VTT sur la Cos­ta Bra­va

Bike (France) - - Sommaire - Texte et pho­tos : Greg Jean

Si la Cos­ta Bra­va est connue pour le vé­lo de route et les in­nom­brables stages qui s’y dé­roulent, sa ré­pu­ta­tion pour le vé­lo tout-ter­rain reste en­core à faire. Que ce soit en bord de mer ou dans un re­lief éton­nam­ment bien mar­qué, les par­cours de VTT lu­diques se mul­ti­plient et mé­ritent d’y re­gar­der de plus près. Va­mos !

C’est à l’oc­ca­sion du tour­nage de l’épi­sode ca­ta­lan de la web­sé­rie « Poudre d’es­cam­pette » ( voir VTT Ma­ga­zine n° 328), que nous avons dé­cou­vert ce coin de Ca­ta­logne, le plus mé­ri­dio­nal de la Cos­ta Bra­va : la Sel­va. Si le lit­to­ral ro­cheux et mor­ce­lé a don­né son nom à la « côte dé­mon­tée », le re­lief et la vé­gé­ta­tion joux­tant les criques et plages de la Ca­margue es­pa­gnole offrent un ter­rain de jeu sa­vou­reux. Ba­sés à Lio­ret de mar pour le con­fort et l’as­pect pra­tique de l’hô­tel De­la­mare, nous n’avons pas le temps d’écla­bous­ser le DJ qui, à chaque hap­py hour, mixe au bord de la pis­cine. Nous sommes ici pour la bi­ci­cle­ta !

Tos­sa de mar

Après la tra­ver­sée d’une fo­rêt dense, nous stop­pons notre four­gon face à la mer, éblouis par le so­leil le­vant. Blot­tie au creux des mon­tagnes, Tos­sa est idéale pour dé- mar­rer la jour­née par une sa­lu­ta­tion au so­leil. Pas trop le temps d’en­chaî­ner les pos­tures de yo­ga, Jor­di notre guide lo­cal charge les VTT dans sa ca­mio­ne­ta, di­rec­tion le mas­sif de Ca­di­retes. De­puis les 370 mètres d’al­ti­tude de l’er­mi­tage de San Grau, nous tour­nons les jambes tran­quille­ment pour fi­na­le­ment do­mi­ner la grande bleue de qua­si un de­mi-ki­lo­mètre de haut. Sur une fine trace gra­ni­tique, notre sla­lom entre les pins nous pro­jette dans une jungle luxu­riante. En­core quelques drifts et nous

“Il y en a pour tous les ni­veaux et tous les goûts, du flow­trail pai­sible sauts.” mais gri­sant, au sen­tier plus amé­na­gé avec de pe­tits et gros

sur­plom­bons la plage de Ro­sa­mare. Après avoir ma­té les quelques traces qui ar­rivent sur le sable, nous ache­vons cette très longue des­cente et plon­geons dans la Grande Bleue tur­quoise pra­ti­que­ment sans perdre notre vi­tesse, tels des tri­ath­lètes. Puis, au lieu de trot­ti­ner à la sor­tie de l’eau, nous en­chaî­nons par quelques tour­nées de cer­ve­zas bien fraîches sur la ter­rasse de la plage. Tels des as­cètes trans­gres­sifs, nous en­quillons les spé­cia­li­tés cu­li­naires à la bonne fran­quette : pan con to­mate, fri­ture de pe­tits pois­sons, etc. Ça tombe bien, la di­ges­tion se dé­roule lors d’une courte na­vette en four­gon, puis en selle sur une pe­tite mon­tée à la pé­dale, de­puis l’er­mi­tage de San Bal­di­ri. Si nous avons bien « cas­sé la dalle », ce sont celles (les dalles) qui par­sèment ce se­cond iti­né­raire qui brisent notre flow. Le par­cours tech­nique pé­nètre une gar­rigue agres­sive et, avec tact et au- dace, nos ap­puis s’en­chaînent au fi l des pièges de gra­nite. Sur­nom­mée la « Ti­ta ne­gra » – élé­gam­ment la « bite noire » en ar­got lo­cal –, la sente aux pas­sages vi­cieux offre un fi­nal tout en dou­ceur sur San­ta Ma­ria de So­lius.

