Aujourd'hui en France

Un pro­fes­seur dé­ca­pi­té L’ef­froi

Un pro­fes­seur d’his­toire-géo­gra­phie a été sau­va­ge­ment tué hier à Con­flans-sainte-ho­no­rine (Yve­lines) par un jeune Tchét­chène. Il y a quelques jours, il avait mon­tré à ses élèves une ca­ri­ca­ture de Ma­ho­met dans le cadre d’un cours sur la li­ber­té de la press

- PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS ET JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ, AVEC TIMOTHÉE BOUTRY ET RO­NAN FOLGOAS

Un pro­fes­seur d’his­toire a été dé­ca­pi­té hier à Con­flans-sainte-ho­no­rine, dans les Yve­lines, quelques jours après avoir mon­tré à ses élèves les ca­ri­ca­tures de Ma­ho­met. Le crime a été re­ven­di­qué sur Twit­ter par un in­ter­naute sous le pseu­do­nyme @Tchet­che­ne_270 qui pour­rait être le meur­trier.

Le pré­sident de la Ré­pu­blique s’est ren­du sur place dans la soi­rée.

QUELQUES MI­NUTES avant l’hor­rible crime, un mes­sage trou­blant est pu­blié sur Twit­ter sous forme de re­ven­di­ca­tion. A 16 h 55 hier, un in­ter­naute sous le pseu­do­nyme @Tchet­che­ne_270 écrit : « De Ab­dul­lah, le Ser­vi­teur d’al­lah, à Ma­cron, le di­ri­geant des in­fi­dèles, j’ai exé­cu­té un de tes chiens de l’en­fer qui a osé ra­bais­ser Mu­ham­mad, calme ses sem­blables avant qu’on ne vous in­flige un dur châ­ti­ment… (sic) » Le tweet est ac­com­pa­gné d’une pho­to in­sou­te­nable d’une tête dé­cou­pée avec la lé­gende : « C’est Monsieur P. »

Trois se­maines après l’at­taque près des an­ciens lo­caux de « Char­lie Heb­do » à Pa­ris, le ter­ro­risme a frap­pé à nou­veau en France de ma­nière aus­si ignoble que sym­bo­lique. Et c’est au tour de l’edu­ca­tion na­tio­nale cette fois de pleu­rer l’un des siens. Il est 17 heures pas­sées hier lors­qu’un équi­page de po­li­ciers mu­ni­ci­paux re­marque près du col­lège du Bois-d’aulne de Con­flanssaint­e-ho­no­rine (Yve­lines) le corps d’un homme atro­ce­ment mu­ti­lé. Sa tête gît à quelques mètres. Un sus­pect, à l’ap­pa­rence ju­vé­nile, se tient près de la dé­pouille et me­nace les fonc­tion­naires avec ce qui semble être une arme à feu. Il prend en­suite la fuite en di­rec­tion de la rue de la Hau­te­borne avant d’être rat­tra­pé 800 m plus loin par une pa­trouille de la BAC de Con­flans en voi­ture, al­lée des Ber­ge­ron­nettes, dans la com­mune li­mi­trophe d’era­gny (Val-d’oise).

Pas connu pour ra­di­ca­li­sa­tion

Après avoir crié « Al­la­hou ak­bar » (NDLR : Dieu est grand, en arabe), l’as­saillant se di­rige vers les po­li­ciers de ma­nière hos­tile avant d’être abat­tu par dix tirs de ri­poste. Dé­cla­ré mort quelques mi­nutes plus tard, il a été trou­vé sur lui un fu­sil de type Air­soft ain­si qu’un cou­teau do­té d’une pe­tite lame.

Il ne s’agi­rait pas de l’arme du crime puisque au­cune trace de sang n’y fi­gure et qu’un té­moin dit avoir vu le tueur ra­mas­ser quelque chose au sol avant de s’en­fuir. Se­lon nos in­for­ma­tions, les pre­miers élé­ments in­diquent que le sus­pect s’ap­pelle Abou­lakh A., un jeune de 18 ans d’ori­gine tchét­chène et né à Mos­cou (Rus­sie), et qu’il est do­mi­ci­lié dans les Yve­lines. Ce qui cor­res­pon­drait au pseu­do­nyme uti­li­sé par l’in­ter­naute qui a pu­blié la pho­to ma­cabre de la dé­ca­pi­ta­tion ain­si que des cli­chés à la gloire de « la Tchét­ché­nie libre » sur Twit­ter. Abou­lakh A. n’est pas fi­ché S, se­lon nos in­for­ma­tions, ni connu pour ra­di­ca­li­sa­tion mais pour une dé­gra­da­tion en réunion en 2016.

