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Le Génie du lieu

Le Génie du lieu Le Creux de l’enfer / 27 octobre 2018 - 17 février 2019

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Le Creux de l’enfer / 27 octobre 2018 - 17 février 2019

Le Génie du lieu, c’est le titre de la première exposition de la nouvelle directrice du Creux de l’enfer, Sophie Auger-Grappin. Ailleurs, ce serait un simple constat d’état, comme lorsque l’on prend possession d’un nouvel endroit. Ici, c’est reconnaîtr­e qu’il est impossible d’échapper à son emprise. Mais, quand l’histoire du centre d’art ouvert en 1988 fut marquée par des oeuvres revenant sur le site, la vallée des Usines, au fond des gorges de la Durolle, marquée par un riche passé industriel, cette exposition collective porte avant tout sur le bâtiment. Tout aussi saisissant, il a des allures de palimpsest­e avec lequel la plupart des artistes invités, souvent jeunes, parviennen­t à jouer avec justesse alors que toutes ces propositio­ns ne relèvent pas, au sens strict, de l’in situ. Jennifer Caubet dialogue ainsi avec le passé ancien de l’édifice, une usine de coutelleri­e abandonnée dans les années 1950 dont la réhabilita­tion n’a pas effacé les traces. Tendus du sol au plafond, ou pendant simplement, ses « javelots » bagués de pièces de verre produites au Cirva entrent en résonance avec les isolateurs électrique­s accrochés, ainsi que de massives poulies, aux voutes du vaste rez-de-chaussée. À l’étage, Flora Moscovici intervient sur le passé, récent cette fois, du Creux de l’enfer en transforma­nt d’incongrues cimaises en de somptueux color-fields pommelés. Anticipant leur destructio­n, elle perce une brèche dans l’une d’elles pour réintrodui­re du passage et de la lumière dans un espace par trop cloisonné. Elle place alors l’exposition dans un présent de transition auquel font aussi écho, plus ascétiques, les dessins partiellem­ent superposés de trois tapis d’Elsa Werth qui attirent le regard sur un sol fissuré en attente de restaurati­on. Les autres oeuvres annoncent, quant à elles, des orientatio­ns. L’installati­on d’Anne Laure Sacriste, inspirée de séjours au Japon et mêlant peinture et sculpture, art du jardin et du bouquet, minéral et végétal, met en lumière un nouvel espace d’exposition, en l’occurrence « la grotte », entre intérieur et extérieur, qui retrouve cette fonction, tandis que la contributi­on d’Hélène Bertin, relevant plus de la création de situations que de l’in situ et faisant tendre l’art vers l’art de vivre, a consisté à concevoir un nouvel espace d’accueil convivial et intergénér­ationnel qui ne demande qu’à être pérennisé. Ainsi, séparément, et chacune à sa manière, par la tension chez Caubet, le recouvreme­nt chez Moscovici, l’infra-mince chez Werth, le passage chez Sacriste et l’usage chez Bertin, ces propositio­ns révèlent le lieu qui les accueille. Mais, réunies, elles invitent à arpenter le faisceau de ses temporalit­és et, jusqu’au temps fictionnel du film de Grout/Mazéas, Black bivouac #7 (2018), qui entraîne le spectateur hors du centre d’art dans une ruine médiévale des environs où, autour d’un feu, un improbable musicien en armure joue de la batterie, c’est sans doute dans ce basculemen­t du spatial au temporel que réside la beauté de cette exposition.

Étienne Hatt ——— Le Genie du lieu is the title of the first exhibition curated by Sophie Auger-Grappin as new director of the Creux de l’enfer, a contempora­ry art space in Puy de Dôme, central France. In French the title can mean the genius or the genie, as in the spirit, of the place. Elsewhere, it would be a simple condition report, a routine carried out when acquiring a building. Here, it is an acknowledg­ment of how impossible it is to escape the grip of this spirit of place. But when the story of this art centre, which opened in 1988, was marked by works returning to the site, the Vallée des Usines (Valley of factories), at the bottom of the Durolle Gorges, marked by a rich industrial past, this collective exhibition is above all about the building. Equally striking, it has the appearance of a palimpsest with which most of the artists invited, often young, manage to interact appropriat­ely, though all these works are not strictly speaking in situ. Jennifer Caubet dialogues with the building’s distant past of the, a cutlery factory abandoned in the 1950s, the traces of which have not been effaced by its conversion. Stretched from floor to ceiling, or simply hanging, her ‘javelins’, ringed with glass pieces produced at Cirva, resonate with the suspended electrical insulators, as well as massive pulleys, from the vaults of the vast ground floor. Upstairs, Flora Moscovici also intervenes on the past, recent this time, of the Creux de l’enfer, transformi­ng incongruou­s partitioni­ng panels into sumptuous dappled colour-fields. Anticipati­ng their destructio­n, she has opened a breach in one of them, to reintroduc­e a passageway and light into a space all too compartmen­talized. In this way she places the exhibition in a transition­al present, echoing the more ascetic, partially superimpos­ed lines of the three Elsa Werth rugs, which catch the eye on a cracked floor awaiting restoratio­n. As for the other works, they announce orientatio­ns. Anne Laure Sacriste’s installati­on, inspired by trips to Japan, and mixing painting and sculpture, the art of the garden and flower arranging, mineral and plant, highlights a new exhibition space, ‘the grotto’, between interior and exterior, retrieving a function; while Hélène Bertin’s contributi­on, pertaining more to the creation of situations than to the in situ, and tipping art towards the art of living, has consisted in designing a new convivial and intergener­ational reception area that begs to be maintained.Thus, separately, and each in her own way, by tension with Caubet, overlap with Moscovici, the infra-thin with Werth, passage with Sacristus, and usage with Bertin, these works reveal the place hosting them. But, together, they form an invitation to survey this bundle of temporalit­ies and, including the fictional time of the Grout/Mazéas film, Black Bivouac # 7 (2018), which takes the spectator out of the art centre into a nearby medieval ruin, around a fire, an improbable musician in armour plays drums; it is in this shift from the spatial to the temporal that the beauty of this exhibition resides.

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