Big Bike Magazine

ABBAYE DU LAVERQ

L’ESCAPADE FAMILIALE

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Un aller-retour vers un endroit inspirant et reposant.

Cet itinéraire en aller-retour offre deux avantages : être beaucoup plus court que les grandes boucles et autres grands cols de l’ubaye, mais aussi d’être un excellent alibi culturel pour faire un pique-nique en famille. En revanche, si c’est court (selon votre camp de base cependant), c’est raide !

Comme souvent en Ubaye, mieux vaut avoir un 30 dents à l’arrière, voire un 32 si vous tutoyez les 80 kilos. Sinon, à un moment ou à un autre, vous allez devoir pousser sur vos pédales et regretter votre choix présomptue­ux de croire que cette vallée de grands cols majeurs ne serait ni plus ni moins l’égale de vos routes d’entraîneme­nt ! D’ailleurs, depuis Barcelonne­tte, en ouvrant ses ailes, on peut s’offrir directemen­t évidemment la cime de la Bonette, plus haute route ouverte au trafic routier d’europe à 2802 m, mais aussi le col routier de la Bonette, 3ème plus haut col à 2715 m, la Cayolle, 7ème à 2324 m, Allos, 8ème à 2240 m, Vars, 10ème à 2108 m, Champs, 11ème, à 2087 m, Larche, 17ème à 1991 m, mais aussi dans des boucles inoubliabl­es, le col Agnel, 2ème à 2744 m, l’izoard, 5ème à 2362 m et la Lombarde, 6ème à 2350 m ! Bref, huit des onze plus hauts cols français… Sans aucun doute, l’ubaye est vraiment la haute terre de France. Mais qui dit cols à plus de 2000 m d’altitude, dit manque d’oxygène et performanc­e amoindrie et par conséquent, une cassette allant jusqu’à 30 ou 32. CQFD. Pour grimper à la pittoresqu­e et champêtre abbaye de Larverq, à presque 1600 m d’altitude, on ne se confronte pas à cette problémati­que mais on évolue sur une route en mauvais état qui grimpe en escalier, alternant des rampes vraiment raides sur un revêtement qui ne rend pas avec des replats ou du moins des faux plats. Le premier kilomètre de la bonne dizaine à suivre alerte sur cette problémati­que avec un bon 9% sans sommation, sous un soleil de plomb de surcroît. On progresse dans un vallon assez étroit et sauvage, sans voir beaucoup de voitures. Là aussi, l’état de la route annonce la suite : plus ça va, moins ça va. On traverse une passerelle en bois, puis une seconde au niveau du Pont de Baud où l’on change de rive pour se mettre à l’ombre. Tant mieux, parce que la route se cabre de manière spectacula­ire sur 200 m. À la descente, méfiez-vous de ne pas vous laisser aller à la vitesse car la dernière épingle se passe quasiment à l’arrêt. Cet enchaîneme­nt de parties plus ou moins raides avec de courts moments de répit se poursuit jusqu’au hameau des Clarionds, lui aussi défendu par une longue rampe à 12% de moyenne, davantage par endroits. Un choix cornélien se pose ici : passer par le « centre-ville » comme l’indique un panneau qui prouve que les habitants de ce hameau de 20 maisons ont de l’humour, ou tirer droit vers l’abbaye. Libre à vous. En revanche, la terre battue a remplacé le mauvais goudron. Maintenant, c’est gravel ! Pas d’inquiétude, ça passe sans problème à vélo de route mais les parties raides le sont d’autant plus qu’il faut rester assis, en bec de selle, pour bien motricer. La première partie offre d’ailleurs un passage particuliè­rement raide, éprouvant, mais plus on s’enfonce dans ce vallon qui s’ouvre peu à peu, plus c’est beau, paisible et inspirant. Finalement, on comprend qu’on ait pu imaginer bâtir un lieu de culte ici, à l’ombre de la Grande Séolane (2909 m). Cette église, dédiée à Saint Antoine, bâtie au XVIIÈME siècle a pourtant failli disparaîtr­e la faute à l’exode rural mais aussi aux caprices du torrent qui parfois, venait déposer ses alluvions contre les murs. La faute aussi au ciment trop souvent employé dans l’ère moderne pour consolider à tout-va alors que c’est un cancer pour les murs érigés à la chaux. Le ciment stocke l’eau, la chaux la régule. Un monde d’écart pour des édifices dont les fondations, en terre, pompent à chaque minute l’humidité du sol, d’où l’invention du vide sanitaire. Tout ça pour dire que cet endroit plein de sérénité aurait pu disparaîtr­e sans la mobilisati­on de l’associatio­n pour la protection

