VAGUE

Aujourd'hui en France - - PORTRAIT - Par SAN­DRINE LE­FÈVRE

Di­plô­mée de HEC, la na­vi­ga­trice qua­si dé­bu­tante se­ra l’une des six femmes en­ga­gées dans le tour du monde en so­li­taire.

La va­lise est qua­si bou­clée. « Des vê­te­ments pour tous les types de temps, la trousse de toi­lette avec la crème qui va bien pour les bou­tons aux fesses, si tu l’ou­blies, ça peut vite te pour­rir la vie. » Cla­risse Cré­mer éclate de rire. Sa­me­di, la na­vi­ga­trice née à Pa­ris il y a trente ans re­join­dra Les Sa­blesd’olonne d’où se­ra don­né, le 8 no­vembre, le dé­part du Ven­dée Globe, le tour du monde en so­li­taire et sans es­cale.

Ga­lette et Sau­cisse, les deux mou­tons d’oues­sant adop­tés pour s’oc­cu­per de la pe­louse de la pe­tite mai­son de Locmiquéli­c (Mor­bi­han), ont été confiés à des amis. « On fait dé­sor­mais ton­deuse par­ta­gée ! » Tan­guy, qu’elle a épou­sé cet été, gère les play­lists. « Il prend son rôle de femme de ma­rin très à coeur, plai­sante Cla­risse. Il m’a pré­pa­ré des pe­tits ca­deaux pour mon an­ni­ver­saire et pour Noël. Ça me fait bi­zarre de me dire que je ne se­rai pas là pour les fêtes de fin d’an­née. Tan­guy va conti­nuer sa vie à terre, le seul truc em­bê­tant pour lui, c’est l’idée qu’on soit sé­pa­rés pen­dant trois mois. Et ce n’est pas comme si je par­tais bron­zer aux Ba­ha­mas ! »

« Je suis un ma­ri com­pré­hen­sif, sou­rit à son tour Tan­guy Le Tur­quais, ma­rin éga­le­ment. Elle m’a de­man­dé de l’épau­ler jus­qu’à son dé­part, j’ai mis ma vie pro­fes­sion­nelle entre pa­ren­thèses, je suis juste là pour elle. »

La na­vi­ga­trice dé­tonne sur les pon­tons. « Elle re­pré­sente cette nou­velle gé­né­ra­tion de ma­rins qui ra­content ce qu’ils vivent, es­time Ro­nan Lu­cas, di­rec­teur du Team Banque po­pu­laire. Elle le fait avec ta­lent et, sur­tout, elle nous fait rire. » En 2017, les vi­déos dans les­quelles la jeune femme, alors en quête de spon­sors, se met­tait en scène ont ta­pé dans l’oeil du boss. « Avec mes en­fants, on re­gar­dait en se mar­rant », se sou­vient Ro­nan.

A l’époque, Banque po­pu­laire était lan­cé dans l’aven­ture des maxi-tri­ma­rans, ces nou­veaux ov­nis des mers fon­çant à 90 km/h.

En no­vembre 2018, Ar­mel Le Cléac’h casse son ba­teau et cha­vire au large de l’es­pagne, le pro­gramme connaît un coup d’ar­rêt. La com­mu­ni­ca­tion du spon­sor éga­le­ment. « La re­cons­truc­tion du ba­teau du­rant deux ans, nous avons op­té pour un pro­gramme Ven­dée Globe en pa­ral­lèle, ra­conte Sa­bine Cal­ba, di­rec­trice du dé­ve­lop­pe­ment chez Banque po­pu­laire. On a eu en­vie de ra­con­ter autre chose, avec quel­qu’un de jeune, qui en­tre­prend et qui touche le grand pu­blic. Nous sommes la banque des en­tre­pre­neurs, celle qui a le goût du chal­lenge. »

Ben­ja­min Maitre, res­pon­sable du spon­so­ring, ajoute : « Une créa­trice de start-up, âgée de moins de 30 ans, qui a fait HEC et qui com­mu­nique su­per bien… C’était presque une évi­dence de s’al­lier à elle. »

