5 QUES­TIONS

sur la san­té du pré­sident amé­ri­cain

Aujourd'hui en France - - LE FAIT|DUJOUR - RO­NAN TÉSORIÈRE ET VINCENT MONGAILLAR­D AVEC MARC CHALAMET

1 Com­ment a-t-il été conta­mi­né ?

L’ori­gine de la conta­mi­na­tion du pré­sident se­rait un évé­ne­ment qu’il a lui-même or­ga­ni­sé dans le Rose Gar­den de la Mai­son-blanche. Le 26 sep­tembre, Do­nald Trump a of­fi­ciel­le­ment an­non­cé la no­mi­na­tion de la juge fé­dé­rale Amy Co­ney Bar­rett à la Cour su­prême des Etats-unis lors d’une cé­ré­mo­nie en plein air à la­quelle ont as­sis­té plus de 150 per­sonnes. Le hic, c’est que, comme le montrent de nom­breuses images de l’évé­ne­ment, les par­ti­ci­pants, Trump en tête, ne por­taient pas de masque ou ne pra­ti­quaient pas la dis­tan­cia­tion phy­sique. Cer­tains se sont même fait la bise. A ce jour, pas moins de 23 per­sonnes ont été tes­tées po­si­tives à l’is­sue de cet évé­ne­ment, par­mi les­quelles Me­la­nia, la first la­dy, et Bill Ste­pien, le di­rec­teur de la campagne pré­si­den­tielle. A la Mai­son-blanche, l’in­quié­tude règne, d’au­tant plus que le « New York Times » ré­vé­lait hier que la machine uti­li­sée pour les tests de dé­pis­tage ra­pide, Ab­bott’s ID Now, est très peu fiable lorsque la per­sonne in­fec­tée ne ma­ni­feste pas en­core de symp­tômes. Cette faille ex­pli­que­rait peut-être l’hé­ca­tombe chez les in­vi­tés à la cé­ré­mo­nie.

2 Pour­quoi a-t-il été hos­pi­ta­li­sé ?

De­puis ven­dre­di soir, Do­nald Trump est hos­pi­ta­li­sé. Pour­tant, of­fi­ciel­le­ment, il « va très bien », « n’a pas de dif­fi­cul­té à res­pi­rer », n’a plus de fièvre et ses symp­tômes se « ré­duisent » à en croire Sean Conley, le mé­de­cin de la Mai­sonb­lanche qui s’est mon­tré très ras­su­rant hier. Sauf qu’à peu près au même mo­ment, une autre source de son en­tou­rage ju­geait son état de san­té « très in­quié­tant » ces der­nières vingt-quatre heures. Et hier, cer­tains mé­dias ac­cré­di­tés à la Mai­son-blanche ont an­non­cé qu’il a été pla­cé sous as­sis­tance res­pi­ra­toire ven­dre­di. Ce qui est sûr, c’est que le chef d’etat pré­sente des « co­mor­bi­di­tés ». Son âge (74 ans), son sur­poids (110 kg) mul­ti­pliant, entre autres, les risques d’hy­per­ten­sion et sa fa­tigue ac­cu­mu­lée du­rant la campagne le fra­gi­lisent. « Ce sont des fac­teurs que l’on re­trouve chez les malades hos­pi­ta­li­sés en France », rap­pelle Ben­ja­min Da­vi­do, in­fec­tio­logue à l’hô­pi­tal Ray­mond-poin­ca­ré à Garches (Hauts-de-seine).

« S’il est hos­pi­ta­li­sé, c’est qu’il ne se sent pas bien. Je ne connais pas beau­coup de malades qui ont un double trai­te­ment et qui vont bien. Là, ils ont sor­ti l’ar­tille­rie lourde. En l’hos­pi­ta­li­sant, on peut in­ter­ve­nir avant que les choses ne se corsent, avant le fa­meux orage cy­to­ki­nique », avance-til. A la ques­tion « pour­quoi es­til hos­pi­ta­li­sé ? », Sean Conley a mis en avant son sta­tut plu­tôt que sa san­té : « Parce qu’il est le pré­sident ! »

3 Où est-il soi­gné ?

En étant hos­pi­ta­li­sé au centre mé­di­cal mi­li­taire Wal­ter Reed, près de Washington, Do­nald Trump est en­tré dans un éta­blis­se­ment qui est un peu l’équi­valent du Val-de­grâce en France. Au fil des an­nées, de nom­breuses vi­sites pré­si­den­tielles y ont été ef­fec­tuées afin de s’as­su­rer que le Com­man­der in Chief du pays était en bonne san­té. Le pré­sident Lyn­don John­son s’y est fait en­le­ver la vé­si­cule bi­liaire en 1965. Ro­nald Rea­gan y a su­bi des opé­ra­tions du can­cer du cô­lon et de la peau dans les an­nées 1980. Et en 1963, les services se­crets ont exi­gé que le corps de Ken­ne­dy y soit au­top­sié.

