« On a dé­pas­sé les li­mites de l’hor­reur gra­tuite »

Aujourd'hui en France - - LA UNE - PAR CÉLINE CAREZ

por­té plainte au com­mis­sa­riat du XVIIE ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, après la mort de son fils, Louis. De­main, Isa­belle, dé­fen­due par Me Fan­ny Co­lin, va aus­si por­ter plainte au­près du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique. « Pour dif­fu­sion de mes­sages vio­lents por­tant at­teinte à la di­gni­té hu­maine sus­cep­tibles d’être vus par des mi­neurs », pré­cise l’avo­cate.

Le 27 sep­tembre, rue de la Jon­quière, Louis, 28 ans, tombe du 6e étage de son im­meuble. Dans sa chute, cir­cons­tance ter­rible, il s’em­pale en contre­bas, dans la rue, sur un po­teau. Sui­cide ou ac­ci­dent ? La scène est au-de­là du tra­gique. Les pom­piers doivent scier le po­te­let pour pou­voir trans­por­ter la vic­time, le corps trans­per­cé, à l’hô­pi­tal Beau­jon de Cli­chy (Hauts-de-seine). Un autre drame va se jouer. Plu­sieurs vi­déos ma­cabres at­ter­rissent sur les ré­seaux so­ciaux. Sur l’une, on voit la chute du jeune homme sur des images prises par un smart­phone qui filme des écrans de la vi­déo­sur­veillance es­tam­pillée Pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris. Où ont été fil­mées ces images, et par qui ? Une en­quête a été ou­verte par le par­quet de Pa­ris le 3 oc­tobre et confiée à la po­lice des po­lices, L’IGPN. Des po­li­ciers pour­raient donc être im­pli­qués dans la dif­fu­sion de ces images.

« Il y a aus­si des gens qui ont fil­mé dans la rue, tonne Me Fan­ny Co­lin. On veut qu’ils soient iden­ti­fiés. » Un autre film — le plus « ab­ject », se­lon l’avo­cate — pro­vient du bloc opé­ra­toire de l’hô­pi­tal Beau­jon, un éta­blis­se­ment de L’AP-HP (As­sis­tance pu­blique-hô­pi­taux de Pa­ris). On y voit l’un des pom­piers re­ti­rer le mor­ceau d’acier du corps du mou­rant et l’ex­hi­ber de­vant au moins trois per­sonnes qui filment la scène et s’ex­clament bruyam­ment. « On a dé­pas­sé toutes les li­mites de l’hor­reur gra­tuite », lance Isa­belle, anéan­tie. Une plainte dis­tincte se­ra dé­po­sée de­main au par­quet de Nan­terre pour at­teinte à la vie pri­vée. L’AP-HP, de son cô­té, a di­li­gen­té une en­quête in­terne. « L’hô­pi­tal est un lieu pri­vé dans le­quel il est in­ter­dit de cap­ter des images, s’in­digne Me Fan­ny Co­lin, un lieu qui touche à l’in­time et au se­cret mé­di­cal. Là, on a un homme nu, al­lon­gé et mou­rant sur un bran­card. Dif­fi­cile de tou­cher plus à l’in­time. »

Par ailleurs, la ma­man est cho­quée par la thèse se­lon la­quelle Louis se se­rait sui­ci­dé : « Qu’on ne dise pas des choses avant qu’elles soient dé­mon­trées, in­siste-t-elle. Rien ne l’at­teste. Ce jour-là, j’ai eu mon fils au té­lé­phone une heure avant. Il at­ten­dait du monde. On ne sait pas ce qui s’est pas­sé. » Mais ce qui ébranle le plus la fa­mille, c’est l’im­pli­ca­tion pos­sible de po­li­ciers, de pom­piers et du per­son­nel hos­pi­ta­lier dans la dif­fu­sion des vi­déos — si tou­te­fois l’en­quête le dé­montre. « Nor­ma­le­ment, ils sont là pour nous soi­gner et nous pro­té­ger, souffle Isa­belle. Si la force pu­blique est im­pli­quée, c’est une tra­hi­son. »

Les en­re­gis­tre­ments qui montrent la chute mor­telle de Louis ont été dif­fu­sés sur les ré­seaux so­ciaux.

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