Le pro­jet se­cret de l’ely­sée pour la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS ET ÉRIC PEL­LE­TIER

Le mi­nis­tère de l’in­té­rieur veut re­voir les mis­sions de la PP, sou­vent com­pa­rée à un « Etat dans l’etat ».

UNE CI­TA­DELLE ASSIÉGÉE ? A l’ely­sée, on est bien dé­ci­dé à re­voir à la baisse les com­pé­tences de la puis­sante pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris (PP), sou­vent com­pa­rée à un « Etat dans l’etat ». Se­lon nos in­for­ma­tions, le se­cré­taire d’etat au­près du mi­nistre de l’in­té­rieur, Laurent Nuñez, a re­çu pour consigne de re­dé­fi­nir les mis­sions de la PP. Im­mi­gra­tion ir­ré­gu­lière, po­lice ju­di­ciaire, ren­sei­gne­ment, in­ter­ven­tion dans la lutte an­ti­ter­ro­riste : au­tant de chan­tiers dé­sor­mais ou­verts à la ré­flexion.

La pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris (dont le sta­tut par­ti­cu­lier des­ti­né à « réunir entre les mains d’un seul homme tous les pou­voirs de po­lice de la ca­pi­tale » re­monte à 1800) oc­cupe une place à part dans le pay­sage ad­mi­nis­tra­tif fran­çais. Der­rière ses hauts murs de l’île de la Ci­té, elle porte le poids de l’his­toire. Elle fut la pre­mière force de po­lice mu­ni­ci­pale fran­çaise et se sou­le­va pour la li­bé­ra­tion de Pa­ris d’août 1944. Forte au­jourd’hui de 42 000 fonc­tion­naires, elle jouit d’une au­to­no­mie opé­ra­tion­nelle face à la Di­rec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale, avec « sa » po­lice ju­di­ciaire (dont la pres­ti­gieuse bri­gade cri­mi­nelle) ou en­core « son » ser­vice de ren­sei­gne­ment. Se­lon l’adage po­pu­laire, le pré­fet de po­lice, poste ac­tuel­le­ment oc­cu­pé par Mi­chel Del­puech, est « l’homme le mieux in­for­mé de France ». Il conserve en outre des com­pé­tences mu­ni­ci­pales en ma­tière de cir­cu­la­tion, no­tam­ment. Dans la pra­tique, il existe donc deux po­lices, l’une na­tio­nale, l’autre pa­ri­sienne.

La ré­flexion pour rap­pro­cher la si­tua­tion de la ca­pi­tale en ma­tière de sé­cu­ri­té avec celle des autres mé­tro­poles fran­çaises n’est pas nou­velle. En fé­vrier 2017, le sé­na­teur Phi­lippe Dominati (LR) s’y mon­trait fa­vo­rable, si­gnant un rap­port d’in­for­ma­tion au vi­triol sur la PP. L’élu poin­tait la com­plexi­té de son or­ga­ni­sa­tion et l’en­che­vê­tre­ment de ses com­pé­tences, ain­si que la contes­ta­tion crois­sante sur le plan po­li­tique. L’idée d’une ré­forme trouve un écho par­ti­cu­lier de­puis l’élec­tion d’em­ma­nuel Ma­cron, lui qui en­tend ré­no­ver l’an­cien monde.

FRA­GI­LI­SÉE PAR L’AF­FAIRE BE­NAL­LA

« Il existe une con­jonc­tion fa­vo­rable », confie un bon connais­seur du pro­jet. La PP ap­pa­raît af­fai­blie de­puis l’af­faire Be­nal­la. Trois hauts gra­dés ont été mis en exa­men cet été. Et ré­cem­ment, l’ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale a pré­co­ni­sé un aver­tis­se­ment à Alain Gi­be­lin, di­rec­teur de l’ordre pu­blic à la PP, pro­fes­sion­nel re­con­nu, non pour­sui­vi dans le vo­let pé­nal de l’af­faire mais au­quel il est re­pro­ché l’im­pré­ci­sion d’une note de ser­vice sur la du­rée de conser­va­tion des images de vi­déo­sur­veillance.