4 Quel est son trai­te­ment ?

Dans les or­don­nances dé­li­vrées par son mé­de­cin et ren­dues pu­bliques, on apprend que le chef d’etat s’est vu in­jec­ter une dose « unique » de 8 g — po­so­lo­gie la plus éle­vée — d’un cocktail ex­pé­ri­men­tal à base d’an­ti­corps de syn­thèse fa­bri­qué par Re­ge­ne­ron, une so­cié­té de bio­tech­no­lo­gies d’outre-at­lan­tique ayant re­çu 600 mil­lions de dol­lars (512 mil­lions d’eu­ros) du gou­ver­ne­ment pour dé­ve­lop­per ce trai­te­ment. « Ce­la doit em­pê­cher les in­ter­ac­tions du vi­rus avec les cel­lules et donc blo­quer leur in­fec­tion », dé­crypte l’im­mu­no­lo­giste Mor­gane Bom­sel, directrice de re­cherche à l’ins­ti­tut Co­chin à Pa­ris. Seule­ment voi­là, ce trai­te­ment est en­core en phase d’es­sai. Les don­nées sur ses effets de­meurent li­mi­tées, même si elles semblent pro­met­teuses. Les pre­miers tests sur 275 pa­tients au­raient, en ef­fet, ré­duit la quan­ti­té de vi­rus pré­sente chez les per­sonnes in­fec­tées et ac­cé­lé­ré leur ré­ta­blis­se­ment. Se­lon Mor­gane Bom­sel, il n’y a, en prin­cipe, pas de risque sur le plan toxique. « Le seul dan­ger, c’est qu’il ne se passe rien », ex­plique-telle, rap­pe­lant que « rien n’a été dé­mon­tré » pour l’heure.

Trump est éga­le­ment sous l’an­ti­vi­ral Rem­de­si­vir conçu par un la­bo­ra­toire amé­ri­cain ini­tia­le­ment pour trai­ter Ebo­la. « Il doit em­pê­cher la mul­ti­pli­ca­tion du vi­rus », dé­crit la spé­cia­liste. Mais il n’a pas don­né « des ré­sul­tats concor­dants dans toutes les études ». « Glo­ba­le­ment, avec un peu de re­cul, on ne peut pas dire qu’il soit très ef­fi­cace », ré­sume-telle. En France, à en croire l’éva­lua­tion de la Haute Au­to­ri­té de san­té (HAS) ren­due publique le 17 sep­tembre, le ser­vice mé­di­cal ren­du est ju­gé faible compte te­nu des don­nées ac­tuelles pré­li­mi­naires qui montrent une ré­duc­tion glo­bale de 4 jours du dé­lai de ré­ta­blis­se­ment cli­nique du pa­tient (11 jours au lieu de 15) par rap­port au pla­ce­bo. Enfin, le lo­ca­taire de la Mai­son-blanche s’est vu pres­crire du zinc, de la vi­ta­mine D et de la fa­mo­ti­dine des­ti­nés à « ren­for­cer son sys­tème immunitair­e », ain­si que de la mé­la­to­nine. « Ce­la en­lève le ré­cep­teur du vi­rus qui, alors, ne peut pas en­trer dans une cel­lule et donc l’in­fec­ter », dé­taille l’ex­perte.

Pas d’hy­droxy­chlo­ro­quine, en re­vanche. Le mé­di­ca­ment contre le pa­lu­disme cher au pro­fes­seur mar­seillais Didier Raoult avait pour­tant été plé­bis­ci­té par le chef d’etat amé­ri­cain, qui l’avait même ava­lé à titre pré­ven­tif en mai.

5 Com­ment va Me­la­nia ?

Le co­ro­na­vi­rus a aus­si in­fec­té Me­la­nia, l’épouse du pré­sident, tout en épar­gnant leur fils Bar­ron, 14 ans. La first la­dy est confi­née à la Mai­son-blanche, mais n’a pas été hos­pi­ta­li­sée, n’ayant pas les mêmes fac­teurs de risque que son ma­ri.

Be­thes­da, hier. Le doc­teur Sean Conley, mé­de­cin de la Mai­son-blanche, ici en­tou­ré de l’équipe mé­di­cale char­gée de la san­té du pré­sident des Etats-unis, s’est vou­lu ras­su­rant lors d’un point presse.

Be­thes­da (Etats-unis), ven­dre­di. Do­nald Trump à son ar­ri­vée au centre mé­di­cal mi­li­taire Wal­ter Reed.

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