SUR LES TRACES DE LA SEN­SA­TION GAS­TON

Aujourd'hui en France - - TENNIS - VINCENT PIALAT À TOULOUSE (HAUTE-GARONNE) LES PRIN­CI­PAUX RÉ­SUL­TATS DU TROI­SIÈME TOUR LES PRIN­CI­PAUX MATCHS DU JOUR

DE NOTRE COR­RES­PON­DANT

Zhang (Chn) b. Bu­rel 7-6, 7-5 Ja­beur (Tun) b. Sa­ba­len­ka (Bié) 7-6, 2-6, 6-3

Fer­ro b. Tig (Rou) 7-6, 4-6, 6-0.

Car­reño (Esp) b. Bau­tis­ta (Esp) 6-4, 6-3, 5-7, 6-4

Alt­maier (All) b. Ber­ret­ti­ni (Ita) 6-2, 7-6 (7/5), 6-4

Ru­blev (Rus) b. An­der­son (AFS) 6-3, 6-2, 6-3

Fuc­so­vics (Hon) b. Mon­tei­ro (Bré) 7-5, 6-1, 6-3

Di­mi­trov (Bul/no 18) b. Car­bal­lés Bae­na (Esp) 6-1, 6-3, 0-0 (ab.) Tsit­si­pas (Gre) b. Be­dene (Slo) 6-1, 6-2, 3-1 (ab.)

Kha­cha­nov (Rus) b. Garín (Chi) 6-2, 3-6, 6-4, 6-2

Djo­ko­vic (Ser) b. Ga­lan (Col) 6-0, 6-3, 6-2.

Ha­lep (Rou/no 1) - Swia­tek (Pol) Kor­da (EU) - Na­dal (Esp/no 2) Svi­to­li­na (Ukr/no 13) - GAR­CIA GAS­TON - Thiem (Aut/no 3)

LE NOU­VEAU VI­SAGE du ten­nis fran­çais a donc 20 ans, des che­veux en ba­taille, et ha­bite tou­jours chez ses pa­rents, en ban­lieue tou­lou­saine. Hu­go Gas­ton (239e au clas­se­ment ATP) a d’ores et déjà créé la sen­sa­tion de ce drôle de tour­noi en bat­tant Stan Wa­wrin­ka (17e mon­dial) ven­dre­di. Il af­fronte au­jourd’hui le n° 3 mon­dial, Do­mi­nic Thiem, en 8e de fi­nale, pour sa pre­mière par­ti­ci­pa­tion à Ro­landgar­ros. « Il vient d’en­trer dans une cour qu’il ne soup­çonne même pas », es­time le di­rec­teur spor­tif de son club de Blagnac (Haute-garonne), Brice Ber­nard. En réa­li­té, Hu­go Gas­ton est l’un des plus sérieux es­poirs tri­co­lores de­puis plu­sieurs an­nées. Mais per­sonne ou presque ne l’at­ten­dait à ce ni­veau aus­si tôt.

Son père est pré­sident du club de Fon­sorbes

Per­sonne, à part peut-être le prin­ci­pal in­té­res­sé, qui vit et vibre ten­nis de­puis son plus jeune âge et qui s’en­traîne sur terre bat­tue une bonne par­tie de l’an­née. « Quand on était plus jeunes, il rê­vait de gagner un Grand Che­lem, si possible Ro­land-gar­ros parce qu’il est fran­çais, se sou­vient Ser­gi Tour­nié, un de ses meilleurs amis et co­équi­pier à Blagnac. Et à l’ado­les­cence, il s’est aper­çu que ce n’était plus du do­maine du rêve mais du do­maine du possible. C’est alors de­ve­nu une am­bi­tion. »

Le ten­nis, Hu­go en a fait la découverte au ber­ceau ou presque. Son père est pré­sident du club de Fon­sorbes, une ville de 10 000 ha­bi­tants du sud-est tou­lou­sain où la fa­mille Gas­ton vit en­core. Sa mère fait par­tie du bu­reau. A 5 ans, le gar­çon vient ta­per contre un mur du club. Il est re­pé­ré par Marc Bar­bier, di­rec­teur tech­nique ré­gio­nal. Quinze ans plus tard, Bar­bier est tou­jours l’en­traî­neur de Gas­ton. « Ils se connaissen­t tel­le­ment bien tous les deux, c’est bien plus qu’une simple re­la­tion en­traî­neur-joueur, fait re­mar­quer Brice Ber­nard. Marc Bar­bier a été le pre­mier à croire en Hu­go. »