Les cadres char­gés de me­ner à bien la mis­sion ély­séenne n’ont pas été choi­sis au ha­sard. No­tam­ment Laurent Nuñez, vu comme un homme sus­cep­tible de mettre en place une évo­lu­tion consen­suelle. Il connaît toutes les ar­canes de la pré­fec­ture de po­lice pour y avoir oc­cu­pé le poste de di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet, avant de par­tir gé­rer la sé­cu­ri­té à Mar­seille.

Or, le mo­dèle mar­seillais est sou­vent ci­té comme exemple. Si le pré­fet de po­lice des Bou­ches­du-rhône co­or­donne l’ac­tion des ser­vices opé­ra­tion­nels, ces der­niers de­meurent rat­ta­chés à leurs di­rec­tions cen­trales. Ha­sard ? Il y a quelques se­maines, la Cour des comptes se dé­pla­çait en pro­vince pour ana­ly­ser les ver­tus com­pa­rées des dif­fé­rentes po­lices d’ag­glo­mé­ra­tion.

CER­TAINS PLAIDENT L’EX­CEP­TION PA­RI­SIENNE

Le 18 oc­tobre, Eric Mor­van, le di­rec­teur de la po­lice na­tio­nale, s’ex­pri­mant de­vant de hauts cadres po­li­ciers, a lui aus­si évo­qué la si­tua­tion des Bouches-dur­hône : « Je pré­fère pour la ré­forme ter­ri­to­riale de la po­lice à la­quelle je ré­flé­chis me ré­fé­rer au mo­dèle mar­seillais plu­tôt qu’au mo­dèle pa­ri­sien », qui dé­ve­lop­pe­rait une « pro­pen­sion à consti­tuer vis-à-vis du reste de la po­lice na­tio­nale une sorte d’iso­lat pé­na­li­sant ». Pour au­tant, Eric Mor­van pre­nait soin d’ajou­ter qu’il ne fal­lait nul­le­ment af­fai­blir la PP, dont il sou­haite pré­ser­ver la spé­ci­fi­ci­té.

Les te­nants du sta­tu quo font, eux, va­loir que la si­tua­tion par­ti­cu­lière de la ca­pi­tale, siège des ins­ti­tu­tions de la Ré­pu­blique et des re­pré­sen­ta­tions di­plo­ma­tiques, lieu d’in­nom­brables ma­ni­fes­ta­tions, jus­ti­fie plei­ne­ment l’ex­cep­tion pa­ri­sienne. Sol­li­ci­tés, les res­pon­sables de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris se sont re­fu­sés à tout com­men­taire.

1800 An­née de créa­tion de la PP.

42 000. Nombre de fonc­tion­naires, dont le pa­tron ac­tuel est Mi­chel Del­puech.

655 M€ Le bud­get an­nuel ali­men­té par l’etat et la Ville de Pa­ris.

10. Nombre de di­rec­tions et de ser­vices, dont la Di­rec­tion ré­gio­nale de la po­lice ju­di­ciaire (bri­gade cri­mi­nelle, fi­nan­cière, des stups…), celles du ren­sei­gne­ment (lutte contre le ter­ro­risme, les vio­lences ur­baines, le hoo­li­ga­nisme…), de la sé­cu­ri­té de proxi­mi­té de l’ag­glo­mé­ra­tion pa­ri­sienne (lutte contre la dé­lin­quance quo­ti­dienne, l’im­mi­gra­tion ir­ré­gu­lière…), de l’ordre pu­blic et de la cir­cu­la­tion (en­ca­dre­ment des ma­ni­fes­ta­tions, cir­cu­la­tion…) et la bri­gade des sa­peurs­pom­piers de Pa­ris.

IIII

Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, le mi­nistre de l’in­té­rieur (à gauche), pour­ra comp­ter sur son se­cré­taire d’etat, Laurent Nuñez (à droite), pour me­ner la ré­or­ga­ni­sa­tion de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris.

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