« LE PREMIER KILOMÈTRE DE LA BONNE DIZAINE À SUIVRE ALERTE SUR CETTE PROBLÉMATI­QUE AVEC UN BON 9% SANS SOMMATION »

« NE PRENEZ PAS DE VITESSE POUR VOUS GARDER UNE MARGE DE MANOEUVRE EN CAS DE MAUVAISE SURPRISE »

et l’aménagemen­t du vallon du Laverq, de la commune de Méolans Revel et d’institutio­ns publiques. Ce miracle prend sa source en 2008, donc assez récemment, pour un résultat spectacula­ire tant on a l’impression que tout est d’origine. La patine laisse à croire que le temps n’a pas de prise sur elle, le visiteur pense de même… On peut pousser un peu plus loin sur la piste qui ouvre sur différents sentiers de randonnée et la plénitude de ce val incite à se poser sur la pelouse alpine pour un déjeuner sur l’herbe. À vous de l’organiser, soit en montant en famille en VAE, soit en voiture jusqu’au parking situé à 300 m à peine de l’édifice, ce qui permet à chacun de faire ce qui lui plaît. Pour la descente, attention à ne pas rester assis sur le vélo,et d’anticiper les trous et autres tas de graviers pour éviter les brusques embardées qui peuvent faire glisser la roue avant, et vous derrière… Freinez lorsque le terrain est dense, relâchez lorsqu’il est instable, et ne prenez pas de vitesse pour vous garder une marge de manoeuvre en cas de mauvaise surprise. Souplesse et anticipati­on quoi ! Si vous partez de Méolans Revel, l’aller-retour fait environ 25 km, idem depuis le Lauzet. Depuis Barcelonne­tte, l’addition monte à presque 70 km, 85 depuis Jausiers. Une idée peut être de mixer le tour des « Chapeliers » depuis Barcelonne­tte et atterrir aux Thuiles pour reprendre la grande route jusqu’au Martinet d’où débute le vallon du Laverq, si discret, mais inspirant.

Car si les week-ends d’été, les cols mythiques peuvent perdre un peu de leur magie (ils sont des passeurs qui connectent des « pays » différents) la faute aux camping-cars, motos pétaradant­es et club de voitures qui roulent en convoi en accélérant sans vraiment savoir pourquoi, dans le vallon du Laverq, la rançon du succès se paie modestemen­t, sans ostentatio­n. Ce n’est pas la route des Grandes Alpes, c’est l’impasse des Alpes de Hauteprove­nce. Mais quel plaisir d’arriver dans ce cul-de-sac !

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 ??  ?? Le fameux panneau «centre ville», aussi étonnant que réconforta­nt...
Le fameux panneau «centre ville», aussi étonnant que réconforta­nt...
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Les bibliothèq­ues partagées sont en vogue, mais là, c’est assez improbable pour être remarquabl­e.
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 ??  ?? Des belles choses forment un beau paysage. La pureté du Laverq.
Des belles choses forment un beau paysage. La pureté du Laverq.
 ??  ?? Les passerelle­s en bois mettent en garde contre l’aspect «gravel» de ce parcours, alors que le goudron est encore présent.
Les passerelle­s en bois mettent en garde contre l’aspect «gravel» de ce parcours, alors que le goudron est encore présent.
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