Phi­lippe (trop) droit dans ses bottes

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PAR OLI­VIER BEAU­MONT

La fer­me­té du Pre­mier mi­nistre — en­core af­fi­chée hier à l’égard des Gi­lets jaunes — trouble, y com­pris dans son propre camp.

« ON VA TE­NIR LE CAP », mar­te­lait Edouard Phi­lippe hier ma­tin sur RMC. In­flexible, pour le mo­ment, aux in­jonc­tions des Gi­lets jaunes qui, la veille, ont ma­ni­fes­té leur dé­cep­tion face au dis­cours d’em­ma­nuel Ma­cron sur la tran­si­tion éco­lo­gique. Et ce ne sont pas les der­nières an­nonces — au­cun coup de pouce au smic et mise en oeuvre confir­mée de la taxe sur le car­bu­rant au 1er jan­vier — qui vont cal­mer les es­prits alors qu’une nou­velle ma­ni­fes­ta­tion est pré­vue samedi à Pa­ris.

De là à soup­çon­ner l’exé­cu­tif de souf­fler sur les braises, voire de jouer le pour­ris­se­ment de la si­tua­tion ? « Ma­cron cherche à ga­gner du temps, en nous in­ven­tant des me­sures de concer­ta­tion, en dé­si­gnant ici ou là des ex­perts… », at­taque le pré­sident du groupe LR à l’as­sem­blée, Chris­tian Ja­cob, en ré­fé­rence à la consul­ta­tion na­tio­nale qui va avoir lieu au cours des trois pro­chains mois.

UN SUI­CIDE PO­LI­TIQUE ?

Au sein même de la ma­jo­ri­té, cer­tains ne cachent pas leur per­plexi­té : « La stra­té­gie du pour­ris­se­ment se­rait dé­rai­son­nable et dan­ge­reuse. Mais, à l’évi­dence, il y a des ré­ponses mal­adroites qui ne per­mettent pas d’en­vi­sa­ger la fin du conflit avec sé­ré­ni­té… », y va car­ré­ment un dé­pu­té ma­cro­niste qui ne com­prend pas pour­quoi Edouard Phi­lippe n’a pas acl’har­mo­ni­sa­tion cep­té la main ten­due de Laurent Ber­ger, le se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT, pour un « grand pacte so­cial de la conver­sion éco­lo­gique ».

« Il faut qu’on ar­rête avec cette forme de ri­gi­di­té et d’éloi­gne­ment qui peut se tra­duire par de l’ar­ro­gance », grom­melle un mi­nistre, « très in­quiet sur l’évo­lu­tion du mou­ve­ment ». « Se don­ner en­core trois mois de consul­ta­tion pour abou­tir à une pro­messe in­cer­taine, c’est dan­ge­reux so­cia­le­ment. Et peut-être sui­ci­daire po­li­tique- ment », es­time ce membre émi­nent de la ma­jo­ri­té. Un conseiller se dit, lui, « ul­cé­ré » d’en­tendre tout le temps pro­non­cé le mot de « pé­da­go­gie » : « A force, ça peut aus­si vou­loir dire que les gens sont trop cons pour com­prendre. »

Hier ma­tin, le Pre­mier mi­nistre a pour­tant fait un geste, an­non­çant qu’il ac­cep­tait de re­ce­voir des re­pré­sen­tants des Gi­lets jaunes à Ma­ti­gnon, très pro­ba­ble­ment de­main après­mi­di. Tout comme il a confir­mé la mise en place d’un sys­tème pour li­mi­ter l’im­pact de la hausse de la taxe sur le car­bu­rant, sans pour au­tant re­ve­nir à une TIPP flot­tante. « On suit le cap fixé par le pré­sident de la Ré­pu­blique, on met en place la fis­ca­li­té éco­lo­gique, mais on bouge sur l’ac­com­pa­gne­ment so­cial », as­sure son en­tou­rage.

Pas de quoi cal­mer la grogne des ma­ni­fes­tants et même l’in­quié­tude de cer­tains Mar­cheurs qui re­prochent au lo­ca­taire de Ma­ti­gnon de ne pas al­ler as­sez sur le ter­rain. « Il faut qu’il sorte plus, qu’on le voie avec des Gi­lets jaunes. C’est à lui de por­ter la po­li­tique du gou­ver­ne­ment au-de­vant des Fran­çais », in­siste un dé­pu­té LREM. « Ceux qui disent ce­la sont de mau­vaise foi. Il est en dé­pla­ce­ment au moins deux fois par se­maine », s’agace-ton au­tour de lui. Comme si Phi­lippe pei­nait aus­si à convaincre ses propres troupes.

Preuve du pe­tit ma­laise qui s’ins­talle, cette scène sur­ve­nue mar­di ma­tin en réunion de groupe LREM à l’as­sem­blée. Phi­lippe Gran­geon, dé­lé­gué gé­né­ral par in­té­rim, évoque le dé­rou­lé du con­seil na­tio­nal de samedi qui doit dé­si­gner le nou­veau pa­tron du par­ti. « Edouard Phi­lippe pren­dra la pa­role dans la ma­ti­née », in­forme Gran­geon, pro­vo­quant ins­tan­ta­né­ment un lé­ger gron­de­ment dans la salle. « Ah bon ? Mais il n’a tou­jours pas adhé­ré à En Marche ! » re­marquent, caus­tiques, plu­sieurs dé­pu­tés…

IL FAUT QU’IL SORTE PLUS, QU’ON LE VOIE AVEC DES GI­LETS JAUNES

@oli­vier­beau­mont

L’at­ti­tude du Pre­mier mi­nistre ne calme ni la grogne des ma­ni­fes­tants ni l’in­quié­tude de cer­tains Mar­cheurs.

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