Avantages

MOTS HEU­REUX

- PAR GAËL LE BELLEGO Paris · U.S. Route 66 · Egypt · France · Japan

Mé­ta­phores ou ar­got fleu­ri, d’où viennent ces ex­pres­sions qui ré­vèlent les plai­sirs des beaux jours ?

Voi­là des mois qu’on se casse la né­nette. Pres­sée comme un ci­tron, on est au bout du rou­leau, alors on rêve de prendre la poudre d’es­cam­pette et de… je­ter l’éponge, pas­sez-nous l’ex­pres­sion. Ou plu­tôt non, at­tar­dons-nous. Cette tour­nure vient de la boxe et du geste du ma­na­ger qui lance l’éponge de son pou­lain à terre, pour mettre un terme au com­bat. Aban­don. Com­bien de for­mules ima­gées em­ployons-nous au quo­ti­dien, sans en connaître l’ori­gine ? À l’ap­proche des va­cances, on se penche sur le phé­no­mène, comme pour goû­ter aux pre­miers plai­sirs de l’été.

TOP DÉ­PART

Les va­lises dans le coffre, le tube de crème so­laire à por­tée de main. C’est la quille ! Ap­pa­rue dans les an­nées 30, l’ex­pres­sion vien­drait du verbe « quiller » (aban­don­ner) ou de « jouer des quilles » (s’en­fuir à toutes jambes). La quille, c’était aus­si le sur­nom du ba­teau ra­me­nant les dé­li­vrés de Cayenne. Un sy­no­nyme de li­ber­té.

Et dans cer­tains ré­gi­ments mi­li­taires, un to­tem bien réel, per­son­na­li­sé (avec le nom de l’ap­pe­lé et son nu­mé­ro de ma­tri­cule gra­vés), que les dé­mo­bi­li­sés gar­daient en sou­ve­nir. C’est un tro­phée pour nous aus­si, parce que, ces va­cances, on ne les a pas vo­lées.

Alors, en voi­ture Si­mone !, clin d’oeil à Si­mone Louise de Pi­net de Borde des Fo­rest, pi­lote au­to­mo­bile dans les an­nées 20, pre­mière femme à dé­cro­cher son per­mis, à ga­gner des ral­lyes et à ou­vrir une au­to-école (en 1950). On ap­puie sur le cham­pi­gnon : si la pé­dale d’ac­cé­lé­ra­tion ac­tuelle ne res­semble plus vrai­ment à un bo­let, au début du XXe siècle, c’était le cas, avec une tige mé­tal­lique sur­mon­tée d’une bou­boule. Vroum.

PLEIN SUD

Nous voi­là sur la route des va­cances… Oui, mais la­quelle ? Comme s’il n’en n’exis­tait qu’une… Eh bien oui. Et toute al­lu­sion à la my­thique na­tio­nale 7 n’est pas for­tuite. Cet axe ser­pen­tin de 996 km, par­tant du coeur de Pa­ris pour re­joindre Men­ton et la Côte d’Azur, fit les beaux jours d’une file in­dienne de 4L et de « Deu­deuches » dans les 60’s, vé­los à l’ar­rière et barque sur la ga­le­rie. La RN7, c’est notre Route 66 à nous pour fi­ler vers le Mi­di, et qu’im­porte les bou­chons. Comme le chan­tait Charles Tré­net : « On est heu­reux na­tio­nale 7…»

DI­REC­TION LA PLAGE

Gou­gounes aux pieds, comme di­raient les Qué­bé­cois. Par­don ? Nu-pieds, san­dales, slaches (en belge), tongs… Les pre­miers mo­dèles connus – en pa­py­rus tres­sé et la­nières de cuir – re­montent à l’Égypte an­tique et au pha­raon Nar­mer. On n’a rien in­ven­té. En France, la tong – de l’an­glais thong = la­nière – se­rait ar­ri­vée en 1970, jouant des coudes sur les étals de bord de mer avec l’ico­nique Mé­duse. Son atout ? Elle s’en­file vite et per­met de gar­der les or­teils en éven­tail. Cette ex­pres­sion tra­duit bien la com­plète re­laxa­tion (on est dé­ten­due de la tête aux pieds), mais qui pour­rait aus­si avoir une ori­gine mé­di­cale moins gla­mour : pour soi­gner les my­coses des pieds au Moyen-Âge, on les as­sé­chait en écar­tant les or­teils avec des sortes de pe­tits éven­tails, obli­geant les pa­tients à res­ter au re­pos.

