« Je me suis dit : Je vais mou­rir »

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - DE NOTRE CORRESPOND­ANTE JU­LIE RIMBERT À TOU­LOUSE (HAUTE-GA­RONNE)

Le 27 jan­vier, la voi­ture de Va­nes­sa a été per­cu­tée par un chauf­fard ré­ci­di­viste. In­ter­pel­lé 4 mois plus tard, il se­ra ju­gé le 11 juin. Un pro­cès que cette mère de fa­mille, en fau­teuil rou­lant, at­tend avec an­xié­té.

« JE N’OUBLIERAI JA­MAIS le bruit du choc, je re­pense tout le temps à l’ac­ci­dent. Je vou­drais de­man­der à cet homme comment il ar­rive à se re­gar­der dans une glace tous les jours après ce qu’il a fait », confie di­gne­ment Va­nes­sa, une jambe im­mo­bile, coin­cée dans le fau­teuil de sa salle à man­ger.

La vie de cette femme de 41 ans a bas­cu­lé, le 27 jan­vier, sur la route dé­par­te­men­tale 14 à Cé­pet (Haute-ga­ronne), une com­mune au nord de l’ag­glo­mé­ra­tion tou­lou­saine. Alors qu’elle ren­trait de son tra­vail à 6 km de son do­mi­cile, vers 20 h 30, en di­rec­tion de Ville­mur-sur-tarn, la Twin­go de cette pré­pa­ra­trice de com­mandes a été per­cu­tée de plein fouet par un au­to­mo­bi­liste qui dou­blait sur la file op­po­sée, mal­gré une ligne conti­nue. Après l’ac­ci­dent, le conduc­teur mis en cause a pris la fuite à pied, la lais­sant ago­ni­sante et po­ly­trau­ma­ti­sée sur le bas-cô­té. Les pom­piers ont mis trois heures à dés­in­car­cé­rer Va­nes­sa, dont le pro­nos­tic vi­tal a été en­ga­gé.

Elle es­père re­mar­cher d’ici à un an

Les gen­darmes de Saint-jo­ry, char­gés de l’en­quête, ont ra­pi­de­ment iden­ti­fié l’au­to­mo­bi­liste, un homme de 40 ans, mul­ti­ré­ci­di­viste en dé­lits rou­tiers, mais ont eu du fil à re­tordre pour le re­trou­ver. Ils l’ont fi­na­le­ment in­ter­pel­lé quatre mois après le ter­rible ac­ci­dent, le 13 mai à Co­lo­miers, dans l’ouest de Tou­louse.

Après deux jours de garde à vue, le chauf­fard de­vait être ju­gé en com­pa­ru­tion im­mé­diate le 15 mai de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Tou­louse, mais sa dé­fense a de­man­dé un re­port. L’homme a été main­te­nu en dé­ten­tion pro­vi­soire dans l’at­tente de son ju­ge­ment, le 11 juin. En at­ten­dant d’en­tendre les ex­pli­ca­tions de l’homme qui a bou­le­ver­sé son quo­ti­dien, ce­lui de ses trois en­fants et de son conjoint, Va­nes­sa en­chaîne tous les jours les séances de ki­né pour es­pé­rer re­mar­cher d’ici un an. Ro­tule du ge­nou gauche cas­sée, oe­dème à la joue droite, jambe gauche en­taillée pour évi­ter de la perdre, les mul­tiples et graves bles­sures de Va­nes­sa lui ont va­lu soixante jours d’in­ca­pa­ci­té to­tale de tra­vail (ITT), un ar­rêt qui de­vrait être pro­lon­gé.

De l’ac­ci­dent, la qua­dra­gé­naire aux che­veux châ­tains ne se sou­vient de rien, sauf du bruit. « J’ai vu la voi­ture sur­gir sur la route en face de moi, j’ai frei­né avec les deux pieds et pen­sé à es­sayer de l’évi­ter, je me suis dit : J’y suis, je vais mou­rir, puis c’est le trou noir, ra­conte-t-elle. J’étais com­pres­sée dans la voi­ture et prise d’une dou­leur atroce. J’ai réus­si à ap­pe­ler mon conjoint avant de m’éva­nouir. Puis je me sou­viens avoir en­ten­du quel­qu’un me de­man­der mon pré­nom : c’était un té­moin de l’ac­ci­dent qui a ra­con­té que le chauf­fard était sor­ti de son vé­hi­cule, m’a re­gar­dée puis a fui à pied. Quand il a été in­ter­pel­lé et que j’ai ap­pris son pro­fil, j’ai cru que c’était une blague, tel­le­ment c’est in­con­ce­vable que quel­qu’un avec au­tant de condam­na­tions rou­tières soit en­core sur la route. »

