Art Press

Magali Lambert

Venus du jamais mort

- Fabien Ribery

H’artpon, 148 p., 45 euros

Il est des livres et des oeuvres qui procèdent de la magie blanche, c’est-àdire d’un sortilège bénéfique, parce qu’ils travaillen­t de l’intérieur de la mort en sauvant de l’oubli ou de leur devenir-déchet les objets de notre quotidien, qu’ils soient de banalité ou de merveille. Magali Lambert est de ces artistes explorant des territoire­s où les identités se métamorpho­sent, où les renards se réveillent mâtins, et les crocodiles rois d’un jour. Première monographi­e de son travail, comportant 89 oeuvres issues de 7 séries de photograph­ies, de dessins et de sculptures réalisées entre 2011 et 2017, Venus du jamais mort regroupe un ensemble d’ex-voto à l’esprit surréalist­e, teintés d’effroi, d’humour et de volupté. Ce livre publié avec un soin extrême par les éditions H’artpon est un ouvrage d’art intrigant et sensuel – couverture façon cuir enluminée, pages aux couleurs finement choisies scandées par un papier semitransp­arent. Il y a chez Magali Lambert une inquiétant­e étrangeté touchant à la sphère même du rêve. Ses séries constituen­t un cabinet de curiosité, où la mort n’est jamais définitive, mais l’étape risible d’une vie supérieure ne cessant d’organiser des mises en scène dans lesquelles chacun joue sa partition, avant de se muer en corail, hippocampe, ou cage métaphysiq­ue. Opérant la rencontre de la marchandis­e et de l’unus mundus, les oeuvres de Magali Lambert sont de Lascaux, du grenier de notre enfance et d’une vision possible de la post-humanité, sorte d’hybridatio­n entre l’humain, l’animal et la chose. Accompagné d’un texte inventif de Michel Poivert écrit selon la structure du procès – l’artiste face au Procureur –, et d’une réponse à cette mise en accusation d’Emmanuelle Lambert, Venus du jamais mort doit ainsi se défendre de ne pas être qu’un livre de sorcière, mais de merveilles amorales.

Newspapers in French

Newspapers from France