«Je suis al­lé sur la tombe de John­ny»

Paul Mc­cart­ney nous a ac­cor­dé une in­ter­view ex­cep­tion­nelle à l’oc­ca­sion de son concert à Pa­ris mer­cre­di soir.

Aujourd'hui en France - - JEUX - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR EM­MA­NUEL MAROLLE

Paul Mc­cart­ney a 76 ans. Mais sur scène, il en a à peine 20. Comme mer­cre­di soir dans la géante Pa­ris La Dé­fense Are­na, où il a fait vi­brer près de 40 000 per­sonnes au son prin­ci­pa­le­ment des clas­siques des Beatles. Près de trois heures d’un show gé­né­reux où le ro­ckeur bri­tan­nique est ca­pable de dé­bar­quer tran­quille­ment sur scène et de ba­lan­cer « A Hard Day’s Night » ou d’en­chaî­ner « From Me to You », « Mi­chelle », « Black­bird » puis « Let it Be », « Live and Let Die » et « Hey Jude », re­pris par toute salle. Im­pres­sion­nant, comme lors­qu’il vous passe un coup de fil de sa voi­ture alors qu’il roule dans Pa­ris en di­rec­tion de la salle. Confi­dences rares d’un ar­tiste in­usable.

Vous jouez près de trois heures sur scène chaque soir. Quel est votre se­cret ? PAUL MC­CART­NEY. Le sexe et la drogue (Il éclate de rire.) Plus sé­rieu­se­ment, c’est tou­jours quelque chose qui me plaît. Vrai­ment. J’ai tou­jours des fris­sons en jouant de la gui­tare, de la basse, du pia­no. C’est tou­jours un pri­vi­lège d’être au­to­ri­sé à faire ça.

Com­ment pre­nez-vous soin de votre voix ? J’al­terne un concert, une jour­née de re­pos. Si j’en­chaîne deux concerts, je m’ar­rête deux jours. Ça per­met de re­po­ser mes cordes vo­cales. Et puis, pour moi, la voix, c’est aus­si très psychologique. Je me dis tou­jours que ça va al­ler, et ça se passe bien. Vous avez des ri­tuels avant les concerts ?

Au-de­là des ré­pé­ti­tions, je passe du temps avec un tra­duc­teur pour pou­voir dire quelques mots sur scène dans la langue du pays où je joue.

Quels sou­ve­nirs gar­dez­vous de vos pre­miers concerts à Pa­ris avec les Beatles à l’olym­pia en 1964, par­ta­geant l’af­fiche avec Syl­vie Var­tan et Tri­ni Lo­pez ?

De quelque chose de très dif­fé­rent des autres pays. La France a tou­jours été spé­ciale pour nous, dès la pre­mière fois que nous étions ve­nus, ado­les­cents, avec John [Len­non] en au­tos­top. En­suite avec les Beatles, à l’olym­pia, on avait été sur­pris de jouer de­vant une ma­jo­ri­té de gar­çons, alors qu’ailleurs c’était sur­tout un pu­blic de filles qui criaient beau­coup. Dans la salle, c’était un peu l’émeute, les mecs ont re­tour­né l’olym­pia. Les gen­darmes se sont mis à les frap­per et nous, sur scène, on leur di­sait : « Ar­rê­tez, ça va, c’est le rock’n’roll ! » On était lo­gés à l’hô­tel George V, on se ba­la­dait sur les Champse­ly­sées. Et Syl­vie Var­tan était su­per sym­pa. On est res­tés amis après.

Son ex-ma­ri John­ny Hal­ly­day est mort il y a presque un an, vous étiez éga­le­ment res­tés en contact avec lui…

Oui. On s’est par­lé quelques fois. No­tam­ment il y a quelques an­nées quand il avait été très ma­lade une pre­mière fois

(NDLR : en 2009). Je l’avais ap­pe­lé et je crois qu’il avait ap­pré­cié. Deux de mes mu­si­ciens ont joué sou­vent avec lui et ils avaient de vrais liens avec John­ny. Ils étaient très tristes quand il est mort. Alors nous sommes al­lés au ci­me­tière où il est en­ter­ré, à Saint-bar­thé­le­my. Sa tombe était très belle, avec une gui­tare en fleurs et plein de mes­sages des fans. C’était très tou­chant. John­ny était un chouette type.

Vous avez aus­si tra­vaillé avec Char­lotte Gains­bourg. Vous la connais­siez ?