Dé­jà condam­né quatre fois, il force un bar­rage le 22 avril

L’homme, père de trois en­fants, avait dé­jà été condam­né quatre fois pour des in­frac­tions rou­tières, no­tam­ment pour ab­sence de per­mis, d’as­su­rance et pour al­coo­lé­mie au vo­lant. Il était sous le ré­gime du sur­sis et mise à l’épreuve au mo­ment de l’ac­ci­dent. Han­di­ca­pé d’un bras à la suite d’un ac­ci­dent de la route, ce mé­ca­ni­cien, qui cir­cu­lait à bord de la voi­ture d’un de ses proches le jour du drame, s’est ca­ché chez un ami quelque temps avant de for­cer, le 22 avril, un bar­rage des forces de l’ordre.

Trois se­maines plus tard, ce sont fi­na­le­ment les gen­darmes de la com­pa­gnie de Tou­louse-saint-mi­chel qui ont mis fin à sa fuite. Pour Alexandre Par­ra-bru­guière, l’avo­cat de l’ac­cu­sé, « c’est quel­qu’un qui a un pro­blème chro­nique avec l’al­cool et qui le re­con­naît. Le jour de l’ac­ci­dent, il ex­plique avoir pris la fuite car il a pa­ni­qué, sans se rendre compte de ce qui se pas­sait. Il est pro­fon­dé­ment dé­so­lé pour cette dame et at­tend le pro­cès pour s’ex­cu­ser. Il ne nie pas son im­pli­ca­tion dans l’ac­ci­dent. Il faut ce­pen­dant sou­li­gner que la route où s’est pro­duit le drame est très ac­ci­den­to­gène, j’ai moi-même eu un dos­sier d’ho­mi­cide in­vo­lon­taire sur cet axe, même si ce­la n’ex­plique pas tout. »

« Le pro­cès de l’in­cons­cience rou­tière »

Se­lon l’en­quête, la BMW que condui­sait le chauf­fard ap­par­te­nait à une per­sonne aveugle et était de fa­bri­ca­tion an­glaise, avec le vo­lant à droite. Une ac­cu­mu­la­tion d’in­frac­tions qui choque Ka­mel Be­nam­ghar, l’avo­cat de Va­nes­sa. « C’est stu­pé­fiant, in­croyable de lais­ser quel­qu’un comme ça au bord de la route, s’in­surge-t-il. C’est le pro­cès de l’in­cons­cience rou­tière, avec un ac­cu­sé au ca­sier plus que four­ni. Plu­sieurs fois, il a failli être in­ter­pel­lé, mais il a conti­nué dans son sys­tème de lâ­che­té et son com­por­te­ment frau­du­leux pour ne pas être re­trou­vé. Ma cliente est tou­chée phy­si­que­ment et psy­chi­que­ment, elle a at­ten­du quatre longs mois pour qu’on le re­trouve, mal­gré un tra­vail achar­né des gen­darmes. C’est la double peine. Sans comp­ter les dif­fi­cul­tés fi­nan­cières qu’elle a vé­cues avec le confi­ne­ment. »

En ar­rêt pour ac­ci­dent de tra­vail, Va­nes­sa de­vait tou­cher 80 % de son sa­laire, mais la Sé­cu­ri­té so­ciale a tar­dé à prendre le re­lais, met­tant à mal les fi­nances de sa fa­mille. Au­jourd’hui dé­pen­dante de ses en­fants pour se faire le moindre ca­fé, cette qua­dra­gé­naire tou­jours en fau­teuil rou­lant at­tend dé­sor­mais le pro­cès avec ap­pré­hen­sion, igno­rant tout du mi­lieu ju­di­ciaire. « J’avais une pe­tite exis­tence tran­quille, je n’ai pas de­man­dé à vivre ce­la, je ne suis pas à l’aise de­vant un tri­bu­nal, avoue-t-elle. Je veux sur­tout qu’il me re­garde dans les yeux, qu’il me dise quelque chose. J’ai quand même été per­cu­tée par quel­qu’un in­va­lide d’un bras, qui condui­sait la voi­ture d’un aveugle alors qu’il avait eu des condam­na­tions fermes pour des dé­lits rou­tiers ! Sur­tout je ne veux pas qu’on le re­mette un jour sur la route. »

Cé­pet (Haute-ga­ronne), jeu­di. Va­nes­sa, qui en­chaîne les séances de ki­né pour se re­mettre, ne se sou­vient de rien, sauf du bruit. Au pro­cès, « je veux qu’il me re­garde et me dise quelque chose », confie-t-elle.

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