« Il faut ac­com­pa­gner les pa­rents »

Mar­lène Schiap­pa, se­cré­taire d’etat à la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions

Aujourd'hui en France - - FAIT DU JOUR -

LA SE­CRÉ­TAIRE D’ÉTAT Mar­lène Schiap­pa s’est dé­cla­rée fa­vo­rable à la pro­po­si­tion de loi por­tée par la dé­pu­tée Maud Pe­tit (Mo­dem), in­ter­di­sant les vio­lences édu­ca­tives or­di­naires. Se­lon elle, il est temps que la France re­joigne les 54 autres pays ayant adop­té un texte si­mi­laire. Vous avez été l’une des pre­mières, au gou­ver­ne­ment, à sou­te­nir le texte qui ar­rive à l’as­sem­blée na­tio­nale. C’était im­por­tant ? MAR­LÈNE SCHIAP­PA. C’est un en­ga­ge­ment que je porte de­puis long­temps. En 2011, j’ai écrit « Eloge de l’en­fant roi », un livre au titre pro­vo­ca­teur qui dé­fend en fait la pro­tec­tion des en­fants par la so­cié­té. Pen­dant dix ans, quand j’ai pré­si­dé le ré­seau d’en­traide Ma­man tra­vaille, je m’oc­cu­pais de l’éga­li­té fem­mes­hommes mais aus­si de la fa­mille, de l’édu­ca­tion… tous ces su­jets qui sont liés. Au­cune vio­lence n’est édu­ca­tive. Pour­tant, 85 % des pa­rents disent avoir frap­pé leur en­fant avant l’âge de 5 ans… Un tra­vail d’ac­com­pa­gne­ment à des­ti­na­tion des pa­rents doit être fait. J’en ai vu beau­coup qui étaient désem­pa­rés lors de mes per­ma­nences dans la Sarthe. Ils y ve­naient avec leurs en­fants et pen­saient bien faire en po­sant des li­mites avec une claque, en ti­rant les oreilles, en criant…

N’y a-t-il pas un risque de les stig­ma­ti­ser ?

Il faut en­tendre la dé­tresse de ceux qui dé­rapent et re­grettent. Ce­la ar­rive à tous d’être en bur­nout pa­ren­tal. L’im­por­tant est qu’ils aient conscience que ce qu’ils ont fait est mau­vais pour leur en­fant et qu’ils en dis­cutent avec lui. Il n’a ja­mais été ques­tion d’en­voyer en pri­son des pa­rents qui ont mis une fes­sée, mais de faire de la pé­da­go­gie.

Quel est l’in­té­rêt de lé­gi­fé­rer alors ?

On a l’im­pres­sion que c’est un su­jet qui avance mais il y a en­core beau­coup de ré­ti­cences. Notre so­cié­té lé­gi­time cette forme de vio­lence. Il est im­por­tant que l’etat et le gou­ver­ne­ment disent : « Non, ça, ce n’est pas pos­sible. » Nous sa­vons au­jourd’hui, grâce aux neu­ros­ciences, que ce n’est pas une bonne ma­nière de les éle­ver et qu’elle laisse des traces à l’âge adulte.

Ce­la per­met aus­si de se mettre en confor­mi­té avec la conven­tion in­ter­na­tio­nale des droits de l’en­fant…

Bien sûr. Il faut du cou­rage po­li­tique main­te­nant. Il faut vo­ter cette loi. Après, il y a au­ra des pa­rents qui vont re­mettre en cause leurs mé­thodes édu­ca­tives, qui vont en par­ler au pé­diatre, à des amis, al­ler sur des fo­rums pour voir comment chan­ger les choses. C’est donc très po­si­tif. Comment faites-vous lorsque vous êtes exas­pé­rée par vos deux fillettes ? Le blog de l’as­so­cia­tion que j’ai créée, Ma­man tra­vaille, m’a beau­coup ai­dée. Quand je n’en pou­vais plus, j’écri­vais un billet et j’échan­geais avec d’autres mères. Voir qu’il y en avait d’autres qui n’étaient pas par­faites per­met­tait de re­la­ti­vi­ser son propre épui­se­ment. Il n’y a pas des Bree Van de Kamp (NDLR : une des hé­roïnes de « Des­pe­rate Hou­se­wives », ca­ri­ca­ture de l’ir­ré­pro­chable mère au foyer) par­tout, et ce n’est pas grave. Ce qui est im­por­tant c’est l’amour et la qua­li­té de la re­la­tion avec ses en­fants, sans pour au­tant se fixer des stan­dards de pa­ren­ta­li­té trop éle­vés.

Non, ça, ce n’est pas pos­sible. »

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