Non. J’avais croi­sé quelques fois sa mère, Jane Bir­kin. Mais c’est Char­lotte qui m’a lais­sé un mes­sage en me di­sant qu’elle pré­pa­rait un al­bum. J’avais une chan­son, je la lui ai en­voyée. Ça lui a plu. Elle ne l’a pas en­re­gis­trée tout de suite car elle tour­nait des films à ce mo­ment-là. Mais, un peu plus tard, je l’ai re­trou­vée en stu­dio, j’ai en­re­gis­tré des par­ties de gui­tare et de pia­no sur la chan­son. C’était ex­trê­me­ment agréable. En écou­tant votre der­nier al­bum, « Egypt Sta­tion », on a du mal à croire que vous avez 76 ans.

Moi aus­si. Je pense que c’est une er­reur, que ma date de nais­sance a été fal­si­fiée (il rit).

J’ai une vie équi­li­brée en fait. Quand je suis en tour­née comme en ce mo­ment, les condi­tions sont très confor­tables pour moi, que ce soient les voyages, les hô­tels, les belles chambres. C’est comme des grandes va­cances pen­dant les­quelles je dois bos­ser un peu. Mais je me sens comme un tou­riste, fi­na­le­ment. Et quand je rentre à la mai­son — j’ha­bite une ferme dans la cam­pagne an­glaise —, je vais me ba­la­der tout seul à che­val pen­dant des heures… après avoir joué de­vant 40 000 per­sonnes

QUAND JE RENTRE DANS MA CAM­PAGNE AN­GLAISE, JE VAIS ME BA­LA­DER TOUT SEUL À CHE­VAL PEN­DANT DES HEURES… J’AI BE­SOIN DE CET ÉQUI­LIBRE.

comme ici à Pa­ris. J’ai be­soin de cet équi­libre-là. De­main par exemple (NDLR : hier), je vais à Londres avec ma femme me pro­me­ner.

C’est pos­sible, de vous pro­me­ner dans la rue là-bas ?

Oui. Les gens m’in­ter­pellent par­fois, d’au­tant plus que main­te­nant tout le monde a des ap­pa­reils pho­to. Dans ce cas, je dis gen­ti­ment : Dé­so­lé, je suis dans un mo­ment pri­vé, là. Si je com­mence à ac­cep­ter une pho­to, je re­de­viens une cé­lé­bri­té et je n’en ai pas en­vie à cet ins­tant. La plu­part des gens com­prennent. Et sou­vent c’est mieux car, comme ça, on parle. On échange da­van­tage.

Avez-vous com­pris le Brexit ?

Oh, vous sa­vez, c’est dingue. Je crois que l’on en a beau­coup trop par­lé. Et que c’était dif­fi­cile de faire le tri au mo­ment du vote. Juste avant le Brexit, on voyait aus­si beau­coup d’images de mi­grants ar­ri­vant dans plu­sieurs pays eu­ro­péens. Je pense que beau­coup d’an­glais se sont dit : « At­ten­dez, on ne veut pas de ça. Pour­quoi on ne re­vien­drait pas à la bonne vieille An­gle­terre ? » Mais la réa­li­té est évi­dem­ment beau­coup plus com­pli­quée. Pré­pa­rez-vous dé­jà un nou­veau disque ? J’écris des chan­sons pen­dant ma tour­née. Je fais en sorte d’avoir des chambres d’hô­tel avec un pia­no pour pou­voir tra­vailler. J’en­re­gistre ce que je com­pose sur mon té­lé­phone et après je fais des pre­mières ver­sions dans mon stu­dio à la mai­son. J’adore ça aus­si, écrire, com­po­ser, en­re­gis­trer. J’ar­rê­te­rai quand je n’ap­pré­cie­rai plus tout ça, comme un joueur de foot­ball qui se di­rait : « Je ne joue plus as­sez bien. » Ou quand j’ar­ri­ve­rai dans une salle de concert en sou­pi­rant : « Je n’ai pas en­vie de chan­ter ça ou ça. » Mais pour l’ins­tant, ce n’est pas le cas, je m’éclate.

Pa­ris La Dé­fense Are­na, Nan­terre (Hauts-de-seine), mer­cre­di. In­fa­ti­gable, l’ex-beatles a en­chaî­né les tubes du Fab Four du­rant près de trois heures, comme « A Hard Day’s Night » et « Hey Jude ».

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