Un der­nier ca­fé pour Cey­lac

Aujourd'hui en France - - LOISIRS - PAR FRAN­ÇOIS ROUSSEAUX

Au prin­temps, la Deux dé­ci­dait d’ar­rê­ter l’émis­sion « Thé ou ca­fé », après vingt-deux ans d’exis­tence. Nous avons as­sis­té à l’en­re­gis­tre­ment de la der­nière.

« ELLE DOIT CONNAÎTRE au­tant de monde que Dru­cker ! » Dans la ré­gie de France 2, ce 13 no­vembre, flotte un par­fum d’adieu. Les tech­ni­ciens aux com­mandes de la der­nière de « Thé ou ca­fé » font le bi­lan, le coeur ser­ré. Peu avant la prise d’an­tenne, Ca­the­rine Cey­lac chan­tonne, sou­riante dans sa robe noire.

La jour­na­liste de 64 ans vou­lait un clap de fin à l’image des 1 751 pré­cé­dentes émis­sions dif­fu­sées de­puis 1996 : in­ti­miste. Et a donc convié ses plus fi­dèles. Arielle Dom­basle, Louis Che­did, Phi­lippe Ge­luck, Amé­lie No­thomb, Laurent Gerra, Chan­tal La­de­sou et Thier­ry Marx… Der­niers d’une longue liste de 1 250 in­vi­tés de­puis le lan­ce­ment du pro­gramme.

« Il est rare de per­du­rer au­tant de temps, et nous vous le de­vons », amorce l’ani­ma­trice. Avant de dé­rou­ler l’al­bum pho­tos de vingt-deux ans au cours des­quels elle a re­çu les plus grandes stars, de Dus­tin Hoff­man à Mo­ni­ca Bel­luc­ci, de l’ab­bé Pierre à Ra­nia de Jor­da­nie. Et his­sé France 2 en tête des au­diences. On avait ou­blié la force des confi­dences li­vrées. Jeanne Mo­reau évo­quant son viol. Fran­çois Clu­zet et son im­pos­sible par­don après le meurtre de son ex-com­pagne, Ma­rie Trin­ti­gnant. Ou Charles Az­na­vour : « Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de ne plus vivre. » Leur tasse à la main, ils se confiaient à l’in­ter­vie­weuse, douée pour ar­ra­cher les se­crets les plus en­fouis. Les sé­quences cultes s’en­chaînent : Ni­co­las Sar­ko­zy chan­tant au ka­rao­ké, Fran­çois Hol­lande dé­bou­lant à scoo­ter, Fré­dé­ric Mit­ter­rand confiant avoir tes­té le Via­gra avec pour seul ré­sul­tat « une mi­graine ».

AR­RÊT FOR­CÉ

En pla­teau, les ar­tistes lui tressent des louanges. « C’est une émis­sion libre, hors des sen­tiers bat­tus, psychologique et dé­rou­tante », en­cense Arielle Dom­basle. « Ici, les ré­ponses sont aus­si im­por­tantes que les ques­tions, c’est rare », la com­pli­mente Louis Che­did. Pour la pre­mière fois, les rôles s’in­versent, et voi­là Ca­the­rine Cey­lac sur le gril. Sa propre vie s’est nour­rie de toutes ces confi­dences. Lu­mi­neuse, elle leur confie : « J’au­rais vou­lu être ar­tiste. Ici, je res­sens leur émo­tion et leurs ap­pré­hen­sions. »

Cette der­nière s’achève sur un live de Louis Che­did. Cey­lac en­chaîne, un tan­ti­net amère : « Thé ou ca­fé dis­pa­raît des écrans, croyez bien que ce n’est pas mon choix. Nous avons tis­sé des liens in­dé­fec­tibles. Que la culture conti­nue à avoir sa place sur le ser­vice pu­blic. Je vous aime. » Son équipe en­va­hit le pla­teau. Gé­né­rique de fin. Pre­miers bou­chons de cham­pagne et yeux rou­gis. Claude Sé­rillon, son com­pa­gnon, est là. Son ami Gé­rard Holtz aus­si, en larmes : « C’est du gâ­chis. C’était un lieu de belle pa­role, à l’in­verse de la té­lé po­lé­mique. » La di­rec­tion de France 2 est dis­crè­te­ment pré­sente. « L’émis­sion, em­blé­ma­tique, res­te­ra dans l’his­toire de la chaîne. On lui dit mer­ci », sou­ligne An­toine Boilley, di­rec­teur dé­lé­gué de la chaîne. Pour­quoi alors l’ar­rê­ter ? « Pour des res­tric­tions bud­gé­taires qui nous obligent à faire des choix dé­li­cats. » Ca­the­rine Cey­lac pour­rait pour­suivre son aven­ture ailleurs. A par­tir du 8 dé­cembre, « Thé ou ca­fé » se­ra rem­pla­cé par des re­dif­fu­sions d’« Af­faire conclue », de So­phie Da­vant. Dom­mage, on au­rait bien re­pris un ca­fé.

A l’heure de dire au re­voir, Ca­the­rine Cey­lac(en robe noire à droite), 64 ans, s’est en­tou­rée de ses plus fi­dèles in­vi­tés : Amé­lie No­thomb, Phi­lippe Ge­luck, Louis Che­did, Arielle Dom­basle(de g. à dr.)…

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