Quant à la vic­time, il s’agit bien de « Monsieur P. », Sa­muel

P., un pro­fes­seur d’his­toire-géo­gra­phie de 47 ans qui en­sei­gnait au col­lège de Con­flans près du­quel il a été as­sas­si­né. Alors que le Par­quet na­tio­nal an­ti­ter­ro­riste (PNAT) s’est sai­si de l’en­quête, les pre­mières in­ves­ti­ga­tions, confiées à la SDAT et la DGSI, pri­vi­lé­gient un acte de re­pré­sailles com­mis par un is­la­miste ra­di­ca­li­sé. Sa­muel P. avait en ef­fet crée une po­lé­mique au ni­veau lo­cal après avoir pris l’ini­tia­tive, la se­maine der­nière, de don­ner un cours sur la li­ber­té de la presse et d’ex­pres­sion. Dans ce cadre, il avait mon­tré à ses élèves de 4e une ca­ri­ca­ture du pro­phète Ma­ho­met. En amont, il avait lais­sé la pos­si­bi­li­té aux élèves qui le sou­hai­taient de quit­ter le cours. Ce qui n’avait pas em­pê­ché un cer­tain émoi dans l’éta­blis­se­ment.

Sur une vi­déo pos­tée sur You­tube, un père ex­prime son dé­goût et traite l’en­sei­gnant de « voyou ». Il in­vite d’autres pa­rents à le contac­ter. Même s’il em­ploie des termes peu amènes en­vers le pro­fes­seur, il n’ap­pelle pas à la vio­lence contre lui. Le té­moi­gnage fil­mé de sa fille — sur le­quel son vi­sage n’ap­pa­raît pas — a éga­le­ment été mis en ligne. La col­lé­gienne ra­conte la scène et comment l’en­sei­gnant a de­man­dé aux élèves mu­sul­mans de le­ver la main pour les pré­ve­nir qu’ils al­laient peu­têtre être cho­qués. L’adolescent­e ex­plique avoir re­fu­sé de par­tir et ra­conte que la ca­ri­ca­ture re­pré­sen­tait le Pro­phète sans vê­te­ments. « On a tous été cho­qués, même ceux qui n’étaient pas mu­sul­mans », re­late-t-elle, ex­pli­quant qu’elle a vé­cu cet épi­sode comme un manque de res­pect pour sa re­li­gion.

En plein dé­bat sur la loi sur le sé­pa­ra­tisme

Le terroriste pré­su­mé, qui ne connais­sait pas vrai­sem­bla­ble­ment sa vic­time, a-t-il été gal­va­ni­sé par la vive contro­verse au­tour du cours ? L’en­quête va de­voir le dé­ter­mi­ner. « Le pa­rent d’élève était al­lé voir le pro­vi­seur ac­com­pa­gné d’un homme connu des ser­vices de ren­sei­gne­ment. L’af­faire s’était dé­gon­flée lo­ca­le­ment et le pro­fes­seur s’était ex­cu­sé. Pour moi, il y a for­cé­ment un lien entre le dif­fu­sion de cette vi­déo et ce pâs­sage à l’acte », confie un homme du ren­sei­gne­ment. Des té­moi­gnages dans le cercle édu­ca­tif ré­vèlent que Sa­muel P. vi­vait très mal la si­tua­tion. Des ap­pels à la dé­mis­sion avaient été lan­cés. « Il se sa­vait me­na­cé de mort », rap­porte le membre d’une as­so­cia­tion de pa­rents d’élèves du col­lège. « C’ér­tait un prof re­con­nu pour son sé­rieux et même sa sé­vé­ri­té, se­lon cer­tains élèves », ajoute Cé­cile Ri­be­tre­tel, pré­si­dente de la Peep de Con­flans.

En plein dé­bat sur la loi sur le sé­pa­ra­tisme, qui vise à lut­ter contre l’is­la­misme, cette at­taque bar­bare vi­sant une pro­fes­sion de moins en moins res­pec­tée sus­cite une vive émo­tion dans la classe po­li­tique. Le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron s’est ren­du hier soir à Con­flans-sainte-ho­no­rine (lire en page 4). Cet at­ten­tat sur­vient en plein pro­cès des at­ten­tats de jan­vier 2015 et peu de temps après l’at­taque com­mise à Pa­ris par un Pa­kis­ta­nais qui vou­lait se ven­ger de la re­pu­bli­ca­tion des ca­ri­ca­tures de Ma­ho­met par « Char­lie Heb­do ». Il met éga­le­ment en re­lief le poids de la com­mu­nau­té tchét­chène dans le dji­had fran­çais. « Les Tchét­chènes re­pré­sentent entre 15 à 20 % des is­la­mistes ra­di­ca­li­sés, sou­ligne Jean-charles Bri­sard, pré­sident du Centre d’ana­lyse du ter­ro­risme (CAT). La com­mu­nau­té fait l’ob­jet d’une sur­veillance ac­crue de la part du ser­vice de ren­sei­gne­ment in­té­rieur. »

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Hier, près du col­lège du Bois-d’aulne, à Con­flans-sainte-ho­no­rine, où a eu lieu le drame.
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Le terroriste pré­su­mé a été abat­tu peu après avoir
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Era­gny (Val-d’oise), hier. Le terroriste pré­su­mé a été abat­tu peu après avoir com­mis son crime.
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