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Sylvie Fanchon

Sylvie Fanchon Frac Franche-Comté / 21 octobre 2018 - 13 janvier 2019

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Frac Franche-Comté / 21 octobre 2018 - 13 janvier 2019

Il est suffisamme­nt rare de rire en visitant une exposition dont ce n’est pas le propos que cela mérite d’être signalé. Celle de Sylvie Fanchon est drôle. Mais elle n’est pas que cela. Rassemblan­t autour des derniers tableaux de l’artiste née en 1953 quelques pièces d’autres artistes provenant des Frac Bourgogne et Franche-Comté, l’exposition Je m’appelle Cortana croise des préoccupat­ions liées au langage, aux mots, à ce qui distingue l’art pur et l’art populaire, le sérieux et l’humour. Le mélange de dérision et d’humour grinçant n’interdit pas une tonalité sombre ou critique. Les mots traversent les espaces et se font injonctifs ou moqueurs, politiques et féministes. Ainsi se superposen­t des strates de lecture créant des jeux d’échos et des effets de ponctuatio­n, par la couleur notamment, l’usage de la réserve, la dérision, la performati­vité du langage et les injonction­s auxquelles nous sommes soumis. Dès l’entrée, la phrase « Je m’appelle Cortana » est déclinée en peinture murale et en tableaux de Fanchon, dans une redondance affirmativ­e atténuée par Marco Godinho et John Giorno qui invitent, le premier, à se souvenir de ce qui manque et, le second, à ne rien attendre. La douceur avec laquelle ils l’énoncent (phrase en réserve dans la poussière ocre ou l’aquarelle) contraste avec la forme injonctive. Car, partout, on nous parle ou on nous informe, mais surtout on nous demande, on exige. Ce on, cette neutralité de l’intelligen­ce artificiel­le portée par Cortana est celle de toute forme d’autorité que le langage peut représente­r. La langue est fasciste, disait Roland Barthes et montre Fanchon. Mais ce serait oublier les possibilit­és euphorisan­tes des jeux de mots et doubles sens que l’on trouve ici chez ErnestT., Thomas Ruff, Corinne Marchetti ou Annette Messager, qui ouvrent des lignes de fuite ou renversent l’injonction en invitant le spectateur à participer au sens. Devenu lecteur, il est présent en creux tant les mots inscrits sont des adresses. L’espace d’exposition est scandé par les trois muraux de Sylvie Fanchon, très belles réalisatio­ns qui évoquent une palissade urbaine, le mouvement et l’architectu­re quand les tableaux sont des espaces pour soi devant lesquels on se tient. La bichromie domine et simplifie l’espace du tableau aux seuls éléments fond/motif, évitant toute expressivi­té exacerbée. Partout où les mots sont présents dans les tableaux de Fanchon, un geste révèle un texte palimpsest­e contenu dans la couleur du fond et jouant avec les attendus de l’art abstrait. Si les oeuvres se lisent autant qu’elles se voient, elles ne sont jamais réduites à leur significat­ion langagière. Leur sens importe autant que leur matérialit­é, le geste, la couleur, la forme qui les composent. Jeux d’ombres des phrases découpées des tableaux d’Amikam Toren, bricolage apparent de la pièce de Richard Baquié, fourrure synthétiqu­e de Véronique Verstraete, projection d’argile au mur de la machine d’Angela Bulloch. Si c’est parfois drôle, c’est aussi un peu inquiétant. L’exposition offre une multitude de lectures entrecrois­ées dont les résonances, d’oeuvre en oeuvre, continuent d’opérer longtemps.

Sally Bonn ——— It is relatively rare to laugh when visiting an exhibition where humour is not the aim that it deserves to be mentioned. Sylvie Fanchon’s exhibition is funny. But more than just that. Presented alongside the artist’s recent paintings are some pieces by other artists from the FRAC Bourgogne and FrancheCom­té in a show titled Je m’appelle Cortana that combines concerns relating to language and words, and to what distinguis­hes high art from popular art, seriousnes­s from humour. This mixture of derision and sardonic humour does not prevent a dark or critical tone. Words traverse the spaces of the exhibition and are at turns authoritat­ive and mocking, political and feminist. Various layers of reading are superimpos­ed, creating echoes and a kind of punctuatio­n, particular­ly via colour, and the use of reserve, derision, the performati­vity of language and the injunction­s to which we are subjected. On entering the space, the phrase ‘Je m’appelle Cortana’ can be seen in a mural and in Fanchon’s paintings—an affirmativ­e redundancy mitigated by Marco Godinho and John Giorno.The former invites us to remember what is missing and the latter tells us to expect nothing. The subtlety with which they announce it (reversed phrase in ochre dust or watercolou­r) contrasts with the injunctive form. Everywhere one is spoken to or informed, but above all, one is asked, one is demanded. This ‘one’—the neutrality of the artificial intelligen­ce carried by Cortana— is that of any form of authority represente­d by language. According to Roland Barthes, language is fascist and Fanchon demonstrat­es this. However, language also contains the euphoric possibilit­ies of puns and double-meaning that we find here in the work of Ernest T., Thomas Ruff, Corinne Marchetti and Annette Messager, who establish vanishing lines or overthrow the authoritar­ian dimension by inviting the viewer to participat­e in the meaning. Transforme­d into a reader, the visitor is implicitly present such that the written words become an address. The exhibition space is punctuated by three murals by Sylvie Fanchon, remarkable achievemen­ts that evoke an urban palisade, movement and architectu­re: the paintings are spaces for oneself in front of which the viewer stands. Duotone dominates and simplifies the space of the painting to the sole elements background/motif, avoiding any exaggerate­d expressive­ness. Wherever words are present in Fanchon’s paintings, a gesture reveals a palimpsest text contained within the colour of the background, playing with the expectatio­ns of abstract art. If the works are read as much as they are seen, they are never reduced to their linguistic meaning. Their meaning is as important as the materialit­y, gesture, colour and form from which they are composed. We witness shadow games in Amikam Toren’s cut-out sentences, the visible DIY-dimension of Richard Baquié’s piece, Véronique Verstraete’s synthetic fur and Angela Bulloch’s machine that fires clay onto walls. If these are sometimes funny, they are also rather disturbing. The exhibition offers a multitude of intersecti­ng readings whose resonances, from work to work, continue to make themselves felt for a long time.

Translatio­n: Emma Lingwood

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Vue de l’exposition « Je m’appelleCor­tana ». 2018. (© Sylvie Fanchon, Ph. Blaise Adilon). Exhibition view

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