MU­NI­CI­PALES Un 28 juin sous très haute sur­veillance

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PAR OLI­VIER BEAU­MONT ALEXIS COR­BIÈRE, DÉ­PU­TÉ ET PORTE-PA­ROLE DE LA FRANCE IN­SOU­MISE

Le se­cond tour du scru­tin se dé­rou­le­ra avec des pré­cau­tions

sa­ni­taires par­ti­cu­lières, a an­non­cé Edouard Philippe.

Une dé­ci­sion « ré­ver­sible » si l’épi­dé­mie re­par­tait à la hausse.

« J’AI MAL­HEU­REU­SE­MENT pris l’ha­bi­tude de vivre en ayant le choix entre des op­tions qui sont toutes éga­le­ment cri­ti­quables et qui pré­sentent toutes des in­con­vé­nients », jus­ti­fie de­puis le per­ron de Ma­ti­gnon Edouard Philippe. Hier mi­di, le Pre­mier mi­nistre a donc fi­ni par tran­cher, de guerre lasse.

Après des se­maines d’in­ter­ro­ga­tions, de ter­gi­ver­sa­tions in­ternes, de pres­sion exer­cées par les par­tis d’op­po­si­tion, et au­tant d’in­cer­ti­tudes sur les jours à ve­nir, le se­cond tour des élec­tions mu­ni­ci­pales se­ra bel et bien pro­gram­mé le 28 juin pour près de 5 000 com­munes en­core en at­tente de se choi­sir un maire. « Si les condi­tions sa­ni­taires le per­mettent », pré­cise mé­ca­ni­que­ment l’exé­cu­tif, sui­vant la ligne dé­jà fixée par le conseil scien­ti­fique, mer­cre­di.

« Après avoir pe­sé le pour et le contre, nous pen­sons que la vie dé­mo­cra­tique doit re­prendre ses droits », s’est jus­ti­fié Philippe. Cri­ti­qué de­puis qu’il avait lais­sé le pre­mier tour s’or­ga­ni­ser alors que l’épi­dé­mie de Co­vid-19 était en phase as­cen­dante, c’est droit dans ses bottes — re­gistre cher à son men­tor Alain Jup­pé — qu’il s’est éga­le­ment per­mis une pe­tite mise au point sur ce su­jet : « Dé­ci­sion par­fois contes­tée, mais dé­ci­sion as­su­mée. […] J’as­sume d’avoir consi­dé­ré qu’il n’y avait ce jour-là pas plus de risque à al­ler vo­ter qu’à al­ler, par exemple, faire ses courses. J’as­sume sur­tout cette dé­ci­sion parce que dans au­cune dé­mo­cra­tie on ne peut dé­ci­der, en de­hors de tout cadre lé­gal, d’an­nu­ler un scru­tin la veille du jour où il doit se te­nir. » Bref, cir­cu­lez !

Au plus haut som­met de l’etat, voi­là plu­sieurs jours que le scé­na­rio d’un se­cond tour fin juin était en­ten­du. « Le pré­sident de la Ré­pu­blique ré­pond à une de­mande forte sur le ter­rain. Re­por­ter en sep­tembre, alors que les maires de­vront dé­jà as­su­rer la ren­trée des écoles dans un contexte sa­ni­taire par­ti­cu­lier, c’était qua­si­ment in­en­vi­sa­geable. Plus tard en fin d’an­née, avec l’exa­men du pro­jet de loi de fi­nances, c’était mis­sion im­pos­sible aus­si », dé­crypte l’en­tou­rage d’em­ma­nuel Ma­cron.

« Il faut pur­ger ce mau­vais feuille­ton »

Un re­port au-de­là de juin au­rait par ailleurs obli­gé à re­pro­gram­mer l’in­té­gra­li­té du scru­tin dans les 5 000 villes concer­nées, alors même que le conseil scien­ti­fique a consi­dé­ré que la te­nue d’un seul tour pré­sen­tait moins de risque sa­ni­taire que deux. « Et puis de toute fa­çon, il faut pur­ger ce mau­vais feuille­ton. Pas­sé le 28 juin, on pour­ra pas­ser à autre chose, ou­vrir une autre sé­quence po­li­tique », re­lève un Mar­cheur qui a ses en­trées au Châ­teau, en évo­quant l’hy­po­thèse d’un re­ma­nie­ment qui pour­rait avoir lieu dé­but juillet, ou alors à l’au­tomne, « même s’il suf­fit d’en par­ler pour que le pré­sident ne le fasse pas… » re­bon­dit-il.

