« Un com­bat per­ma­nent »

So­phie a tou­ché pen­dant vingt ans le RMI puis le RSA

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE -

DE CES VINGT ANS au re­ve­nu mi­ni­mum, So­phie* a gar­dé de nom­breux sou­ve­nirs qui re­montent ré­gu­liè­re­ment à la sur­face. L’an­goisse qui monte avant d’ou­vrir les fac­tures. Les bons pour re­ti­rer des co­lis au­près des as­so­cia­tions. Les dé­marches à n’en plus fi­nir, chaque mois, au­près de la CAF, la mai­rie, le dé­par­te­ment. « Ce RMI, c’était une fa­çon de sur­vivre, un com­bat per­ma­nent pour s’en sor­tir », ra­conte So­phie, 57 ans, qui tra­vaille dé­sor­mais comme agente d’en­tre­tien dans les col­lèges de l’eure. C’est au dé­but des an­nées 1990 que cette mère de trois en­fants, faute d’em­ploi stable, a com­men­cé à tou­cher la fa­meuse al­lo­ca­tion créée par Mi­chel Rocard.

« Pour se lo­ger et se nour­rir, nous pou­vions aus­si faire ap­pel aux Res­tos du coeur, au Se­cours po­pu­laire. Si­non, je ne sais pas ce qui au­rait pu se pas­ser. J’au­rais fi­ni par vo­ler, sans doute… souffle-t-elle. Nous avons (NDLR : avec son ma­ri) sans cesse été dans une re­cherche ac­tive d’em­ploi, à ta­per à toutes les portes », sou­tient So­phie, qui a été ven­deuse, ser­veuse, aide à do­mi­cile… Le couple en­chaîne pé­riodes de grande pré­ca­ri­té et em­plois à la pe­tite se­maine.

Ce n’est qu’en 2011, alors que So­phie se rend par ha­sard à un cours de danse, qu’on lui parle d’un job dans un éta­blis­se­ment sco­laire près de chez elle. « Au­jourd’hui, je me lève à

“[SANS

LES AIDES], JE NE SAIS PAS CE QUI AU­RAIT PU SE PAS­SER. J’AU­RAIS FI­NI PAR VO­LER, SANS DOUTE

5 heures tous les ma­tins, mais dès que je sors ma carte ban­caire, je res­sens un sen­ti­ment de fier­té », lâche So­phie, qui est aus­si contente de « ren­con­trer des gens au quo­ti­dien », de sor­tir, bref, d’avoir la vie so­ciale que pro­cure le tra­vail. « Au ni­veau fi­nan­cier, quand je fais mes cal­culs, rien de neuf sous le so­leil. Il me reste 200 € pour vivre tous les mois », note-t-elle néan­moins. Presque la même somme que lors­qu’elle était al­lo­ca­taire des mi­ni­ma so­ciaux et bé­né­fi­ciait de nom­breuses aides.

B.L.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.