Aujourd'hui en France

L’es­prit Ra­cing

- PAR OLI­VIER FRAN­ÇOIS Sports · France · England · Bristol · Exeter · Jean-Antoine-Nicolas de Caritat de Condorcet · Paris · University of Cambridge · Cambridge · Éric Blanc · Gennevilliers

Les illustres pré­dé­ces­seurs des Ciel et Blanc ont bous­cu­lé les codes du rugby en France.

BIEN PLUS qu’un ef­fet de manche, un clin d’oeil ou un pied de nez… S’il est sa­cré roi d’eu­rope en Angleterre, à Bris­tol, contre Exe­ter au­jourd’hui, le Ra­cing n’au­ra pas seule­ment at­teint le but qu’il s’est fixé de­puis l’ar­ri­vée de Ja­cky Lo­ren­zet­ti il y a qua­torze ans, il au­ra sur­tout re­noué le fil d’une his­toire an­ces­trale mar­quée par son ca­rac­tère sin­gu­lier et une ligne de conduite par­fois dé­ca­lée dans le rugby hexa­go­nal.

Bri­tish, bour­geois, uni­ver­si­taire… Le Ra­cing est évi­dem­ment un peu tout ce­la. Il le tient de sa nais­sance à la fin du XIXE siècle, entre les murs du ly­cée Con­dor­cet à Pa­ris sous l’in­fluence d’étu­diants bri­tan­niques. Ses cou­leurs ciel et blanc sont d’ailleurs celles de l’équipe de la cé­lèbre uni­ver­si­té de Cam­bridge. Voi­là pour les ra­cines. Les fleurs ont pous­sé plus tard, un siècle exac­te­ment. L’es­prit du club s’est alors éclai­ré des fa­cé­ties d’une bande de ga­mins af­fran­chis des codes ru­gueux d’un sport en­cla­vé dans les cha­pelles du Sud-ouest.

La fi­nale en noeud pap

« Le rugby était dur à l’époque au mi­lieu des an­nées 1970, ra­conte Jean-bap­tiste La­fond, an­cien in­ter­na­tio­nal. Je suis ar­ri­vé à 15 ans au Ra­cing, et c’était, même à notre ni­veau, cos­tard obli­ga­toire, cra­vate, de la te­nue, de la classe. On sen­tait bien qu’on nous pre­nait pour des bour­geois. »

Eric Blanc a re­joint le club un peu avant. « Je ve­nais des ci­tés de Gen­ne­vil­liers, ban­lieue ou­vrière, com­mu­niste, sou­ligne l’an­cien trois-quarts centre. J’étais im­pres­sion­né, j’avais un peu peur, mais j’ai trou­vé, et ça ne s’est ja­mais dé­men­ti par la suite, une ou­ver­ture d’es­prit in­croyable. Nous étions tous ac­cep­tés de la même fa­çon. »

Avec Yvon Rous­set, Franck Mes­nel, Phi­lippe Guillard, ils vont fon­der sans le cher­cher vrai­ment l’âme du Show­bizz, cette joyeuse bande de trois­quarts avides d’es­paces et de li­ber­té. Flam­boyants sur le ter­rain, rieurs et ima­gi­na­tifs en de­hors. Stu­pé­fiants même quand ils mêlent les deux et jouent dé­gui­sés, dis­pu­tant leurs fi­nales du Cham­pion­nat de France (per­due en 1987, ga­gnée en 1990) avec des noeuds pa­pillon roses.

« Il ne fal­lait pas se ra­ter sur le ter­rain, ri­gole La­fond. Car nous étions at­ten­dus un peu par­tout. On vou­lait sim­ple­ment vivre une belle jeu­nesse. Les idées fu­saient, il n’y avait pas de lea­der. » « Cette gé­né­ra­tion avait du ta­lent, du pa­nache, de l’in­sou­ciance, mais elle res­pec­tait l’his­toire du club, confie Pa­trick Ser­rière, l’an­cien 2e ligne de­ve­nu di­rec­teur gé­né­ral du club. Nous étions là pour nous mar­rer, mais pour réus­sir aus­si. »

Que reste-t-il au­jourd’hui de cet es­prit Ra­cing ? « Dé­jà, il faut dire que sans Ja­cky Lo­ren­zet­ti, le club se­rait mort », in­siste La­fond. « Il a fait ap­pel aux an­ciens comme moi pour ani­mer des as­so­cia­tions et res­ter proches de l’équipe, ren­ché­rit Ser­rière. Quand les joueurs portent un bla­zer en ar­ri­vant sur la pe­louse à Bar­ce­lone pour la fi­nale du Top 14 en 2016, ce­la veut dire que le fil n’est pas rom­pu et qu’ils ont eux aus­si un cer­tain pa­nache. » « Bien sûr, les choses ont chan­gé, nuance Eric Blanc. Cette équipe dé­gage tout de même une cer­taine classe et elle re­gorge de ta­lents épris de li­ber­té. » Comme ses de­van­cières.

 ??  ?? Stade Yves-du-ma­noir (Co­lombes), le 18 avril 1987. La cé­lèbre en­trée sur la pe­louse avec noeud pa­pillon et bla­zer de la pé­riode Show­bizz.
Stade Yves-du-ma­noir (Co­lombes), le 18 avril 1987. La cé­lèbre en­trée sur la pe­louse avec noeud pa­pillon et bla­zer de la pé­riode Show­bizz.
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