En­du­ro Pa­ra­dise

Avant notre bai­gnade de fin de jour­née, pré­vue dans une pe­tite crique de Tos­sa, nous dé­am­bu­lons à vé­lo dans les ruelles mé­dié­vales de la vieille ville. Si la com­mune ar­bore fiè­re­ment ses rem­parts comme em­blème, c’est que sa mo­nu­men­tale mu­raille est la seule en­core exis­tante sur le lit­to­ral ca­ta­lan. De tour en tour, nous flâ­nons dans cet es­pace évo­ca­teur, aux ruelles étroites et pa­vées. Bai­gnés, rin­cés, rha­billés, notre as­cé­tisme trans­gres­sif nous pousse dans le pa­tio du Sei­na. Une in­vi­ta­tion à dé­gus­ter les cé­pages sé­cu­laires de Ca­ta­logne. Le rythme de vie es­pa­gnol n’est pas exac­te­ment le plus pro­pice aux ses­sions VTT quand les tem­pé­ra­tures se veulent es­ti­vales… et, pour cette se­conde jour­née, le RDV est fixé aux au­rores à San­ta Co­lo­ma de Far­ners, à trente mi­nutes à peine du lit­to­ral, presque au pied du Pié­mont py­ré­néen. Le sec­teur est sur­nom­mé « En­du­ro Pa­ra­dise ». Ici, les traces VTT pul­lulent sur une col­line d’en­vi­ron 350 mètres d’al­ti­tude. Tou­jours pas le temps pour le yo­ga ni de sa­luer le so­leil, nous dé­mar­rons sans tar­der, tout se fait à la pé­dale dans cette zone na­tu­relle pro­té­gée. Une large piste fo­res­tière per­met de mon­ter ra­pi­de­ment au dé­part d’une ving­taine de par­cours, tous plus lu­diques les uns que les autres. Il y en a pour tous les ni­veaux et tous les goûts, du flow­trail pai­sible mais gri­sant, au sen­tier plus amé­na­gé avec de pe­tits et gros sauts,

des vi­rages re­le­vés et des lignes tou­jours nettes et fluides. Sous les pins l’am­biance est à la ré­ga­lade, non sans rap­pe­ler le fun des traces amé­ri­caines ou, plus proche de chez nous, la col­line de Sin­sans, à l’ouest aus­si, mais de Nîmes ! Bien que sec, le ter­rain moel­leux nous in­vite à en­chaî­ner les ro­ta­tions. Les re­mon­tées sur la piste sont l’oc­ca­sion de dé­battre sur le choix des noms évo­ca­teurs pour cha­cune des traces : Spi­der­man, La Serp, Dra­gon Kahn, Bo­lets… jus­qu’à dix mi­nutes de des­cente à chaque fois, les courbes de ni­veau sont op­ti­mi­sées. On sait pour­quoi on monte ! Se­lon les ha­bi­tudes es­pa­gnoles, il est en­core un peu tôt pour dé­jeu­ner, mais nos jambes, dur­cies par quatre ro­ta­tions sur un bon rythme, nous pro­pulsent à l’ombre d’une ter­rasse en fin de ma­ti­née. L’après-mi­di se veut plus calme. Notre ba­lade bal­néaire dé­marre à Lio­ret de Mar. Tout le long de la côte, un che­min plus ou moins amé­na­gé ser­pente dans le chaos gra­ni­tique, avec pa­vés et es­ca­liers. Idéal pour ral­lier un spot de bai­gnade tran­quille, tout en jouant sur nos vé­los. De re­tour en ville, nous vi­sons une ruelle tran­quille. Ba­beth « los bue­nos tuyo­tos » nous a conseillé un ‘ti bar à ta­pas, dont les spé­cia­li­tés clas­siques et ori­gi­nales charment nos pa­pilles d’as­cètes al­ter­na­tifs. Pour pi­quer notre cu­rio­si­té, le ser­veur nous conseille son vin pré­fé­ré, qu’il trouve « tel­le­ment bru­tal »… bim-bam-boum, nous n’irons pas au ca­si­no, ni en boîte de nuit, ni dans un bar à chi­cha, c’est au plu­mard que nous ne pro­fi­te­rons pas dès ac­ti­vi­tés noc­turnes de pré­di­lec­tion à Lio­ret de mar.

La jungle ca­ta­lane

Nous sillon­nons de­puis deux jours le ter­ri­toire le plus mé­ri­dio­nal de la Cos­ta Bra­va, la Sel­va (la jungle en es­pa­gnol), sur­nom­mé « la ré­gion de l’eau ». Le coin est in­croya­ble­ment ar­bo­ré. On pour­rait croire que Tar­zan va nous ac­cueillir à Osor, le spot du jour, sur les pre­mières pentes du mas­sif des Guille­ries. À qua­rante- cinq mi­nutes du lit­to­ral, ces mon­tagnes culminent quand même à 1 200 mètres d’al­ti­tude. Ce n’est pas Chee­ta non plus mais Jor­di, notre guide sur ce trip, qui nous re­çoit dans son fief, avec un en­thou­siasme dé­bor­dant. D’abord au­tour d’un ca­fé, sur le cam­ping qu’il gère et uti­lise comme camp de base pour les jour­nées et sé­jours en­du­ro qu’or­ga­nise son en­tre­prise Pure Ri­ding. Lo­ca­taires d’une mon­tagne en­tière, Jor­di et son staff ont sha­pé quatre pistes, of­frant jus­qu’à 650 mètres de dé­ni­ve­lé né­ga­tif ! Pour ral­lier les dé­parts, une piste fo­res­tière

