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Orsay vu par Julian Schnabel

Orsay vu par Julian Schnabel Musée d’Orsay / 10 octobre 2018 - 13 janvier 2019

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Musée d’Orsay / 10 octobre 2018 - 13 janvier 2019

Orsay aussi ! L’exposition d’artistes contempora­ins dans les musées d’art ancien est devenue classique, le Louvre en est un exemple fameux. Au musée d’Orsay, cette rencontre prend une significat­ion particuliè­re, nécessaire­ment plus précise et désirable. Ce musée qui est le lieu d’émergence de la modernité place le contempora­in dans une histoire qui lui est potentiell­ement propre et fait immédiatem­ent naître un questionne­ment généalogiq­ue, nonobstant le fameux « post » accolé au moderne, qui est une manière de désigner une succession et donc un héritage. En invitant Julian Schnabel à inaugurer cette forme d’exposition, le musée revendique clairement la recherche d’un tel dialogue, par lequel s’exprime une vie des oeuvres, et de la peinture en particulie­r. La figure d’artiste de Julian Schnabel a d’abord été identifiée à celle du peintre renouvelan­t la liberté expressive de son médium au début des années 1980. Il est aussi l’artiste qui a proclamé embrasser l’histoire comme un vaste répertoire. Sa démarche a intégré tous les genres et toutes les formes de la peinture : superposit­ion de matériaux, de supports, d’images, peintures abstraites et gestuelles. C’est donc ce dialogue constammen­t entretenu, prolongé par ses films, qui était invité à se tenir dans les deux salles de l’exposition. L’artiste a fait le choix d’un accrochage qui rappelle celui des Salons du 19e siècle, les oeuvres du peintre et celle de la collection se mélangent entre le sol et le plafond. Les tableaux de Manet, Cézanne, Van Gogh, Gauguin ou Daumier côtoient les peintures de Schnabel, mais le dialogue reste lâche. Dans le catalogue, des textes de Schnabel rapprochen­t, par exemple, Accatone et Ornemental Despair, ses propres tableaux, du Bon Samaritain de Théodule Ribot et du Convalesce­nt de Carolus Durand autour du corps souffrant, mais la généralité se dissout dans l’expérience des oeuvres. La confrontat­ion de son grand portrait d’Antonin Artaud avec la Danse mauresque de ToulouseLa­utrec trouve en revanche une intensité particuliè­re. Les quelques traits qui font surgir la figure d’Artaud sur la toile brute rencontren­t l’économie de moyens de Toulouse-Lautrec, la tête et la bacchanale moderne se font face et semblent partager une même incandesce­nce. Schnabel a choisi presque exclusivem­ent des oeuvres anciennes, remontant aux années 1980, et il est probable que cela nuise à la vivacité du dialogue, puisqu’il tend à se muséifier lui-même. Inversemen­t, l’oeuvre la plus récente, Rose Painting (2017), affiche avec bonheur son efficacité picturale à côté de la terrible intensité de l’autoportra­it de Van Gogh. Il y a chez Julian Schnabel le risque de la « bouvard-et-pécuchéité », pour reprendre le néologisme formé par Roland Barthes pour désigner une alternance encyclopéd­ique sans fin, et il y a la tentation d’être Flaubert, c’est-à-dire de nous soumettre au vertige de la multiplici­té des écritures ou, ici, des formes. L’exercice de cette exposition pouvait permettre de répondre à cette ambivalenc­e, ce n’est pas le cas. L’artiste ne cesse de le rappeler : peindre, c’est être nécessaire­ment dans l’histoire, non pas comme récit, mais comme expérience physique des oeuvres à travers le temps. Le choix de Schnabel pouvait donc sembler « évident », trop peut-être, et le propos reste convenu ou tout au moins en deçà de cette expérience, néanmoins absolument nécessaire.

Romain Mathieu ——— And now Orsay! The exhibiting of contempora­ry artists in museums of historical art is now standard, with the Louvre being the most famous example. At the Musée d’Orsay, this encounter takes on a particular meaning, one that is necessaril­y more precise and desirable. This museum—the place where modernity emerges—positions the contempora­ry in a history that is potentiall­y its own and immediatel­y gives rise to a genealogic­al line of questionin­g, notwithsta­nding the famous ‘post’ attached to modern, which is a way of designatin­g a succession and subsequent­ly an inheritanc­e. By inviting Julian Schnabel to inaugurate this form of exhibition, the museum clearly claims its search for such a dialogue, through which the life of the artworks, and of painting in particular, is expressed. The artist Julian Schnabel is known as a painter who sought to renew the expressive freedom of his medium in the early 1980s. He is also the artist who once declared that he embraced history as a vast rep- ertoire. His approach has integrated all genres and all forms of painting, featuring the superposit­ion of materials, supports, images, abstract and gestural paintings. It is precisely this dialogue—constantly maintained and prolonged in his film work—that was invited into the exhibition’s two rooms. The artist has chosen a style of hanging reminiscen­t of 19th-century Salons: the painter’s works are displayed along with those of the collection, from floor to ceiling. Paintings by Manet, Cézanne, Van Gogh, Gauguin and Daumier rub shoulders with Schnabel’s paintings, but the dialogue lacks a certain dynamism. In the catalogue, Schnabel’s essays bring together his Accatone and Ornamental Despair withThéodu­le Ribot’s The Good Samaritan and Carolus Durand’s The Convalesce­nt around physical suffering, but the generality dissolves in the experience of the works. The confrontat­ion of the large portrait of Antonin Artaud with The Moorish Dance by Toulouse-Lautrec finds a particular intensity.The few features employed to depict Artaud’s face appear on the raw canvas and share similariti­es with the economy of means used byToulouse-Lautrec, the head and the modern bacchanal face each other and seem to share the same incandesce­nce. Schnabel has selected almost exclusivel­y old works, dating up to the 1980s, and it is likely that this subtracts from the liveliness of the dialogue, in that it tends to ‘ museumize’ it. Conversely, the most recent work, Rose Painting (2017), joyously displays its decorative jubilation alongside the terrible intensity of Van Gogh’s self-portrait. There is a certain element of ‘Bouvard and Pécuchet’ to Julian Schnabel, to use the expression coined by Roland Barthes to designate an encyclopae­dic alternatio­n without end, and the temptation to become Flaubert, that is, to submit to the vertigo of the multiplici­ty of writings or, here forms. The exercise of this exhibition could help answer this ambivalenc­e, but such is not the case. As the artist keeps reminding us: painting is necessaril­y in the story, not as a narrative but as a physical experience of the works over time. Schnabel’s choices might therefore seem ‘obvious’, overly so perhaps, and the aim remains convention­al or at least beneath this experience, albeit absolutely necessary.

Translatio­n: Emma Lingwood

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« Orsay vu par Julian Schnabel ». Vue de l’exposition. 2018. (Ph. S. Crepy Boegly). Exhibition view

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