La ter­rible vi­déo qui choque le monde en­tier

Au Bré­sil, des images vi­rales montrent l’agres­sion d’une femme par son ma­ri, qui se solde par sa mort.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - PAR SYRIELLE MEJIAS

LES IMAGES glacent le sang. Les ca­mé­ras de vi­déo­sur­veillance d’un im­meuble de Gua­ra­pua­va (Bré­sil) ont fil­mé, le 22 juillet, Ta­tiane, 29 ans, une jeune femme se fai­sant vio­len­ter par son ma­ri, avant de trou­ver la mort en tom­bant du cin­quième étage. On y voit l’homme la frap­per plu­sieurs fois, d’abord dans leur voi­ture, puis dans le par­king et dans l’as­cen­seur de leur im­meuble. En quelques jours, la vi­déo est de­ve­nue vi­rale dans le monde en­tier. « C’est parce qu’elle est ter­rible », es­time Fran­çoise Brié, di­rec­trice gé­né­rale de la Fé­dé­ra- tion na­tio­nale So­li­da­ri­té femmes. « Quand on la re­garde, on se dit que ce n’est pas pos­sible, qu’elle ne se passe pas dans la réa­li­té. Pour­tant, on y re­con­naît ce que nous rap­portent les femmes qui ap­pellent aux nu­mé­ros d’aide », sou­pire-t-elle.

LE FÉMINICIDE RE­CON­NU AU BRÉ­SIL

Les images sont d’au­tant plus in­sou­te­nables que per­sonne ne vient por­ter se­cours à la vic­time. Mal­gré la ré­sis­tance qu’elle op­pose à son ma­ri et ses ten­ta­tives de fuite. « Quand on en­tend des cris d’ap­pel à l’aide, il faut ré­agir. Si l’on a peur de s’in­ter­po­ser, il faut au moins ap­pe­ler la po­lice », in­siste Fran­çoise Brié. Se­lon elle, l’in­ac­tion des té­moins est liée à un ta­bou. Ce­lui qui veut que les vio­lences conju­gales re­lèvent de la sphère pri­vée. Une idée cor­ro­bo­rée par l’ap­pa­ri­tion du ha­sh­tag #Me­taacol­her (« mets une cuillère ») qui est ap­pa­ru sur Twit­ter à la suite de la dif­fu­sion de la vi­déo. Con­trai­re­ment à un dic­ton bré­si­lien qui veut qu’on ne « mette pas une cuillère », c’est-à-dire qu’on ne s’in­ter­pose pas entre un homme et sa femme, le ha­sh­tag in­vite les té­moins à se sen­tir concer­nés.

L’agres­seur, qui a été ap­pré­hen­dé, af­firme qu’il n’a pas tué sa femme, mais qu’elle s’est je­tée du bal­con. Des élé­ments mis en doute par la vi­déo­sur­veillance. Au Bré­sil, la jus­tice consi­dère comme cir­cons­tance ag­gra­vante le fait que la vic­time ait été tuée parce qu’elle était une femme et re­con­naît le féminicide de­puis 2015. « Le thème des vio­lences faites aux femmes y est beau­coup plus po­li­ti­sé qu’en France », in­dique Ma­rie-hé­lène Sa Vi­las Boas, maître de conférences en sciences po­li­tiques et ex­perte du Bré­sil. « Il faut dire que la vio­lence y est plus grande. Les chiffres montrent qu’il y a énor­mé­ment d’ho­mi­cides », et donc de fé­mi­ni­cides. Se­lon les don­nées du gou­ver­ne­ment, une femme meurt toutes les 90 mi­nutes de vio­lences au Bré­sil.

Ta­tiane, 29 ans, était avo­cate et vi­vait à Gua­ra­pua­va, dans le sud du Bré­sil. Elle est morte le 22 juillet.

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