Au mo­ment de cher­cher un skip­peur, il s’est sou­ve­nu des vi­déos de Cla­risse. « Avec Ro­nan, on a pen­sé à elle tout de suite », pour­suit-il. « On a ren­con­tré les dé­ci­deurs, on leur a dit : Re­gar­dez cette fille, elle est juste gé­niale, se sou­vient Ro­nan Lu­cas. Tout le monde a ac­cro­ché… »

SOUS L’AILE D’AR­MEL LE CLÉAC’H

La ren­contre a eu lieu quelques jours plus tard, dans un han­gar de la base de Lo­rient. « Je lui ai dit : As­sieds-toi, tu vas être sur­prise… » « Un pro­jet Ven­dée Globe, il m’a fal­lu quelques heures pour in­té­grer », se sou­vient Cla­risse, qui n’avait alors ja­mais vrai­ment na­vi­gué en so­li­taire. « Elle est ren­trée à la mai­son en me di­sant : Non je ne peux pas, se sou­vient son ma­ri. Je lui ai dit qu’il n’était pas ques­tion qu’elle re­fuse ! » D’au­tant qu’être au dé­part du Ven­dée Globe de­meure le grand rêve de Tan­guy. « J’y pense de­puis que je suis tout pe­tit. Pour Cla­risse, c’était in­ima­gi­nable, donc elle n’en a même ja­mais rê­vé. Mais il n’y a au­cune ja­lou­sie, ce tour du monde est une op­por­tu­ni­té pour elle, pour nous. »

« En quelques mois, Cla­risse est pas­sée d’un ba­teau de 6 m pour la mi­ni-tran­sat à un de 18 m pour un tour du monde », ré­sume Ro­nan Lu­cas. « Un ti­cket d’or pour la cho­co­la­te­rie », sou­rit la skip­peuse, en ré­fé­rence au ro­man de Roald Dahl ada­pa­té par Tim Bur­ton, « Char­lie et la cho­co­la­te­rie ». A Lo­rient, c’est Ar­mel Le Cléac’h — le skip­peur mai­son, cloué au sol de­puis que son maxi est en re­cons­truc­tion — qui se charge de la for­ma­tion. « Il l’a prise sous son aile, en lui im­po­sant un rythme de cham­pion », sou­rit Ro­nan Lu­cas. « J’étais le pe­tit truc qu’il n’avait pas pré­vu. Il faut être hon­nête, ça a peut-être dû le faire chier de se dire qu’il al­lait faire du vieux ba­teau avec moi, ana­lyse Cla­risse. Il n’a pas pris son ta­bleau blanc avec des feutres pour me faire un cours théo­rique. Ar­mel, ce n’est pas non plus le mec qui te prend par l’épaule en te di­sant : Viens, je vais m’oc­cu­per de toi. Ça se fait sur le tas. Il fai­sait un peu sa vie sur le ba­teau, il fal­lait que je m’adapte. Du coup, c’était hy­per sain. » En­semble, l’hi­ver der­nier, ils s’en­gagent sur la Tran­sat Jacques Vabre. « Le cham­pion d’une ri­gueur ab­so­lue et la pe­tite jeune un peu fo­folle, elle se fai­sait par­fois en­gueu­ler », rit Ro­nan Lu­cas.

« Ar­mel me lais­sait faire les trucs un peu pour­ris, je pa­tau­geais. A la fin, il m’a avoué qu’il s’était clai­re­ment mis en mode bi­zu­tage. » Au contact du der­nier vain­queur du

30 DÉ­CEMBRE 1989 :

nais­sance à Pa­ris

2013 : di­plô­mée de HEC

2017 : elle gagne, avec Er­wan Le Draou­lec, la Mi­ni-fast­net

2017 : lau­réate de la Trans­gas­cogne

2019 : elle passe pro­fes­sion­nelle et ter­mine 29e de la So­li­taire du Fi­ga­ro

2019 : 6e dans la classe Imo­ca, avec Ar­mel Le Cléac’h, de la Tran­sat Jacques Vabre

Skip­peuse des temps mo­dernes, Cla­risse Cré­mer est en train de faire bas­cu­ler la voile dans une nou­velle ère.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.