La se­conde chance D’IBK

Aujourd'hui en France - - LA UNE - PAR PHI­LIPPE MARTINAT

et on re­com­mence. Comme en 2013, le se­cond tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle au Ma­li, qui a lieu au­jourd’hui, op­pose Ibra­him Bou­ba­car Keï­ta, dit IBK, 73 ans, chef de l’etat sor­tant, à Sou­maï­la Cis­sé, 68 ans, l’éter­nel lea­der de l’op­po­si­tion. Les deux hommes se connaissent par­fai­te­ment. Ils ont no­tam­ment été mi­nistres au sein du même gou­ver­ne­ment, sous la pré­si­dence Ko­na­ré (1992-2002).

Cré­di­té d’une confor­table avance à l’is­sue du pre­mier tour, avec 41,70 % des suf­frages ex­pri­més, contre 17,78 % pour Cis­sé, IBK est qua­si cer­tain de l’em­por­ter. D’au­tant que la plu­part des… vingt­deux autres can­di­dats éli­mi­nés n’ont pas don­né de consigne de re­port. « Il ne faut ja­mais pré­emp­ter une élec­tion, mais nous pou­vons y al­ler avec confiance et sé­ré­ni­té », a ain­si confié le pré­sident sor­tant, chef de file du Ras­sem­ble­ment pour le Ma­li.

A la tête de l’union pour la ré­pu­blique et la dé­mo­cra­tie, Sou­maï­la Cis­sé, fi­na­liste de la pré­si­den­tielle pour la troi­sième fois (en 2002, il avait été bat­tu par Ama­dou Tou­ma­ni Tou­ré), fait mine de pou­voir en­core « ren­ver­ser la ten­dance ». Mais la seule vé­ri­table in­cer­ti­tude se­ra le score qu’at­tein­dra IBK pour se suc­cé­der à lui-même. En 2013, alors au faîte de sa po­pu­la­ri­té, il avait ras­sem­blé 77,61 % des suf­frages au se­cond tour.

La mis­sion d’ob­ser­va­tion de l’union eu­ro­péenne a ré­cla­mé da­van­tage de « trans­pa­rence » pour le scru­tin. Mais sa de­mande de pu­bli­ca­tion des ré­sul­tats par bu­reaux de vote s’est heur­tée à une fin de non­re­ce­voir des au­to­ri­tés. L’op­po­si­tion a, elle, ten­té en vain de ré­cu­ser plu­sieurs membres de la Cour consti­tu­tion­nelle (juge de l’élec­tion) sus­pec­tés de par­tia­li­té. Or, si le vote se ré­vé­lait en­ta­ché d’ir­ré­gu­la­ri­tés, IBK le por­te­rait comme un bou­let pour son se­cond man­dat et ver­rait son ac­tion en­tra­vée.

For­te­ment cri­ti­qué en cou­lisse par ses al­liés oc­ci­den­taux, qui lui re­prochent sa mau­vaise gou­ver­nance (en cinq ans, il a usé cinq Pre­miers mi­nistres sans faire re­cu­ler la cor­rup­tion) et son in­ca­pa­ci­té à maî­tri­ser la si­tua­tion sé­cu­ri­taire dans son pays, IBK au­ra une lourde tâche. Il doit ab­so­lu­ment re­lan­cer l’ac­cord de paix conclu en 2015 avec l’ex-ré­bel­lion à do­mi­nante toua­reg, dont l’ap­pli­ca­tion ac­cu­mule les re­tards. « Cette si­tua­tion ar­range beau­coup de monde, dé­nonce une op­po­sante amère. Le gou­ver­ne­ment au­tant que les ex­com­bat­tants, hé­ber­gés à lon­gueur d’an­nées dans les confor­tables hô­tels de Ba­ma­ko. Pen­dant ce temps, le peuple ma­lien s’ap­pau­vrit. »

L’ar­mée ma­lienne a par ailleurs com­mis des exac­tions, no­tam­ment contre les Peuls, at­ti­sant les ri­va­li­tés eth­niques dans un pays où 47 % de la po­pu­la­tion vit sous le seuil de pau­vre­té. Im­pa­vide, le chef de l’etat a pro­mis de « conso­li­der les ac­quis, d’am­pli­fier les réus­sites et de cor­ri­ger les manques » de son pre­mier man­dat.

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