Pas de coup de pouce au smic

L’aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum pé­na­li­se­rait la com­pé­ti­ti­vi­té de la France et dé­trui­rait des em­plois, re­doute le gou­ver­ne­ment.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - PAR MAT­THIEU PELLOLI

BOOS­TER les bas sa­laires ! C’est l’une des re­ven­di­ca­tions des Gi­lets jaunes qui ma­ni­festent de­puis le 17 no­vembre pour da­van­tage de pou­voir d’achat. Mais elle a clai­re­ment été écar­tée hier par le Pre­mier mi­nistre. « Notre po­li­tique, c’est pas de faire du coup de pouce au smic, notre po­li­tique c’est de faire en sorte que le tra­vail paye », a tran­ché Edouard Phi­lippe sur RMCBFMTV.

Il n’y au­ra donc, au 1er jan­vier 2019, que la « re­va­lo­ri­sa­tion lé­gale » du sa­laire mi­ni­mum. En at­ten­dant, le smic reste à 9,88 € brut de l’heure, soit 1 498,50 € brut men­suels, pour un temps plein. « On ne peut pas vivre avec ça », es­time Phi­lippe Mar­ti­nez, le lea­der de la CGT, alors qu’en France, en­vi­ron 10 % des sa­la­riés du pri­vé gagnent le smic.

Le dé­bat sur l’im­pact d’une hausse du smic a tou­jours été vif par­mi les éco­no­mistes. La me­sure di­vise : pé­na­li­sante pour les en­tre­prises et la com­pé­ti­ti­vi­té du pays, s’in­quiètent les uns ; ex­cel­lente pour sou­te­nir la consom­ma­tion, es­timent les autres. L’etat, lui, n’a plus ac­cor­dé de re­va­lo­ri­sa­tion ex­cep­tion­nelle du sa­laire mi­ni­mum de­puis l’été 2012, au len­de­main de l’élec­tion de Fran­çois Hol­lande. A ce mo­ment-là, l’ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE) avait jus­te­ment ten­té d’en chif­frer les ef­fets.

« 1 % de hausse du smic, c’est une aug­men­ta­tion de 0,1 % de tous les sa­laires », sou­ligne Ma­thieu Plane, di­rec­teur ad­joint de L’OFCE, qui es­time que l’ar­gent est en­suite « mas­si­ve­ment ré­in­jec­té dans l’éco­no­mie ». Mais la me­sure, en ef­fet, a un im­pact sur la com­pé­ti­ti­vi­té dans un monde ou­vert. D’au­tant plus, re­lève-ton au Me­def, « que le smic fran­çais est dé­jà su­pé­rieur au sa­laire mi­ni­mum de la plu­part des pays ». « Une hausse de 1 % du sa­laire mi­ni­mum dé­truit 2 300 em­plois », se­lon l’étude de L’OFCE. « C’est beau­coup, mais très loin des 25 000 des­truc­tions mises en avant par d’autres études », ob­serve Ma­thieu Plane. Le coût, lui non plus, n’est pas neutre : 0,02 point de PIB. Soit en­vi­ron 500 M€ pour les caisses de l’etat. Une chose est cer­taine, une hausse du smic fait da­van­tage souf­frir les TPE-PME que les grands groupes, puis­qu’un quart en­vi­ron de leurs sa­la­riés touchent le smic contre 4,5 % dans les grands groupes.

LES AR­TI­SANS NE SE­RAIENT PAS CONTRE

Alain Gri­set, pré­sident de L’U2P qui dé­fend les intérêts des ar­ti­sans et des com­mer­çants, n’y est ce­pen­dant pas op­po­sé : « Beau­coup de nos sa­la­riés sont des Gi­lets jaunes, ils ont be­soin de plus de pou­voir d’achat. Je ne se­rais pas contre une hausse, à condi­tion que le coût soit neutre pour les en­tre­prises. Il fau­drait donc l’ac­com­pa­gner d’une baisse des co­ti­sa­tions so­ciales pa­ral­lè­le­ment. » Bref, la note s’alour­di­rait en­core pour les caisses pu­bliques. De quoi faire s’étran­gler Edouard Phi­lippe, qui a dé­jà dit non.

@Mat­thieupel­lo­li

La der­nière re­va­lo­ri­sa­tion ex­cep­tion­nelle du sa­laire mi­ni­mum re­monte à l’été 2012.

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