sta­bi­li­sée à grands coups de trac­to-ni­ve­leur offre une au­to­route al­le­mande au 4x4 « re­con­fi­gu­ré » de notre métayer du VTT. Puisque tout se passe sur ter­rain pri­vé, au­tant ren­ta­bi­li­ser les na­vettes avec des ban­quettes made in Osor et une re­morque qui fe­rait fré­mir Mad Max. Le pre­mier run se joue sur un iti­né­raire ty­pé en­du­ro, pas de sauts, pas de grande vi­tesse, une trace tout en dou­ceur tour­ni­co­tant au pied des arbres gi­gan­tesques. De la dense vé­gé­ta­tion s’ex­tirpe, sou­dai­ne­ment, un autre Jor­di avec une al­lure d’homme des bois… mais sa barbe bien taillée et les douces in­to­na­tions de son sa­lut le tra­hissent, son sens de l’ac­cueil est digne d’un guide lo­cal. Nous re­mon­tons pour dé­va­ler une piste plu­tôt ty­pée DH, et non sans une cer­taine fier­té, le vo­lu­bile Jor­dun com­pare un pas­sage au mythe de Whist­ler tan­dis que le bon­dis­sant Jor­deux as­sure la dé­mo sur son De­mo. Notre paire de guides am­bi­tionne de par­ta­ger avec nous tous les re­coins et atouts du Jor­dis­than, c’est donc sans re­lâche que nous en­chaî­nons les tours de ma­nège. Sur l’autre pan de la mon­tagne, on trouve les an­ciennes mines d’Osor, dont on ex­tra­yait la ga­lène, ap­pe­lée aus­si plomb ar­gen­ti­fère, un mi­né­ral uti­li­sé pour la confec­tion du khôl et la pro­duc­tion de verre en cris­tal. C’est di­rec­te­ment à la bou­teille que nous trin­quons à ces trois jours de VTT dé­pay­sants. Ce sé­jour en­chan­teur com­bine à mer­veille VTT et à- cô­tés. Dans une convi­via­li­té toute es­pa­gnole, jouis­sant d’un cli­mat sec, les pa­no­ra­mas aux ho­ri­zons loin­tains contrastent avec l’épaisse vé­gé­ta­tion de la Sel­va, qui cache des tré­sors de par­cours VTT. Une belle dy­na­mique de pas­sion­nés fa­çonne un ter­ri­toire qui, un jour peut-être, se­ra une ré­fé­rence, au même titre que son pen­dant ita­lien de Li­gu­rie. Va­mos a la playa, mais… à bi­ci­cle­ta !

Nous ache­vons une très longue des­cente pour plon­ger dans la Grande Bleue tur­quoise.

Li­lou tour­ni­cote au coeur d’une vé­gé­ta­tion qui rap­pelle la jungle.

Lo­ca­taires d’une mon­tagne en­tière, Jor­di et son staff ont sha­pé quatre pistes, of­frant jus­qu’à 650 m de dé­ni­ve­lé né­ga­tif !

Non sans une cer­taine fier­té, le vo­lu­bile Jor­dun com­pare un pas­sage au mythe de Whist­ler, tan­dis que le bon­dis­sant Jor­deux as­sure la dé­mo sur son De­mo.

Sur une fine trace gra­ni­tique, notre sla­lom entre les pins nous pro­jette dans une jungle luxu­riante, avant de sur­plom­ber la plage de Ro­sa­mare.

Sur la « Ti­ta ne­gra » les dalles seg­mentent notre flow. Avec tact, nous pé­né­trons l’agres­sive gar­rigue en jouant avec les pièges de gra­nite.

T’es ten­du Jor­di ! Si je te dis que t’es ten­du, t’es ten­du !

Sous les pins de San­ta Co­lo­ma, l’am­biance est à la ré­ga­lade, non sans rap­pe­ler la col­line de Sin­sans, dans la Vau­nage qui jouxte Nîmes.

Un des plai­sirs de la Cos­ta Bra­va : rou­ler, on ne peut plus, au bord l’eau.

Cer­ve­zas bien fraîches, pan con to­mate, fri­ture de pe­tits pois­sons… nous sommes bien sur la ter­rasse de la plage de Ro­sa­mare.

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