PA­RIS, CAMP RE­TRAN­CHÉ

Aujourd'hui en France - - LA UNE - PAR OLI­VIER BEAU­MONT, VA­LÉ­RIE HACOT ET JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ

Plus de 70 chefs d’etat et de gou­ver­ne­ment sont at­ten­dus ce week-end dans la ca­pi­tale pour com­mé­mo­rer la fin de la Grande Guerre. Pour as­su­rer leur sé­cu­ri­té, la France a dé­ployé les grands moyens.

UN ZODIAC NOIR FILE sur la Seine, quatre hommes ar­més à son bord et quatre lettres à sa poupe : Raid. Hier, Pa­ris avait dé­jà des airs d’état de siège à la veille des com­mé­mo­ra­tions au­tour du cen­te­naire de l’ar­mis­tice qui se tiennent tout ce week-end. Pas moins de 72 chefs d’etat et de gou­ver­ne­ment sont at­ten­dus dans la ca­pi­tale pour cet évé­ne­ment hors norme qui s’achè­ve­ra de­main par le Fo­rum de Pa­ris sur la paix. Le cas­ting est à la hau­teur du ren­dez-vous pro­gram­mé par Em­ma­nuel Ma­cron : Trump ar­ri­vé dès hier soir, mais aus­si Pou­tine, Mer­kel, le turc Er­do­gan, ou en­core le ca­na­dien Tru­deau. Pa­ris n’avait pas été au centre du monde de­puis la tris­te­ment cé­lèbre marche des chefs d’etat après les at­ten­tats de jan­vier 2015, puis pour la COP21 quelques mois plus tard.

Un dé­fi di­plo­ma­tique, mais aus­si sé­cu­ri­taire pour les au­to­ri­tés fran­çaises, qui ont mo­bi­li­sé plus de 10 000 po­li­ciers et gen­darmes. D’abord parce que la me­nace dji­ha­diste est loin d’être dis­si­pée. En­suite parce que les quatre sus­pects sym­pa­thi­sants de l’ul­tra­droite ar­rê­tés cette se­maine pro­je­taient bien (comme au moins l’un l’a évo­qué en garde à vue) de poi­gnar­der Em­ma­nuel Ma­cron en marges du 11 no­vembre. En­fin, parce que les ser­vices de ren­sei­gne­ment s’in­quiètent d’une mo­bi­li­sa­tion des black blocs (lire ci­contre) et de mou­ve­ments contes­ta­taires com­mu­nau­taires.

« Ce­la peut être no­tam­ment le cas des com­mu­nau­tés ga­bo­naise, ma­lienne, sé­né­ga­laise, ca­me­rou­naise, congo­laise, tu­ni­sienne et des opposants au ré­gime saou­dien », ex­plique la di­rec­tion du ren­sei­gne­ment de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris (DRPP) dans une note confi­den­tielle du 7 no­vembre. Elle re­doute éga­le­ment des mou­ve­ments hos­tiles ce soir en marge d’un dî­ner of­fi­ciel or­ga­ni­sé au mu­sée d’or­say. Ain­si que le len­de­main ma­tin sur les Champs-ely­sées, ave­nue que tous les of­fi­ciels re­mon­te­ront, d’abord en bus puis, sur les cent der­niers mètres, à pied. Ils re­join­dront l’arc de Triomphe, et des sni­pers se­ront dé­ployés sur les toits et les bal­cons alen­tour.

LE TWEET CINGLANT DE TRUMP

Pour le chef de l’etat, l’or­ga­ni­sa­tion de ce som­met doit ab­so­lu­ment être un sans-faute. Ce­la fait des mois que l’ely­sée planche conjoin­te­ment avec la Mis­sion du Cen­te­naire — l’or­ga­nisme qui a tra­vaillé sur toutes les ma­ni­fes­ta­tions qui ont émaillé 2018 — et les or­ga­ni­sa­teurs du Fo­rum sur la paix. Plus d’une cen­taine d’in­vi­ta­tions aux di­ri­geants in­ter­na­tio­naux ont été en­voyées à tra­vers le monde. Les Fran­çais ont es­suyé quelques re­fus, no­tam­ment des Chi­nois. Quant à l’is­raé­lien Be­nya­min Ne­ta­nya­hou, il lais­sait en­core hier soir pla­ner le doute sur sa ve­nue.

Mal­gré ces dé­sis­te­ments, Em­ma­nuel Ma­cron peut nour­rir la sa­tis­fac­tion d’avoir re­mis Pa­ris au coeur du jeu di­plo­ma­tique. « Ça re­la­ti­vise cette pe­tite mu­sique qu’on en­tend mon­ter sur le thème Ma­cron est iso­lé. Quand on a au­tant de chefs d’etat au­tour de soi, on n’est pas iso­lé », se fé­li­cite Jus­tin Vaïsse, le pré­sident du Fo­rum sur la paix. Pour le pré­sident, il se­ra ques­tion de dé­rou­ler son ap­proche mul­ti­la­té­ra­liste à l’oc­ca­sion des dif­fé­rents dis­cours qu’il va pro­non­cer ce wee­kend, de la clai­rière de Re­thondes (Oise) au­jourd’hui aux com­mé­mo­ra­tions pa­ri­siennes de­main. « Pour lui, c’est parce que les na­tions sont ca­pables de se par­ler, les unes avec les autres, qu’on ob­tient la sta­bi­li­té dans le monde », dé­fend l’ely­sée.

Une vi­sion aux an­ti­podes de celle de Trump qui — même s’il ver­ra Ma­cron en tête-à-tête ce ma­tin à l’ely­sée — sé­che­ra le Fo­rum. Un pré­sident amé­ri­cain qui fait bande à part : pen­dant que ses ho­mo­logues pren­dront le bus, il se­ra le seul chef d’etat, de­main, à re­mon­ter les Champs dans sa li­mou­sine blin­dée. Hier soir dès son ar­ri­vée à Pa­ris, Trump a dé­non­cé dans un tweet les pro­pos « très in­sul­tants » de Ma­cron sur la créa­tion d’une ar­mée eu­ro­péenne. Am­biance...

SA­ME­DI 10 NO­VEMBRE 2018

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