« On n’est pas là pour sur­fer sur les co­lères »

Pour Gilles Le Gendre, pa­tron des dé­pu­tés Mar­cheurs à l’as­sem­blée, il faut chan­ger la fa­çon de gou­ver­ner pour ré­pondre aux ma­ni­fes­tants.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JANNICK ALIMI ET OLI­VIER BEAU­MONT

Pen­sez-vous que les dé­cla­ra­tions d’em­ma­nuel Ma­cron soient de na­ture à cal­mer la co­lère des Gi­lets jaunes ? GILLES LE GENDRE. Ces dé­cla­ra­tions vont in­con­tes­ta­ble­ment dans le bon sens. Mais qu’on ne se trompe pas sur l’ana­lyse du mo­ment. C’est un mo­ment cru­cial, non pas pour Em­ma­nuel Ma­cron, sa ma­jo­ri­té ou le ma­cro­nisme. Mais cru­cial pour le pays et pour la dé­mo­cra­tie. Ce qui est en jeu, c’est de dé­mon­trer notre ca­pa­ci­té à gou­ver­ner et à trans­for­mer la France d’une ma­nière ra­di­ca­le­ment dif­fé­rente de celle qui a pré­va­lu pen­dant qua­rante ans, qui fait qu’à chaque fois qu’un gou­ver­ne­ment a bu­té sur une dif­fi­cul- té, il a ca­lé. Le chef de l’etat et le Pre­mier mi­nistre re­con­naissent qu’il fal­lait re­voir la mé­thode. Si les Gi­lets jaunes ont un mé­rite, et ils en ont un, c’est de nous don­ner l’op­por­tu­ni­té non pas de chan­ger de po­li­tique, mais de chan­ger la ma­nière de la faire. Nous avons com­men­cé de trans­for­mer la France pour les Fran­çais ; main­te­nant, nous de­vons trans­for­mer la France avec les Fran­çais.

Comment in­té­grer les Gi­lets jaunes dans cette concer­ta­tion ?

Les Gi­lets jaunes, nous leur ten­dons évi­dem­ment la main. Mais la dif­fi­cul­té est de leur cô­té. A eux de s’or­ga­ni­ser pour que, comme les corps in­ter­mé­diaires ou les as­so­cia­tions, ils puissent par­ti­ci­per à cette concer­ta­tion.

Edouard Phi­lippe a rai­son quand il dit ne vou­loir les re­ce­voir que s’ils trouvent un re­pré­sen­tant ins­ti­tu­tion­nel ?

Par dé­fi­ni­tion, nous ne pou­vons pas re­ce­voir 250 000 per­sonnes à Ma­ti­gnon ! Dès lors que nous al­lons en­trer dans une phase ins­ti­tu­tion­nelle de la concer­ta­tion, nous de­vons le faire dans un cadre. Et puis, les Gi­lets jaunes ne sont pas for­cé­ment un mou­ve­ment qui a vo­ca­tion à per­du­rer. Ad­met­tez-vous que vous n’avez pas vu ve­nir cette crise ?

Mal­gré les baisses d’im­pôts, y com­pris la dis­pa­ri­tion de L’ISF que nous as­su­mons parce qu’elle re­lance l’in­ves­tis­se­ment, et la baisse de co­ti­sa­tions, le ras-le-bol fis­cal ac­cu­mu­lé de­puis des dé­cen­nies a été tel que la co­cotte-mi­nute a fi­ni par ex­plo­ser. Ce n’est pas nous qui l’avons fait ex­plo­ser. Ce­la dit, nous de­vons em­bar­quer les Fran­çais pour qu’ils s’em­parent de notre pro­jet de trans­for­ma­tion — celle en­ta­mée en dé­but de quin­quen­nat, avec des ré­formes lourdes et par­fois dou­lou­reuses —, parce qu’on n’a pas tou­jours don­né le sen­ti­ment qu’on les écou­tait as­sez.

Cette co­lère ne vous pousse pas à mo­di­fier votre po­li­tique ?

Non. L’équi­libre de notre po­li­tique doit res­ter in­chan­gé. Nous ne sommes pas là pour sur­fer sur les co­lères, y cé­der ou y suc­com­ber. Nous sommes là pour ap­por­ter des so­lu­tions. Et elles vont dé­sor­mais se construire de fa­çon beau­coup plus proche des Fran­çais grâce à la grande concer­ta­tion na­tio­nale.

Comment al­lez-vous vous mettre en ordre de marche pour dé­ployer cette concer­ta­tion ?

En pas­sant tou­jours plus de temps dans nos cir­cons­crip­tions. Il y a une forte at­tente des Fran­çais en­vers nous. Tout est en train de se re­mettre en ordre de marche pour que nous re­trou­vions l’élan de la Grande Marche de la cam­pagne pré­si­den­tielle. Un élan que nous de­vons re­prendre parce que les par­le­men­taires avaient pour prio­ri­té les ré­formes, après dix­huit mois de tra­vail lé­gis­la­tif. Et puis, se mettre à gou­ver­ner du jour au len­de­main pour des gens ve­nus de tous ho­ri­zons et sou­vent sans ex­pé­rience po­li­tique, ce­la prend aus­si du temps. Votre mou­ve­ment, En marche !, qui va se dé­si­gner samedi un nou­veau pa­tron, a-t-il be­soin d’être re­pris en main ? Il a sur­tout be­soin de re­trou­ver un nou­vel élan, à l’évi­dence. Le fu­tur dé­lé­gué gé­né­ral au­ra un en­ga­ge­ment ex­clu­sif au ser­vice du mou­ve­ment. Il va lui per­mettre de re­prendre un se­cond souffle au mo­ment où, pré­ci­sé­ment, on va avoir bien be­soin de lui pour ar­ti­cu­ler la grande concer­ta­tion na­tio­nale. Quelque part, tout ce­la tombe au bon mo­ment.

As­sem­blée na­tio­nale (Pa­ris VIIE), hier. Gilles Le Gendre dit vou­loir dé­sor­mais « trans­for­mer la France avec les Fran­çais ».

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