« Ces pho­tos doivent ser­vir d’élec­tro­choc »

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR NI­CO­LAS BERROD

res­pon­sable des opé­ra­tions hu­ma­ni­taires de Mé­de­cins du monde pour le Yé­men, s’alarme de la si­tua­tion sur place et alerte la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale.

SE­LON L’ONU, c’est la pire crise hu­ma­ni­taire ac­tuelle. Au Yé­men, le conflit entre des re­belles et les forces gou­ver­ne­men­tales, ap­puyées par une coa­li­tion conduite par l’ara­bie saou­dite, a dé­jà fait 10 000 morts et 14 mil­lions d’ha­bi­tants ont un be­soin urgent d’aide ali­men­taire, soit la moi­tié de la po­pu­la­tion. L’uni­cef es­time que 80 en­fants meurent chaque jour. Ju­lien Dus­sart, en charge du Yé­men pour Mé­de­cins du monde, pousse un cri d’alarme. Quels sont les plus grands risques pour la po­pu­la­tion ? JU­LIEN DUS­SART. La crise la plus grave est nu­tri­tion­nelle. Avant le conflit, 90 % des den­rées ali­men­taires étaient im­por­tées, dont 70 % par la ville d’ho­dei­da, qui est au­jourd’hui le front le plus in­tense. La mal­nu­tri­tion est aus­si liée au manque d’ac­cès à l’eau. Les ca­na­li­sa­tions sont abî­mées par les tran­chées creu­sées par les bel­li­gé­rants. Or, ce­la aug­mente le risque d’épi­dé­mies. Beau­coup de gens sont si af­fai­blis qu’une mau­vaise diar­rhée de­vient dan­ge­reuse, voire fa­tale. La si­tua­tion des en­fants est très pré­oc­cu­pante et on craint que l’épi­dé­mie de cho­lé­ra ne re­prenne. Com­ment avez-vous ré­agi aux pho­tos d’en­fants mou­rant de faim à la une du « New York Times » fin oc­tobre ? On peut trou­ver que ces pho­tos sont cho­quantes mais ça peut et ça doit ser­vir d’élec­tro­choc. La guerre au Yé­men se dé­roule à huis clos, presque sans images, donc ces pho­tos ont per­mis d’illus­trer la mal­nu­tri­tion et le risque de fa­mine qui sont une réa­li­té. Qu’es­pé­rez-vous de la France et de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ? Les grandes puis­sances doivent prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés et faire pres­sion sur l’ara­bie saou­dite, à qui la France doit ar­rê­ter de vendre des armes. L’as­sas­si­nat du jour­na­liste Ja­mal Kha­shog­gi a per­mis de faire la lu­mière sur le ré­gime saou­dien. Il y a eu un lé­ger chan­ge­ment de dis­cours des Etats-unis puis de la France, mais on at­tend des actes car la ré­ponse mi­li­taire est un échec. Com­ment in­ter­ve­nez­vous ? On es­saie au maxi­mum d’ap­puyer les struc­tures dé­jà exis­tantes car on se place dans une ap­proche de long terme. On fi­nance des ini­tia­tives et du per­son­nel lo­cal, et nos équipes lo­gis­tiques et mé­di­cales viennent en ap­pui. Mais il y a aus­si des zones très conflic­tuelles où on n’a pas d’autre choix que d’in­ter­ve­nir avec nos propres cli­niques IRAK JOR­DA­NIE

« LES GRANDES PUIS­SANCES DOIVENT PRENDRE LEURS RES­PON­SA­BI­LI­TÉS »

ARA­BIE SAOU­DITE EAU OMAN

mo­biles. On livre aus­si par avion ou par ba­teau des mé­di­ca­ments. Heu­reu­se­ment, ils peuvent en­core échap­per au blo­cus même si les au­to­ri­tés les bloquent par­fois lon­gue­ment. Al­lez-vous ren­for­cer votre dis­po­si­tif ? Oui, on est en train de s’étendre dans cer­taines zones du sud. On a en­voyé du monde à Aden pour bâ­tir un bu­reau et re­cru­ter du per­son­nel lo­cal. On se doit d’être le plus dis­tants pos­sible des dif­fé­rents camps mais, comme on était là avant le conflit, on est bien ac­cep­tés par la po­pu­la­tion. En re­vanche, il y a des zones où l’ac­cès est beau­coup plus dif­fi­cile, comme à la fron­tière avec l’ara­bie saou­dite. La si­tua­tion est aus­si très pré­oc­cu­pante dans le sud du pays car il y a des mou­ve­ments in­dé­pen­dan­tistes dan­ge­reux et ce­la pour­rait dé­gé­né­rer.

@Ni­co­lasber­rod

Ha­j­jah (Yé­men), le 1er oc­tobre. Une fa­mine sans pré­cé­dent touche le pays en guerre et tue 80 en­fants par jour, se­lon l’uni­cef.

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