Car tout n’a pas tou­jours été rose pour le jeune Hu­go, qui a sou­vent été confron­té à son ga­ba­rit mo­deste (1,73 m). A 17 ans, il n’est pas conser­vé à l’in­sep, qui lui pré­fère un joueur plus grand de trente cen­ti­mètres. « L’ad­ver­si­té est un mo­teur pour lui, re­lève Brice Ber­nard : Ils ne croient pas en moi ? Pas de pro­blème ! C’est comme ça qu’il ré­agit. »

Plu­tôt que de vou­loir se chan­ger, Hu­go Gas­ton fait de son phy­sique dif­fé­rent une force. « Dans notre tra­vail avec lui, on a dé­ci­dé de s’ap­puyer sur son pro­fil, ses ap­puis, sa cou­ver­ture du ter­rain, sa vi­sion, ra­conte Ke­vin Blan­dy, son pré­pa­ra­teur phy­sique. On lui pro­pose des exer­cices sous forme de jeux car il a be­soin de va­rié­té et dé­teste la mo­no­to­nie. Ces der­niers mois, on avait axé le tra­vail sur des séances longues pour qu’il soit prêt à jouer des ren­contres de trois, quatre ou cinq heures, et sur plu­sieurs matchs. Il faut par­fois le pous­ser un peu sur le tra­vail phy­sique, mais c’est un plai­sir de l’avoir au quo­ti­dien. »

Avec suc­cès : « De­puis quelques mois, Hu­go a mis da­van­tage de sens dans ses séances, avance Ke­vin Blan­dy. Il s’at­tache à com­prendre ce qu’il fait, pour­quoi il le fait. Il met de l’in­ten­si­té aus­si, et il est da­van­tage à l’écoute de son corps. Il est en­core en for­ma­tion mine de rien ! »

« On a l’im­pres­sion d’être face à un mur »

Il y a quelque chose qu’il ne chan­ge­ra pas chez le jeune homme : sa fu­rieuse en­vie de jouer et de s’amu­ser sur un court. « C’est frus­trant de jouer face à lui car la balle re­vient tou­jours, note Ser­gi Tour­nié. On a l’im­pres­sion que ça ne va ja­mais s’ar­rê­ter, d’être face à un mur. » Le pré­sident du Blagnac TC, Chris­tophe Ca­ra­cat­sa­nis, ra­conte quant à lui un « gar­çon tou­jours po­li, très gen­til, qui a un su­per es­prit. » « Il casse les codes, ajoute Brice Ber­nard. J’adore ce gar­çon. Il n’a pas chan­gé, il est tou­jours aus­si humble. L’an der­nier, lors des Cham­pion­nats de France, il était bles­sé et n’a pas pu jouer. Il a te­nu à être présent avec nous en tant que vice-ca­pi­taine, à être au bord des courts avec ses co­équi­piers. Ce sont des signes forts qui vous dé­crivent un per­son­nage. » Et qui des­sinent de jo­lis traits au nou­veau vi­sage du ten­nis fran­çais.

THIER­RY GAS­TON

papa du tom­beur de Wa­wrin­ka

Com­ment votre fils a-t-il ré­agi à sa vic­toire, ven­dre­di sur Stan Wa­wrin­ka, 17e joueur mon­dial ?

Je crois qu’il ne réa­lise pas en­core. On est ve­nu en fa­mille à Ro­land-gar­ros pour l’oc­ca­sion, avec sa mère, son frère, sa co­pine. On l’a aper­çu de loin après le match. Il est dans la bulle et on ne peut pas vivre ces mo­ments in­ten­sé­ment avec lui. Il est le seul Fran­çais en­core en lice, ça fait bi­zarre ! Ça va tel­le­ment vite qu’il n’a pas trop le temps d’y ré­flé­chir. Il doit s’en­traî­ner, faire les soins, les dif­fé­rentes obli­ga­tions. Il risque d’at­tendre la fin du tour­noi pour réa­li­ser.

Le grand pu­blic le dé­couvre, mais le ten­nis fran­çais le connaît de­puis quelque temps. Quel re­gard por­tez-vous sur son par­cours ?

Il a sui­vi le par­cours ha­bi­tuel de la Fé­dé­ra­tion. C’était im­por­tant pour lui de ne pas brû­ler les étapes. Ça lui a per­mis de s’en­dur­cir. Il a gra­vi pa­tiem­ment les éche­lons. Il est arrivé en ju­niors et a rem­por­té des com­pé­ti­tions, comme l’orange Bowl par exemple, puis a été 2e mon­dial chez les ju­niors.

