Aujourd'hui en France

« Je ne peux pas croire que le prof de mon fils se soit fait cou­per la tête »

- Parenting · Family · Muhammad

QUAND IL A AP­PRIS la ter­rible nou­velle, Nordine s’est tout de suite ren­du de­vant le col­lège du Bois-d’aulne de Con­flanssaint­e-ho­no­rine (Yve­lines), où sont sco­la­ri­sés ses deux en­fants. « Je ne peux pas croire que le prof de mon fils se soit fait cou­per la tête », se dé­sole-t-il, ex­trê­me­ment cho­qué. De­vant l’éta­blis­se­ment sco­laire si­tué dans un quar­tier dé­crit par beau­coup comme « pai­sible et pa­villon­naire », la si­dé­ra­tion est gé­né­rale.

Elle a at­teint Ja­nine, voi­sine du col­lège et qui n’ar­rête pas de trem­bler. « J’étais avec une amie au té­lé­phone, elle m’a dit : Re­garde la té­lé­vi­sion, il se passe quelque chose à cô­té de chez toi. Au dé­but, je me suis dit qu’il y avait eu un ac­ci­dent, mais de là à ima­gi­ner une chose pa­reille… J’en suis ma­lade. »

A cô­té d’elle, une femme hoche la tête. « Mon fils est sco­la­ri­sé ici, il m’a dé­jà dit qu’il ne vou­lait plus ja­mais re­ve­nir au col­lège. Il est ex­trê­me­ment cho­qué et je lui ai dit d’ar­rê­ter de re­gar­der les in­fos ! Ça fait peur, on ne peut pas pen­ser que ça puisse se pas­ser ici. » La mère de fa­mille s’est ra­pi­de­ment dou­tée de quelque chose de grave quand la ru­meur de la mort d’un pro­fes­seur a com­men­cé à prendre de l’am­pleur en fin d’après­mi­di. « On a tout de suite ima­gi­né que c’était lui », souffle-telle. En cause, un cours d’édu­ca­tion ci­vique sur la li­ber­té d’ex­pres­sion, don­né par Sa­muel P., 47 ans, la se­maine der­nière et au cours du­quel il a mon­tré des ca­ri­ca­tures de Ma­ho­met dans une classe.

Une autre ajoute qu’« il au­rait de­man­dé aux élèves sus­cep­tibles d’être cho­qués de sor­tir de classe ». « Nous sa­vions que c’était un dossier un peu sen­sible puisque le su­jet nous était re­mon­té au ni­veau dé­par­te­men­tal », confirme un en­sei­gnant, dé­lé­gué syn­di­cal. Un pa­rent a im­mé­dia­te­ment fait une vi­déo sur You­tube pour dé­non­cer le conte­nu de ce cours, sus­ci­tant beau­coup de ré­ac­tions. Mais évi­dem­ment, per­sonne ne pou­vait ima­gi­ner qu’un homme al­lait s’em­pa­rer de l’af­faire pour com­mettre un crime atroce. A quelques mètres de là, cô­té Era­gny-sur-oise (Vald’oise), Ayoub, 26 ans, ra­conte que ses en­fants « ont vu l’as­saillant cou­rir vers les po­li­ciers en criant Al­la­hou ak­bar ». Pour le jeune père, le terroriste « sa­lit notre re­li­gion ». « On ne règle pas ses comptes comme ça ! »

Un cours qui a créé du re­mous

Le fils de Nordine était dans la classe le jour du fa­meux cours, af­firme son père. « S’il a de­man­dé aux en­fants mu­sul­mans de sor­tir, c’était pour les pré­ser­ver. Et je n’ai pas l’im­pres­sion qu’il y ait eu de tensions, ex­plique-t-il. Moi-même mu­sul­man, je suis en­core plus cho­qué. Un mec est mort pour avoir mon­tré un des­sin. C’est hor­rible. »

Une autre ma­man évoque ce cours qui a créé du re­mous. « Mon fils m’avait évo­qué la po­lé­mique nais­sante. Les élèves en ont beau­coup par­lé, ça a pas mal ja­sé car des pa­rents s’étaient plaints de cet en­sei­gne­ment. C’était l’af­faire de la se­maine », souffle cette mère, « cho­quée et aba­sour­die » par le drame.

Sa­muel P. en­sei­gnait l’his­toire de­puis plu­sieurs an­nées dans cet éta­blis­se­ment ré­pu­té calme. « Quel­qu’un de très dis­cret, bien­veillant, ap­pré­cié des élèves et de ses col­lègues, confie So­nia, une mère de fa­mille. Il ado­rait son tra­vail et res­pec­tait ses élèves. De­man­der à ceux qui pour­raient être cho­qués de quit­ter la salle montre un res­pect ex­trême des croyances des autres col­lé­giens. Que pou­vait-il faire de plus ? »

Une autre, qui sou­haite res­ter ano­nyme, évoque un « prof d’une qua­ran­taine d’an­nées, sym­pa­thique, res­pec­té par les élèves ». « Mon fils l’avait eu il y a quelques an­nées et en garde un plu­tôt bon sou­ve­nir, pour­suit-elle. Il était in­ves­ti dans son mé­tier et n’avait ja­mais fait par­ler de lui pour des pro­pos dé­pla­cés ou ir­res­pec­tueux sur la re­li­gion. »

Vir­gi­nie, 15 ans, a eu cet en­sei­gnant « gen­til et nor­mal » quand elle était en 4e dans l’éta­blis­se­ment. « Je ne com­prends pas que quel­qu’un ait pu lui faire ça », souffle la jeune fille. « Il avait dé­jà mon­tré les ca­ri­ca­tures de Char­lie Heb­do quand j’étais en classe. A l’époque, il avait dé­jà de­man­dé aux élèves qui étaient mu­sul­mans de sor­tir s’ils n’étaient pas à l’aise avec ça, as­sure-t-elle. Moi, je suis mu­sul­mane et j’étais res­tée, je n’ai pas trou­vé ça cho­quant. »

UN PA­RENT D’ÉLÈVE

’’ Mes en­fants ont vu l’as­saillant cou­rir vers les po­li­ciers en criant Al­la­hou ak­bar

AYOUB, 26 ANS

’’ Moi-même mu­sul­man, je suis en­core plus cho­qué. Un mec est mort pour avoir mon­tré un des­sin. C’est hor­rible. NORDINE, PÈRE D’UN ÉLÈVE DE SA­MUEL P.

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Era­gny (Val-d’oise), hier soir. Un im­por­tant di­po­si­tif po­li­cier a été dé­ployé au­tour de la rue où le tueur pré­su­mé a été abat­tu.
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Con­flans-saint-ho­no­rine, hier. Un po­li­cier se tient près de l’en­droit où le corps de l’en­sei­gnant as­sas­si­né a été re­trou­vé.
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Con­flans-saint-ho­no­rine (Yve­lines), hier. Les se­cours se sont ren­dus au col­lège du Bois-d’aulne, où en­sei­gnait Sa­muel P., 47 ans.

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