51 jours pour un ren­dez-vous chez l’oph­tal­mo, en­core trop long

Les dé­lais d’at­tente sont en baisse, re­lève le Syn­di­cat na­tio­nal des oph­tal­mo­lo­gistes de France. Peut mieux faire, juge l’ins­pec­tion des af­faires so­ciales.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - PAR DA­NIEL ROSENWEG

COM­MENCE-T-ON à voir le bout du tun­nel ? Une pe­tite lu­mière est per­cep­tible si l’on en croit la der­nière étude sur les dé­lais pour consul­ter un oph­tal­mo. Réa­li­sée par l’ins­ti­tut CSA pour le Syn­di­cat na­tio­nal des oph­tal­mo­lo­gistes de France (Snof), elle ré­vèle un re­cul de 7 %, à 51 jours, du dé­lai d’at­tente moyen pour un ren­dez­vous, quel que soit le mo­tif (urgent ou pas) et le ca­nal uti­li­sé (té­lé­phone ou In­ter­net). « En trois ans, le temps d’at­tente a bais­sé d’un tiers », se fé­li­cite Thier­ry Bour, pré­sident du Snof. Mais il reste des dis­pa­ri­tés. D’où une nou­velle vague de me­sures en pré­pa­ra­tion qui fait dé­jà grin­cer des dents.

■ Pas fa­cile si c’est urgent

L’ins­ti­tut CSA a tes­té deux scé­na­rios : une de­mande de ren­dez-vous ra­pide pour cause d’ap­pa­ri­tion de symp­tômes et une de­mande pour contrôle ha­bi­tuel. En 2020, il est plus fa­cile de ren­con­trer un oph­tal­mo­lo­giste pour un contrôle pé­rio­dique : 51 jours d’at­tente contre 68 en 2019. En re­vanche, pour un ren­dez-vous urgent, le dé­lai s’est al­lon­gé de 5 à 32 jours. Pour Joy Ray­naud, géo­graphe spé­cia­liste de l’ac­cès aux soins, « il semble que la pan­dé­mie crée une ten­sion sur les ren­dez-vous ra­pides ».

■ Un tiers de re­fus

Se­lon l’étude, un tiers des ap­pels ne dé­bouchent sur rien, soit parce que le mé­de­cin re­fuse de nou­veaux pa­tients, soit, en cas d’ur­gence, parce qu’il ren­voie sur l’hô­pi­tal.

■ De fortes dis­pa­ri­tés ré­gio­nales

Les dé­lais va­rient en­core beau­coup se­lon le lieu d’ha­bi­ta­tion. En 2019, la four­chette os­cil­lait entre 25 et 135 jours d’at­tente ! En 2020, huit ré­gions sur treize voient leurs dé­lais s’amé­lio­rer. Une moindre at­tente qui pro­fite sur­tout aux ré­gions les plus pé­na­li­sées. Ain­si, la Bre­tagne passe de 126 à 47 jours pour un simple contrôle. En Nor­man­die, on n’at­tend plus « que » 90 jours contre 135 l’an der­nier. Dans deux ré­gions ce­pen­dant, les dé­lais se sont al­lon­gés de fa­çon in­ex­pli­quée : Bour­gogne - Franche-com­té (+ 60 jours) et Pro­vence-alpes-côte d’azur (+ 12 jours). En Ile-de-france, comp­tez un jour de plus (26 jours), pour un contrôle. Pour Thier­ry Bour, les amé­lio­ra­tions s’ex­pliquent car « les oph­tal­mo­logues ont de plus en plus re­cours à des plates-formes de ren­dez­vous, qui op­ti­misent le temps mé­di­cal ». Il es­time le retour à « des dé­lais nor­maux » en 2024, le nombre de dé­parts à la re­traite étant dé­jà in­fé­rieur aux nou­veaux di­plô­més.

■ Confier la pres­crip­tion aux op­ti­ciens ?

Un op­ti­misme que ne par­tage pas l’ins­pec­tion gé­né­rale des af­faires so­ciales, l’igas. Mal­gré les ré­formes, « le nombre de pa­tients ayant fait l’ob­jet d’une consul­ta­tion n’a pas pro­gres­sé à un rythme com­pa­tible avec la de­mande et les dé­lais de prise de ren­dez-vous res­tent ex­ces­sifs dans la qua­si-to­ta­li­té des ré­gions », re­grette-t-elle dans un rap­port pu­blié dé­but oc­tobre, qui pré­co­nise 28 me­sures à ap­pli­quer sous trois ans. L’igas me­nace : « Si les dé­lais ne di­mi­nuent pas si­gni­fi­ca­ti­ve­ment à ho­ri­zon fin 2021 », elle re­com­mande de confier la pri­mo-pres­crip­tion de verres simples, pour les 1642 ans, aux op­ti­ciens et or­thop­tistes. Des né­go­cia­tions sont en cours pour ap­pli­quer cer­taines pré­co­ni­sa­tions. Mais pour le pré­sident de Point Vi­sion, le doc­teur Fran­çois Pe­len, « il faut ar­rê­ter d’em­pi­ler les ré­formes, d’en ajou­ter avant même que le train de me­sures pré­cé­dent ait to­ta­le­ment été mis en ap­pli­ca­tion » !

■ Risque de dé­rive consu­mé­riste

L’ins­ti­tut As­te­rès, de l’éco­no­miste Ni­co­las Bou­zou, a scru­té le rap­port Igas. Se­lon ses conclu­sions, si elles sont ap­pli­quées, les 28 me­sures se tra­dui­raient dès 2024 par une offre de ser­vices ex­cé­den­taire. Si­tua­tion qui pour­rait gé­né­rer un re­nou­vel­le­ment d’équi­pe­ment tous les deux ans, au lieu de trois dans les faits ac­tuel­le­ment. Ce qui pour­rait, se­lon l’ins­ti­tut, avoir un im­pact de 1,36 mil­liard d’eu­ros par an sur les pa­tients et leurs com­plé­men­taires san­té. Avec le risque d’une hausse des co­ti­sa­tions…

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