Il a com­men­cé très jeune le ten­nis, vers l’âge de 5 ans…

Oui, j’étais pré­sident du club de Fon­sorbes et mon épouse était au bu­reau. On al­lait sou­vent au club, et Hu­go ve­nait avec son grand frère. Il pre­nait une ra­quette et s’amu­sait contre un mur. A tous les ados ou adultes qui pas­saient, il leur de­man­dait de ve­nir jouer avec lui. On voyait qu’il avait quelque chose de spécial. Un jour j’ai dit à Marc Bar­bier (NDLR : di­rec­teur tech­nique dé­par­te­men­tal qui est de­ve­nu son coach) de ve­nir le voir. C’était aus­si mon rôle de di­ri­geant de si­gna­ler les jeunes pro­met­teurs, il se trouve que c’était mon fils ! Hu­go a été convié à une dé­tec­tion deux jours plus tard, c’est là qu’il a vrai­ment fait ses dé­buts.

Mais d’où vient ce jeune es­poir de 20 ans qui dé­fie Thiem au­jourd’hui ? Du cô­té de Blagnac, per­sonne n’est sur­pris par son par­cours, lui qui rê­vait de gagner un jour… Ro­land-gar­ros

Pour­quoi avait-il déjà quelque chose de spécial ?

Déjà, il n’y a pas beau­coup de gau­chers. Et quand je le voyais jouer contre les plus grands, je le voyais déjà avec la même pa­lette qu’il a au­jourd’hui. Par rap­port aux autres en­fants, il était au-dessus.

Com­ment a-t-il dé­ve­lop­pé cette pas­sion ?

Pe­tit, il ne pen­sait qu’à jouer au ten­nis. Même à l’in­té­rieur de la mai­son. Il y avait un es­pace de 3 m contre un mur contre le­quel il jouait. Il fal­lait qu’on en­lève les ob­jets fra­giles. Et pas la peine de lui dire d’ar­rê­ter parce qu’il trou­vait un autre en­droit et conti­nuait. Il re­gar­dait les vi­déos d’agas­si et es­sayait de re­faire les mêmes gestes. Ensuite, il s’est mis à beau­coup ai­mer l’espagnol Ra­fael Na­dal, parce qu’il est gau­cher comme lui, même s’ils n’ont pas du tout le même jeu.

Quel rap­port a-t-il avec le sport ?

Il est pas­sion­né de sport, et de tous les sports ! Dès qu’il y a une ren­contre spor­tive, Hu­go est de­vant, peu im­porte le sport. Il sup­porte toutes les équipes françaises. Quand « la Marseillai­se » re­ten­tit, il ne faut pas qu’il y ait un bruit dans la pièce. Et il est très Tou­lou­sain aus­si. Il suit le TFC, le Stade tou­lou­sain. C’est un fervent sup­por­teur.

Son ga­ba­rit plu­tôt aty­pique a-t-il été un pro­blème dans son par­cours ?

Son ga­ba­rit, on lui en parle de­puis tou­jours. Il n’a ja­mais été le plus grand. Il sa­vait que pour vrai­ment exis­ter, il de­vait dé­ve­lop­per d’autres qua­li­tés. Tous ses en­traî­neurs ont joué là-dessus. Car s’il est ca­pable de ser­vir un ace à 200 km/h, ce n’est pas quelque chose qu’il va pou­voir faire tout le match. Il a dû al­ler cher­cher ailleurs sa pro­gres­sion. Et comme c’est un énorme bos­seur, ça a mar­ché. Il adore bos­ser, même si le ten­nis reste un jeu pour lui. Il voit ça comme un plai­sir. Ça lui en­lève un peu de pres­sion.

Six jours après le sacre d’ala­phi­lippe, dans quel état d’es­prit êtes-vous ?

On conti­nue à ap­pré­cier, mais l’eu­pho­rie est re­tom­bée. Je suis ren­tré lun­di soir à la mai­son et le len­de­main ma­tin, j’em­me­nais les ga­mins à l’école. Ce n’est pas moi qui ai fait le truc (sic). La stra­té­gie et l’al­chi­mie, c’est bien beau, mais il faut les mecs et sur­tout LE mec pour al­ler au bout. Bien sûr, le jour où ça sou­rit, on vous met en avant, mais sans l’adhé­sion des cou­reurs, je ne peux pas construire grand-chose…

De­puis votre ar­ri­vée à la tête de l’équipe France, vous êtes par­ve­nu à créer une vraie os­mose entre cou­reurs. Com­ment vous y pre­nez-vous ?

De l’ex­té­rieur, je donne l’im­pres­sion de tou­jours ri­go­ler. Mais en réa­li­té, je suis quel­qu’un qui co­gite beau­coup. Ma sélection de cou­reurs est liée à la manière dont j’ai en­vie de cou­rir. Cer­tains ab­sents étaient peut-être plus forts mais pas dans le rôle

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