RE­LAX

Le pro­gramme des va­cances ? Far­niente (de l’ita­lien fare = faire + niente = rien, on ne peut pas être plus clair) et grasses ma­ti­nées, dont on trouve dé­jà trace au XVIIe siècle (chez Re­gnard, le Pou­li­dor du théâtre co­mique après Mo­lière), qui vien­drait du la­tin cras­sus, épais, pour son cô­té onc­tueux. Miam, le rou­pillon. Il faut se la cou­ler douce (au XIXe siècle, on di­sait juste « cou­ler une vie douce »). Ou bayer aux cor­neilles ( et non pas « bâiller »), qui si­gni­fie res­ter bouche bée de­vant des choses sans in­té­rêt, voire glan­der (clin d’oeil aux co­chons du MoyenÂge, qui fouillaien­t sans se pres­ser la terre au pied des chênes pour go­ber les glands). Bref, on est OKLM, lâ­che­rait En­zo, 12 ans, qui abuse du lan­gage SMS et rac­cour­cit l’ex­pres­sion ain­si « Au calme ». En 1975, on au­rait dit re­lax ou, pire, « Re­lax Max » et tous ses dé­ri­vés (« Co­ol Raoul », « Tran­quille Mi­mile »,

« À l’aise Blaise »…), jouant sur des as­so­nances fa­ciles. Qu’on laisse vo­lon­tiers aux poètes pouët-pouët.

SOUS LE SO­LEIL EXAC­TE­MENT

Sea, Sex and Sun. Avec cette chan­son de Gains­bourg, gé­né­rique du film Les Bron­zés, l’ex­pres­sion de­vient po­pu­laire. Triade de belles pro­messes. Avec cette idée qui do­mine : on veut bul­ler. Dé­ri­vé de « coin­cer la bulle », ar­got mi­li­taire des ti­railleurs de Saint-Cyr, qui ré­glaient leurs pièces d’ar­tille­rie avec une bulle. La mise au point faite, il n’y avait plus qu’à at­tendre. Comme nous, alan­guie sur notre ser­viette. Ob­jec­tif : se do­rer la pi­lule. Comme les apo­thi­caires qui en­ro­baient leurs mé­docs pour fa­ci­li­ter la prise, Mo­lière et Cor­neille uti­li­saient cette ex­pres­sion pour en­jo­li­ver les choses, don­ner un tour agréable aux pe­tits désa­gré­ments. Nous, on se tar­tine au so­leil. On fait bron­zette. Ou du bron­zing, néo­lo­gisme fran­glais po­pu­la­ri­sé en 1964 par le livre Par­lez-vous fran­glais ? (éd. Gal­li­mard). Au pas­sage, il s’agit d’un faux em­prunt : on ajoute sim­ple­ment une ter­mi­nai­son en -ing à un mot par­fai­te­ment fran­çais (comme dans « for­cing »).

À BOIRE ET À MAN­GER

19 h : apé­rooo ! Du verbe la­tin ape­rire, « ou­vrir », voi­là de quoi nous mettre en ap­pé­tit. Alors, on trinque : tchin-tchin, ins­pi­ré d’une formule de courtoisie chi­noise à mi-che­min entre « bon­jour » et « je vous en prie » (et à sur­tout ne ja­mais dire au Ja­pon, car il si­gni­fie « pé­nis »). Et zou, on fait chauf­fer le bar­be­cue, pi­qué aux Amé­ri­cains dans les fif­ties, qui l’avaient eux-mêmes em­prun­té aux Amé­rin­diens : bar­ba­coa dé­si­gnait une claie de bois pour fu­mer la viande. Car on adore dî­ner à la bonne fran­quette, ex­pres­sion d’ori­gine nor­mande ou picarde, re­mon­tant au XVIIe siècle pour dis­tin­guer les re­pas

« à la fran­çaise » (très chic) de ceux plus « francs » (sans ma­nières). Parce que, l’été, on aime les chou­chous, pas les chi­chis.

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