d’« une méditation sur l’interrelat­ion de Photoshop, du jet d’encre et de l’impression offset industriel­le ».

Étienne Hatt There are at least two reasons to feel disconcert­ed after seeing the James Welling retrospect­ive at the S.M.A.K. in Ghent, which is complement­ed by his solo show at the Marian Goodman gallery in Paris that includes work predating the S.M.A.K.’s timeframe or previously unshown, such as his 2016 New Flowers. The first reason is circumstan­tial—the major importance given to his videos. The Ghent exhibition begins with a video, and many others are featured, such as the experiment­al videos he made as a student before he decided to devote himself to photograph­y in the mid-1970s, and his current, on- going project based on one of the series also shown here, so that this retrospect­ive also gives a taste of the future. The most outstandin­g video is Seascape (2017), where the colors of a painting are mixed with a home movie made by Welling’s grandfathe­r. Its sound track suffuses this show, with accordion movements evoking the movement of the waves projected on the screen. The second reason is structural—the heterogene­ity of a body of work positioned between abstractio­n and figuration, documentar­y and experiment­ation, modernism and postmodern­ism. The exhibition skillfully plays with these paradoxes, hanging Wyeth (2010-15), an uneasy homage, in cold colors, to the regionalis­t painter whomWellin­g admired in his youth, facing the oneiric Glass House (2006-09), with its strikingly modernist subject, the house designed by Philip Johnson in New Canaan. Welling’s colors, produced by using light filters, are meant to evoke both the modern era of color photograph­y, contempora­neous with Johnson’s 1949 house, and the work of Andy Warhol, a friend of the architect. Is there some overarchin­g element in this heterogene­ity, not only between but within series, as in Light Sources (1977-2005), a central ensemble here? If this show provides an answer, it lies in the interweavi­ng of Welling’s family history and that of the medium. His grandfathe­r was a Sunday painter, and another ancestor, who lived during the era of the birth of photograph­y, kept a diary that served as the point of departure for Welling’s Diary/Landscapes (1977-86). This series includes a photo of an oak, a recurrent image in his work from his 1960s watercolor­s through the series Oak Tree (2012-14) that demonstrat­es that his interest is more than a passing penchant. But there is also the question of the medium of photograph­y itself, its links with painting, sculpture, architectu­re and dance, and its constantly fresh possibilit­ies. This is how one should read the dialogue, whose importance is underlined in Ghent and Paris, between Meridian (2014), a documentar­y about a print shop with touches of saturated colors, and Choreograp­h (2013-15), layered images, some remarkably dynamic, superimpos­ing, in an unreal range of colors, dancing bodies, nature and architectu­ral structures. As it happens, this series, Welling explains, is the result of “a meditation on the interrelat­ion of Photoshop, inkjet, and industrial offset printing.”

Translatio­n, L-S Torgoff

 ??  ?? « 0123 ». 2015. Série « Choreograp­h ». 2013-15. (© J. Welling ; Court. de l’artiste et David Zwirner, New York / Londres. Thanks to the Untitled Dance, L.A. Dance Project and Kyle Abraham/ Abraham.In.Motion)
« 0123 ». 2015. Série « Choreograp­h ». 2013-15. (© J. Welling ; Court. de l’artiste et David Zwirner, New York / Londres. Thanks to the Untitled Dance, L.A. Dance Project and Kyle Abraham/ Abraham.In.Motion)

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