En at­ten­dant, c’est donc une cam­pagne in­édite à la­quelle vont de­voir se li­vrer les can­di­dats en­core en lice pour le se­cond tour. « Il convien­dra de faire une cam­pagne dif­fé­rente pour évi­ter la pro­pa­ga­tion du vi­rus », a d’ailleurs pré­ci­sé hier Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, ajou­tant qu’il va tra­vailler dans les pro­chains jours avec les as­so­cia­tions d’élus pour dé­fi­nir pré­ci­sé­ment les contours de cette or­ga­ni­sa­tion im­po­sée par les contrainte­s sa­ni­taires. Concer­nant les opé­ra­tions de vote, les masques, les gestes bar­rière et de dis­tance phy­sique se­ront de ri­gueur, comme le 15 mars, les pro­cu­ra­tions se­ront éga­le­ment en­cou­ra­gées et même fa­ci­li­tées pour les 16,5 mil­lions d’élec­teurs ap­pe­lés aux urnes.

Pour Edouard Philippe, qui n’a plus re­mis les pieds au Havre (Seine-ma­ri­time) de­puis le soir du pre­mier tour, c’est éga­le­ment un nou­veau temps po­li­tique qui re­prend. Ar­ri­vé en tête avec 43,59 % des suf­frages, il sait que la par­tie reste ser­rée compte te­nu d’un faible re­port de voix pos­sible face à son ad­ver­saire com­mu­niste, le dé­pu­té Jean­paul Le­coq. « Nul n’ignore mon at­ta­che­ment à cette ville », s’est-il conten­té de pré­ci­ser hier. Se­lon nos in­for­ma­tions, vu son agen­da char­gé à Ma­ti­gnon et la crise du Co­vid-19, il ne de­vrait ce­pen­dant pas y re­tour­ner pour faire cam­pagne avant dé­but juin. gou­ver­ne­ment, com­mente Sé­bas­tien Che­nu, por­te­pa­role du par­ti. Sim­ple­ment, dans ces condi­tions, il faut que le gou­ver­ne­ment ap­porte toutes les ga­ran­ties pour in­for­mer les élec­teurs et fa­ci­li­ter les pro­cu­ra­tions. Nous se­rons vi­gi­lants. » Plus cri­tique, le dé­pu­té Gil­bert Col­lard a es­ti­mé sur Twit­ter que le gou­ver­ne­ment est en train de se dé­bar­ras­ser des élec­tions.

« Un choix né­ces­saire »

C’est bien le dé­rou­lé des cinq pro­chaines se­maines qui sus­cite le plus d’in­ter­ro­ga­tions au sein des par­tis po­li­tiques. Mer­cre­di soir, Oli­vier Faure, le pa­tron du Par­ti so­cia­liste, avait fait sa­voir qu’il était lui fa­vo­rable au 28 juin dès lors que la sé­cu­ri­té de tous était ga­ran­tie. « Nous sou­hai­tons que la vie dé­mo­cra­tique puisse re­dé­mar­rer, mais il s’agit dé­sor­mais d’as­su­rer un scru­tin équi­table, plaide Pierre Jou­vet, porte-pa­role du par­ti. Les mu­ni­ci­pales ne se jouent pas à la té­lé, nous de­man­dons donc des règles très pré­cises pour que les can­di­dats soient trai­tés à l’iden­tique dans la presse ré­gio­nale. Nous de­man­dons aus­si la pos­si­bi­li­té d’avoir non pas un mais plu­sieurs en­vois pos­taux aux Fran­çais, ou à tout le moins une pro­fes­sion de foi en­ri­chie. »

Ju­lien Bayou, le lea­der des éco­los, fai­sait par­tie des res­pon­sables po­li­tiques qui étaient plu­tôt fa­vo­rables à la date du 28 juin. Il ap­pelle dé­sor­mais l’etat à se char­ger lui-même de la dis­tri­bu­tion de masques et de gel au plus grand nombre.

Le dé­bat du se­cond tour des mu­ni­ci­pales dé­passe lar­ge­ment les cli­vages po­li­tiques tra­di­tion­nels. Lorsque Ri­chard Fer­rand, le pré­sident de l’as­sem­blée na­tio­nale, ap­pe­lait plu­tôt à le re­por­ter d’un an, le chef de file des sé­na­teurs ré­pu­bli­cains, Bru­no Re­tailleau, sa­lue au­jourd’hui une dé­ci­sion répondant « à une lo­gique d’ef­fi­ca­ci­té ». A Pa­ris, le pre­mier ad­joint, Em­ma­nuel Gré­goire, a évo­qué « un choix né­ces­saire ». Cette date, a-t-il pour­sui­vi, « per­met­tra un re­dé­mar­rage dé­mo­cra­tique ca­pi­tal pour notre so­cié­té, éga­le­ment es­sen­tiel pour le re­dé­mar­rage éco­no­mique ter­ri­to­rial ». La cam­pagne peut dé­mar­rer.

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