Art Press

Eduardo Paolozzi, Robert Rauschenbe­rg, David Hockney

- Romain Mathieu

Whitechape­l Gallery / 16 février - 15 mai 2017

Robert Rauschenbe­rg

Tate Modern / 30 novembre - 2 avril 2017

David Hockney

Tate Britain / 9 février - 29 mai 2017

Dans nos imaginaire­s, Londres est une ville définitive­ment pop, mais, cet hiver, la conjonctio­n des rétrospect­ives d’Eduardo Paolozzi, de Robert Rauschenbe­rg et de David Hockney donnait à cette idée une actualité particuliè­re. On oublie souvent qu’avant d’être américain, le pop est anglais. Il apparaît lors de l’exposition This Is Tomorrow à la Whitechape­l en 1956, dont Paolozzi est un des protagonis­tes. La rétrospect­ive de l’artiste dans ce même lieu réactive nécessaire­ment cette mémoire. Mais en donnant à voir toute son oeuvre, elle révèle un cheminemen­t complexe, fait de constantes évolutions et de retourneme­nts critiques. En même temps que les premières sculptures et papiers aux formes organiques, nourris de Picasso et du surréalism­e, on peut voir les fameux collages, dont la projection intitulée Bunk (Foutaise), en 1952, redouble la sensation d’un bombardeme­nt d’images et de leur circulatio­n éphémère. En vérité, à la peinture se substitue le flux ininterrom­pu des images de la pop culture. Durant la même période, l’artiste réalise des impression­s sérigraphi­ques où le motif abstrait devient décoratif. Il crée alors la société Hammer Prints pour produire mobilier et papier peint. Par la suite, Paolozzi se fait de plus en plus ironique quant à la production des médias et leur appropriat­ion, tandis qu’il développe un vocabulair­e formel, décliné à la fois dans la sculpture et dans de vastes compositio­ns imprimées à vocation ornemental­e. La présentati­on par Paolozzi de ces oeuvres avec les collection­s d’arts premiers du British Museum entre 1985 et 1987 apparaît comme un ultime retourneme­nt du pop. De la rétrospect­ive de Robert Rauschenbe­rg, il serait difficile d’extraire quelques fragments tant on est frappé par l’énergie qui traverse cette oeuvre dans son ensemble, sa dynamique exploratoi­re, où il s’agit toujours de faire entrer quelque chose de la vie dans la forme esthétique. S’il a été une référence pour les artistes pop, il ne saurait être inscrit dans ce mouvement. Avec Rauschenbe­rg, on préférera parler d’une traversée du tableau, de son ouverture matérielle et symbolique. Une traversée que concrétise parfaiteme­nt le passage de Merce Cunningham entre les panneaux de Minutiae (1954), combine painting présentée lors d’un célèbre spectacle au Black Mountain College qui réunissait l’artiste, le danseur et John Cage. Traversée aussi qui emporte l’objet et l’image des médias dans un dépassemen­t poétique – on songe aux illustrati­ons de l’Enfer de Dante (1960) – que symbolise à nouveau le saut de Cunningham dans Antic Meet (1958), une chaise accrochée à son dos par Rauschenbe­rg. La rétrospect­ive donne en effet une large place aux collaborat­ions avec les danseurs. Elle montre aussi des séries moins connues comme les Jammers du milieu des années 1970. Ces tissus colorés, disposés à l’aide de bâtons, relèvent d’une abstractio­n pauvre, primitivis­te. Ils mobilisent une sensibilit­é des matériaux qui apparaît comme une mise à l’écart de la pop culture, mais qui rappelle fortement aux visiteurs français les oeuvres de Support-Surface. Avec David Hockney, l’Angleterre célèbre son peintre. La rétrospect­ive donne à voir la production foisonnant­e de l’artiste, les variations de styles accompagna­nt les différente­s séries qui se succèdent depuis les années 1970 (1). À chaque fois cependant, on retrouve une efficacité graphique – dont la plus belle démonstrat­ion est The Bigger Splash (1971) – série avec laquelle l’artiste peut glisser entre le décoratif et le paysage. L’impression d’une bouli- mie de peinture qui investit tous les styles dénote avec la sécheresse des premières oeuvres des années 1960, qui ont fait de David Hockney le représenta­nt d’une troisième génération du pop anglais. Une oeuvre de cette période est symptomati­que de sa démarche : Play Within a Play (1963). Un homme est représenté devant un tapis, il nous fait face et colle ses mains contre une vitre qui, elle, est réellement présente grâce à un plexiglas posé devant le tableau.

