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Aujourd'hui en France - - LA UNE - ZINE, UN VOI­SIN

Des gra­vats par­tout

Là, c’est un spec­tacle de dé­so­la­tion qui l’at­tend. « Par­tout, il y avait des gra­vats. A part celles de mon ap­par­te­ment, qui ont mi­ra­cu­leu­se­ment te­nu, j’ai l’im­pres­sion que toutes les vitres des im­meubles alen­tour ont dé­grin­go­lé. Même celles de cette bou­tique bio si­tuée à plu­sieurs cen­taines de mètres ont vo­lé en éclats. Cer­taines se sont dé­cro­chées presque in­tactes avant de tom­ber des étages. » Dans l’af­fo­le­ment, il croise sa concierge, qui se trou­vait dans la cour. « Elle a réus­si à se pro­té­ger en met­tant ses mains sur sa tête, et ne sem­blait avoir que des bles­sures su­per­fi­cielles, les mains en­taillées. J’ai même vu des mor­ceaux de cor­niche qui jon­chaient le sol. » Dé­jà, pom­piers et po­li­ciers sont là, qui avaient été ap­pe­lés pour la fuite de gaz, avant même que la bou­lan­ge­rie où s’est pro­duit le drame ne parte en fu­mée. « J’ai croi­sé un pom­pier, il était blême, ra­conte un autre voi­sin. Très ra­pi­de­ment, le dis­po­si­tif est mon­té en puis­sance. On les voyait sor­tir des gens sur des ci­vières, sans qu’on sache s’ils étaient morts ou vi­vants… » Zine, lui, re­monte ra­pi­de­ment chez lui. « J’ai pris un man­teau, une écharpe et mon té­lé­phone. C’est tout ce que j’ai sur moi, ex­plique-t-il, le re­gard ri­vé sur les vé­hi­cules de sa­peurs-pom­piers, tou­jours à l’oeuvre. En pas­sant, j’ai vu que les flammes at­tei­gnaient dé­jà le troi­sième étage de l’im­meuble de la rue de Tré­vise. » Il constate éga­le­ment que, de cette bou­lan­ge­rie où il avait ses ha­bi­tudes, il ne reste rien. « Je connais le pa­tron, comme j’y vais sou­vent. Je ne com­prends pas ce qui a pu se pas­ser. C’est un com­merce qui mar­chait très bien. La bou­tique avait été in­té­gra­le­ment re­faite et ré­no­vée il y a deux ou trois mois. » Dans la fou­lée, Zine s’est rap­pro­ché de la mai­rie du IXE, si­tuée à quelques cen­taines de mètres. « Ils ont été su­per, nous ont bien ac­cueillis, ont re­cen­sé nos be­soins et nous ont pro­po­sé un sou­tien mé­di­cal ou psy­cho­lo­gique. » En cette fin de ma­ti­née, lui ne pen­sait pas en avoir be­soin. « Mais je ne sais pas com­ment ça va se pas­ser après. Fran­che­ment, dor­mir chez moi ce soir, je ne suis pas sûr d’en être ca­pable. Même si je fais confiance aux pom­piers pour sé­cu­ri­ser le sec­teur, psy­cho­lo­gi­que­ment, je ne me sen­ti­rais pas en sé­cu­ri­té. » UN GROS BANDAGE au­tour du crâne, une de­mi-dou­zaine de points de su­ture et l’oeil gauche tu­mé­fié, Laz­lo Ni­kic­ser donne le change en sou­riant. Ce tou­riste hon­grois pre­nait son pe­tit dé­jeu­ner au rez-de-chaus­sée vi­tré de l’hô­tel voi­sin de la bou­lan­ge­rie Hu­bert, lorsque l’ex­plo­sion a souf­flé la vi­trine. « J’au­rais pu être beau­coup plus gra­ve­ment bles­sé, tem­po­rise-til. Mais quelle peur ! » Trans­por­té à l’hô­pi­tal Bi­chat, soi­gné dans la ma­ti­née et re­ve­nu « en mé­tro, car il n’y avait pas de taxi à cause des Gi­lets jaunes », il a trou­vé re­fuge avec sa femme à la mai­rie du IXE. Dans la salle du conseil trans­for­mée en gi­gan­tesque ré­fec­toire et salle de re­pos, dans le hall d’ac­cueil, dans la salle Ros­si­ni et jusque dans l’es­pace pous­sin ha­bi­tuel­le­ment dé­dié aux as­sis­tantes ma­ter­nelles, la mai­rie est très tôt de­ve­nue le coeur de « l’après ». Plus de 150 per­sonnes, sur les quelque 600 éva­cuées d’une ving­taine d’im­meubles di­rec­te­ment concer­nés par l’ex­plo­sion, ont pu venir se faire re­cen­ser et se re­po­ser quelques heures à la cel­lule de crise. « J’ai vu le dé­sastre dans la rue de Tré­vise, confirme la maire du IXE, Del­phine Bürk­li (LR). J’ai fait re­ve­nir tout le monde pos­sible. Nous trou­ve­rons des solutions d’hé­ber­ge­ment pour tous, et la cel­lule de crise res­te­ra ou­verte le temps qu’il fau­dra. Il est évident que tous les ha­bi­tants éva­cués ne pour­ront pas ren­trer im­mé­dia­te­ment chez eux, cer­tains im­meubles ont des vitres souf­flées, d’autres ont été fra­gi­li­sés, le diag­nos­tic de chaque im­meuble est en cours et pren­dra plu­sieurs jours. » D’ici là, le gym­nase Pa­ra­dis (Xe) a été trans­for­mé en lieu d’hé­ber­ge­ment, des bailleurs et des hô­tels ont été mis à contri­bu­tion, cer­tains éva­cués ont trou­vé re­fuge chez des proches et des ha­bi­tants ont spon­ta­né­ment pro­po­sé d’ac­cueillir des si­nis­trés… « La so­li­da­ri­té est ex­tra­or­di­naire, ra­conte Flo­rence, qui ha­bite rue Ber­gère. On a cru à un trem­ble­ment de terre, c’était apo­ca­lyp­tique. Ici, on nous ré­con­forte, on nous donne à boire, à man­ger, on a même des char­geurs de té­lé­phone ! » Dans le hall, la cel­lule d’ur­gence mé­di­co­psy­cho­lo­gique du Sa­mu de Pa­ris a re­çu une soixan­taine de per­sonnes. « Nous sommes là pour les lais­ser ex­pri­mer leurs émo­tions et les ras­su­rer, ex­plique la doc­teur Gaëlle Ab­grall, psy­chiatre res­pon­sable du dis­po­si­tif. Il y a beau­coup d’an­goisse, des gens qui ont eu peur de mou­rir et qui craignent que ce­la se re­pro­duise. » mil­lions de foyers, au moins, uti­lisent le gaz na­tu­rel (chauf­fage, cui­sine…). 77 % de la po­pu­la­tion fran­çaise ha­bite dans une com­mune re­liée au ré­seau ga­zier. (Source : GRDF)

Mai­rie du IXE ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, hier. Les ha­bi­tants étaient re­çus par une cel­lule de crise.

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