La pre­mière sé­rie fran­çaise d’ama­zon tire la langue

Avec « Deutsch-les-landes », la plate-forme Ama­zon Prime Vi­deo lance une co­mé­die fran­co-al­le­mande trop tiède et mal dou­blée.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS - PAR STÉ­PHA­NIE GUERRIN

Un titre peu ac­cro­cheur et une cam­pagne d’af­fi­chage pu­bli­ci­taire par­ti­cu­liè­re­ment laide : avant même son lan­ce­ment, « Deutsch-les-landes » ne se pré­sen­tait pas sous les meilleurs aus­pices. Cette pre­mière sé­rie fran­çaise, ou plu­tôt fran­co-al­le­mande puis­qu’elle a été pro­duite avec nos voi­sins d’outre-rhin, mise en ligne au­jourd’hui sur Ama­zon Prime Vi­deo*, peine mal­heu­reu­se­ment à re­le­ver la tête au fil de ses épi­sodes, sans pour au­tant être un com­plet nau­frage.

« Deutsch-les-landes » c’est l’his­toire de Jis­ca­losse, vil­lage des Landes où vient s’ins­tal­ler une com­pa­gnie al­le­mande avec ses 200 em­ployés di­rec­te­ment ve­nus de Mü­nich. Choc des cultures ga­ran­ti.

AU­CUNE AU­DACE DANS LA RÉA­LI­SA­TION

Si elle se ré­vèle dif­fi­cile à l’écran, la col­la­bo­ra­tion fran­coal­le­mande est au coeur de la ge­nèse de la sé­rie. Le scé­na­rio a été écrit par des au­teurs des deux pays (no­tam­ment Alexandre Char­lot et Franck Ma­gnier, co­au­teurs de « Bien­ve­nue chez les Ch’tis »), les cinq pre­miers épi­sodes (de 26 mi­nutes cha­cun) ont été réa­li­sés par le Fran­çais De­nis Der­court, les cinq sui­vant par l’al­le­mande An­nette Ernst, et, aux cô­tés de Ma­rie-anne Cha­zel (qui joue la maire de Jis­ca­losse) et Syl­vie Tes­tud (pro­fes­seur d’al­le­mand du vil­lage), on dé­couvre des ac­teurs al­le­mands fort sym­pa­thiques.

Quand nous nous sommes ren­dus sur le tour­nage en Gi­ronde, en juin, l’es­prit de troupe entre les co­mé­diens nous avait d’ailleurs mar­qués. Ils ont ma­ni­fes­te­ment pris beau­coup de plai­sir dans cette en­tre­prise. Se­bas­tian Sch­warz, l’in­ter­prète de Kars­ten, un em­ployé al­le­mand très hos­tile à l’ins­tal­la­tion en France, nous confiait même qu’il s’ima­gi­nait bien s’ins­tal­ler pour de bon dans notre pays.

Dans la sé­rie, l’in­ter­pré­ta­tion ne pèche pas — la jeune Fran­co-au­tri­chienne Roxane Du­ran est par­ti­cu­liè­re­ment re­mar­quable —, mais on re­grette d’em­blée le choix du dou­blage de tous les dia­logues al­le­mands. Au­cune ver­sion sous­ti­trée n’est pro­po­sée à l’abon­né, et tous les per­son­nages al­le­mands sont dou­blés en fran­çais sans une once d’ac­cent étran­ger. Ce qui rend com­plè­te­ment ban­cales les scènes de qui­pro­quo ou d’in­com­pré­hen­sion dues à la langue.

Au-de­là de cette grosse fai­blesse, l’in­trigue est éga­le­ment trop pré­vi­sible. Les per­son­nages sont sym­pa­thiques mais at­ten­dus, tout comme les re­bon­dis­se­ments. On sou­rit de temps en temps, mais rien ne pro­voque de francs éclats de rire. Dom­mage pour une co­mé­die. Les plates-formes comme Ama­zon Prime Vi­deo ou Net­flix jouissent en gé­né­ral d’une grande li­ber­té au ni­veau créa­tif et peuvent se per­mettre une bonne dose d’au­dace. In­exis­tante ici. On reste dans une sé­rie lé­gère et confor­table qui certes n’est pas désa­gréable, mais on en at­ten­dait tel­le­ment plus.

Dans cette sé­rie co­écrite et co­réa­li­sée par des Fran­çais et des Al­le­mands, Ma­rie-anne Cha­zel (à droite) donne la ré­plique à la Fran­co-au­tri­chienne Roxane Du­ran (de dos), au jeu re­mar­quable.

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