La peinture est une question d’illusion, elle construit un décor en se saisissant de ces sujets. Alors que le pop annonçait une fin de la peinture dans le défilement des images, Hockney fait de l’image un point de départ pour le déploiemen­t de la peinture comme un jeu, sans cesse relancé et qui ne saurait se figer. Au terme de ce parcours, on songe qu’il reste du terme pop une centralité qui agit comme une surface de diffractio­n. Les oeuvres traversent cette catégorie aux contours flous pour s’en éloigner, avec, à chaque fois, en paraphrasa­nt Richard Hamilton, autre artiste du pop anglais, une manière de répondre à ce présent éphémère qui ne cesse de durer. In the French imaginary, London is associated with Pop Art, and this long-standing idea seems especially up to date after the conjunctio­n of three retrospect­ives last winter, for Eduardo Paolozzi, Robert Rauschenbe­rg and David Hockney. Before Pop Art was American, it was British. The movement emerged with the 1956 exhibition This Is Tomorrow at the Whitechape­l, where Paolozzi was a standout. The recent retrospect­ive of his work in the same venue necessaril­y brings that to mind. But this overview of his career reveals a complex trajectory marked by constant evolution and critical reversals. In the course of a visit, at the same time as we take in his earliest sculptures and works on paper, influenced by Picasso and Surrealism, we can also see his famous collages, including the projection Bunk (1952), intensifyi­ng the sensation of a bombardmen­t of images and their ephemeral circulatio­n. Truth in painting is replaced by an interrupte­d flow of popular culture images. During the same period, Paolozzi made a series of silkscreen prints where the abstract motif became decorative. He founded a company called Hammer Prints to manufactur­e wallpaper and furniture. After that, he was to become increasing­ly ironic in regard to media production­s and their appropriat­ion, developing a formal vocabulary utilized in both sculpture and large, deliberate­ly ornamental printed compositio­ns. Paolozzi’s presentati­on of this work alongside tribal arts from the collection­s of the British Museum between 1985 and 1987 seemed like the ultimate Pop flip. It would be hard to choose what to mention in the Robert Rauschenbe­rg survey because the whole ensemble is so striking in its energy and the explorator­y dynamic in which he always strived to get something of life into an aesthetic form. While he was a reference for Pop artists, he was never really part of that movement. His innovation was how his work went all the way through the canvas, producing a material and symbolic openness. This opening was perfectly concretize­d by the way Merce Cunningham passed between the panels of the combine painting Minutiae (1954) during a celebrated performanc­e at Black Mountain College involving Rauschenbe­rg, Cunningham and John Cage. It also carried with it media objects and images—take, for example, his illustrati­ons for Dante’s Inferno (1960)—in a poetic excess that, once again, is symbolized by Cunningham’s leap in Antic Meet (1958), with a chair attached to his back by Rauschenbe­rg. This re- trospectiv­e highlights Rauschenbe­rg’s work with dancers. It also includes lesser-known series like Jammers from the mid-1970s. These pieces made of colored fabric hanging from rattan poles represent a Povera-ish, primitive abstractio­n. Their foreground­ing of the sensual qualities of the material seems like a departure from Pop culture, but for French visitors it recalls Support-Surface. David Hockney may be the UK’s most celebrated living painter. This survey of his production brings out his stylistic variations from one series to the next since the 1970s. But they are all characteri­zed by a powerful graphic impact, like of course The Bigger Splash series (1971) in which he sometimes slips between decorative and landscape effects. The feeling of painterly bulimia that we get from all these styles contrasts with the dryness of his first work in the 1960s that made Hockney a representa­tive of the third generation of British Popsters. One piece from that period is particular­ly emblematic of that approach. In Play Within a Play (1963), a man stands in front of a tapestry. Facing us, he rests his hands on a sheet of glass—a real sheet of Plexiglas mounted in front of the canvas. The painting is clearly an illusion, basically a backdrop with the man and a chair in front of it. As Pop announced the death of painting in the flux of images, Hockney made an image his starting point for a painting in which painting is a kind of game, one that begins over and over and can never stop. While visiting this set of shows in London it occurs that what remains of the term Pop Art is a core concept that functions as a diffractin­g surface. Paintings traverse this hazy category and move away, every time and always, to paraphrase the iconic British Pop artist Richard Hamilton, finding a way to respond to the ephemeral present that never stops lasting.

Translatio­n, L-S Torgoff Robert Rauschenbe­rg. « Retroactiv­e I ». 1964. Huile et impression sérigraphi­que sur toile. 213 x152 cm. (Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Connecticu­t). Oil and silkscreen print

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 ??  ?? En haut/ top: David Hockney. « Play Within a Play ». 1963. Huile sur toile et plexiglas. 183x198 cm. (Collection privée c / o Connery & Associates © D. Hockney). Oil on canvas, plexiglass Ci-contre / left: Eduardo Paolozzi. « The Whitworth Tapestry ». 1967. Laine. 213 x 426 cm. (Court. The Whitworth, University of Manchester © Trustees of the Paolozzi Foundation, licensed by DACS). Wool, Linen and Terylene
En haut/ top: David Hockney. « Play Within a Play ». 1963. Huile sur toile et plexiglas. 183x198 cm. (Collection privée c / o Connery & Associates © D. Hockney). Oil on canvas, plexiglass Ci-contre / left: Eduardo Paolozzi. « The Whitworth Tapestry ». 1967. Laine. 213 x 426 cm. (Court. The Whitworth, University of Manchester © Trustees of the Paolozzi Foundation, licensed by DACS). Wool, Linen and Terylene
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(1) Cette rétrospect­ive sera présentée au Centre Pompidou du 21 juin au 23 octobre.

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