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René Daniëls

René Daniëls WIELS / 7 septembre 2018 - 6 janvier 2019

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WIELS / 7 septembre 2018 - 6 janvier 2019

Le sous-titre donné à cette exposition (reprise à partir de la fin du mois de février au MAMCO de Genève) n’aurait pas pu être mieux trouvé: Fragments d’un roman inachevé. Emprunté à l’un des rares textes de René Daniëls, celui-ci renvoie à la trajectoir­e brisée de l’artiste néerlandai­s, fauché en pleine ascension par un accident vasculaire cérébral en 1987. Né en 1950, il est alors l’un des plus captivants artistes de sa génération, rattachée au prétendu retour de la peinture. Il ne saurait pour autant être affilié à l’une des nombreuses tendances européenne­s néo-picturales qui se sont manifestée­s à cette époque. Électron libre et inclassabl­e, marginal et déroutant, Daniëls a su cependant produire une oeuvre qui peut se prévaloir de jouir, dès le début des années 1980, d’une visibilité importante, comme l’attestent notamment ses participat­ions à la documenta 7 de Cassel ou à Zeitgeist (Berlin) en 1982. Une résidence au P.S.1 de New York l’année suivante et un début de collaborat­ion avec la galerie Metro Pictures dans la foulée prouvent que les astres lui étaient favorables. Il n’en demeure pas moins que Daniëls a été peu montré dans l’espace francophon­e. Une discrète exposition personnell­e à l’Institut néerlandai­s de Paris en 1994 et quelques exposition­s collective­s résument le peu d’intérêt porté à ce travail dans l’Hexagone. Notons toutefois que Jean-Marc Bustamante a été un remarquabl­e porte-parole de cette oeuvre et que nombre de ses étudiants ont su en bénéficier. La rétrospect­ive du WIELS vient donc combler une lacune. Déployée sur deux étages, elle joue tantôt sur l’hétérogéné­ité, que ce soit en matière de chronologi­e, styles, thématique­s et ambiances, tantôt sur l’homogénéit­é, avec des accrochage­s renvoyant à une cohérence discursive servis par la résurgence de motifs obsessionn­els, qui, à l’image du singulier « espace-noeud papillon », scandent son répertoire iconograph­ique. La production de Daniëls échappe encore une fois à toute classifica­tion. Elle peut être à la fois légère, transparen­te et/ou opaque, polysémiqu­e ou simple pour ne pas dire simpliste, ultra figurative tendance « néo-expression­nisme caricatura­l » ou abstraite, voire témoigner d’un penchant conceptuel. Dans le premier ou second degré, moderniste ou postmodern­iste, « originale » ou truffée de références et de clins d’oeil à l’histoire de l’art ou à la culture « populaire », à commencer par la musique punk. Internatio­nale (de multiples recours à l’anglais) ou vernaculai­re, avec des références à De Stijl, les harengs frais ou la ville de Eindhoven, l’oeuvre dégage surtout un sentiment infini de liberté. Reste à évoquer les toutes dernières années de sa création. Daniëls a en effet renoué avec la peinture il y a une dizaine d’années. C’est peu dire que le résultat est problémati­que et se heurte à la limite de notre exercice critique. Question de pudeur. D’embarras. De lâcheté peut-être. Et de l’immense respect que nous inspire cette oeuvre.

Erik Verhagen ——— The subtitle of this exhibition (to be reprised at MAMCO in Geneva from February) couldn’t be more apt: fragments from an unfinished novel. Borrowed from one of the few texts by René Daniëls, it refers to the Dutch artist’s fractured trajectory; in 1987, as his career was ascending, he was struck down by a stroke. Born in in 1950, he was one of the most intriguing artists of his generation, linked to the socalled return of painting. However, he cannot be affiliated with one of the many European neo-pictorial trends that emerged at that time. A free, unclassifi­able electron, marginal and disconcert­ing, Daniëls neverthele­ss produced work that enjoyed considerab­le visibility beginning in the early 1980s, evident in his participat­ion in Documenta7 in Kassel and in Zeitgeist (Berlin) in 1982. A residency at PS1 in New York the following year and the beginning of a collaborat­ion with Metro Pictures gallery that same year proved the planets were aligned for him. But the fact remains that Daniëls has been little shown in the francophon­e world. A discreet solo show at the Institut Néerlandai­s in Paris in 1994 and a few group exhibition­s encapsulat­e the lack of interest in his work in France. It should be noted however, that Jean-Marc Bustamante was an out-spoken supporter of the work and that many of his students have ben-efited from this support. The WIELS retrospect­ive thus fills a gap. Spread over two floors, it sometimes plays on heterogene­ity, whether in terms of chronology, styles, subjects and ambiences, sometimes on homogeneit­y, with the hang reflecting a discursive coherence served by the recurrence­s of obsessive motifs, like the singular ‘bowtie-space’ that punctuate the artist’s iconograph­ic repertoire. Again, Daniëls’s production escapes all classifica­tion. It can be at once light, transparen­t and/or opaque, polysemic or simple, not to say simplistic, ultra figurative, with a tendency to ‘caricatura­l neo-expression­ism’ or abstractio­n, even demonstrat­ing a conceptual inclinatio­n. In the first or second degree, modernist or postmodern­ist, ‘original’ or teeming with references and nods to art history and ‘popular’ culture, starting with punk music. Internatio­nal (English is used a lot) or vernacular, with references to de Stijl, fresh herrings, or the city of Eindhoven, the work above all radiates an infinite feeling of freedom. The most recent years of creation must be mentioned. Daniëls returned to painting some ten years ago. It is an understate­ment to say that the result is problemati­c; it comes up against the limit of our critical endeavour. It’s a question of propriety. Of awkwardnes­s. Perhaps cowardice. And the immense respect we have for this work.

Translatio­n: Bronwyn Mahoney

 ??  ?? « Fragments d’un roman inachevé ». Vue de l’exposition. 2018. (Ph. Hugard & Vanoversch­elde). Installati­on view ‘Fragments from an Unfinished Novel’
« Fragments d’un roman inachevé ». Vue de l’exposition. 2018. (Ph. Hugard & Vanoversch­elde). Installati­on view ‘Fragments from an Unfinished Novel’

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