Les Sept Laux, pour du VTT toute l’an­née

Alors que la plu­part des sta­tions ont fer­mé bou­tique, l’ac­ti­vi­té VTT bat son plein au do­maine des Sept Laux qui reste ou­vert jus­qu’à l’ar­ri­vée de la neige. Une belle ini­tia­tive qui per­met de ri­der dans les Alpes jus­qu’au mois de no­vembre. On vous re­com­man

Bike (France) - - Sommaire - Texte et pho­tos : Laurent Re­vi­ron

Une sorte de vil­lage d’ir­ré­duc­tibles, c’est un peu comme ça que l’on pour­rait qua­li­fier le spot VTT des Sept Laux. En ef­fet, alors que la plu­part des do­maines ferment leurs re­mon­tées mé­ca­niques fin août, cette sta­tion reste ou­verte tous les week-ends jus­qu’à l’ar­ri­vée de la neige. Et ces der­nières an­nées, où les hi­vers sont plu­tôt tar­difs, il n’est donc pas rare de pro­fi­ter en­core de ce bike-park au mois de no­vembre. C’est comme ça de­puis que le do­maine a ou­vert en 2006 : « L’ob­jec­tif était de se dé­mar­quer des sta­tions voi­sines, se sou­vient Claude Col­na­ghi, l’un des pre­miers à avoir cru au VTT dans la sta­tion et au­jourd’hui pa­tron de l’école “Ea­sy Ri­ders”. L’avan­tage des Sept Laux reste de dis­po­ser d’une équipe de 10 à 15 personnes sa­la­riées à l’an­née et très po­ly­va­lentes. Ces em­ployés sont à même de ré­pa­rer les ins­tal­la­tions, de peindre, de te­nir la billetterie à la pis­cine... et donc d’ou­vrir ra­pi­de­ment les re­mon­tées mé­ca­niques. L’hi­ver, notre per­son­nel est ca­pable d’être ré­ac­tif à la moindre chute de neige et, l’été, nous ou­vrons le do­maine VTT à chaque fois que les condi­tions le per­mettent. » C’est à l’époque un contexte éco­no­mique plu­tôt fa­vo­rable à in­ves­tir dans le VTT qui avait dé­clen­ché la créa­tion du do­maine. En ef­fet, Pi­pay, l’un des trois vil­lages qui consti­tuent les Sept Laux, avait be­soin d’un nou­veau té­lé­siège. La ré­gion avait alors pro­po­sé de fi­nan­cer ce der­nier à hau­teur de 500 000 eu­ros si la sta­tion s’en­ga­geait à l’uti­li­ser aus­si pendant au moins cinq ans pour l’ac­ti­vi­té VTT du­rant l’été. C’est donc ain­si que les pre­mières pistes ont été tra­cées à Pi­pay. Mais lorsque le do­maine a été inau­gu­ré le 13 juillet 2006, Pra­pou­tel et Le Pley­net, les deux autres vil­lages des Sept Laux, avaient aus­si ou­vert leurs ins­tal­la­tions aux vé­los. Après cinq ans de fonc­tion­ne­ment, l’ab­sence de com­merces à Pi­pay et la vo­lon­té de ceux de Pra­pou­tel de pro­fi­ter da­van­tage de cette ac­ti­vi­té ont conduit au dé­pla­ce­ment du bike park. Les re­mon­tées mé­ca­niques n’ont alors plus été ou­vertes l’été à Pi­pay et au Pley­net, mais à Pra­pou­tel.

TOUR DU PROPRIO

C’est Pol, un mo­ni­teur de la sta­tion qui nous montre en cette belle ma­ti­née es­ti­vale les pre­mières pistes. Je suis ac­com­pa­gné d’Eme­ric, un pe­tit jeune du Ju­ra qui a un bon coup de gui­don. On prend de l’al­ti­tude fa­cile-

“Alors que bien des do­maines ferment leurs re­mon­tées mé­ca­niques fin août, neige.” cette sta­tion reste ou­verte tous les week-ends jus­qu’à l’ar­ri­vée de la

ment grâce au té­lé­siège des Cha­mois qui nous dé­pose au point le plus haut du do­maine VTT. C’est d’ailleurs cette unique re­mon­tée qui per­met d’ac­cé­der à toutes les pistes de la sta­tion. En haut, quelle que soit l’op­tion choi­sie, le dé­part reste très mi­né­ral et par­fois cas­sant. C’est par la piste rouge de la Jasse que l’on attaque. Une ligne DH avec de beaux re­le­vés et quelques pe­tits obs­tacles. L’en­droit offre sur­tout une vue pa­no­ra­mique in­croyable sur la val­lée gre­no­bloise. Lors des deux pre­miers vi­rages, on est comme sus­pen­du au- des­sus de ce pay­sage de carte pos­tale. Le re­vê­te­ment reste donc as­sez caillou­teux et les nom­breux orages ont creu­sé quelques bonnes cas­sures au ni­veau des frei­nages. Le lac de la Jasse est at­teint ra­pi­de­ment. D’or­di­naire, il est d’un bleu tur­quoise in­croyable, mais les nom­breuses pluies de ces der­niers jours ont contri­bué à lui faire perdre un peu de sa belle cou­leur. Ça n’em­pêche pas les tou­ristes, en cette pé­riode de va­cances es­ti­vales, de ve­nir s’y ba­la­der et de s’y po­ser pour faire un pique-nique. Cet en­droit ma­gni­fique, per­ché haut dans la mon­tagne, reste fa­ci­le­ment et ra­pi­de­ment ac­ces­sible en fa­mille grâce à la re­mon­tée mé­ca­nique à deux pas. Le spot est éga­le­ment très fré­quen­té par les vaches qui viennent y boire, et la plus grosse dif­fi­cul­té tech­nique en VTT consiste d’ailleurs à évi­ter les très nom­breuses bouses. Après cette pe­tite halte tou­ris­tique, on prend la di­rec­tion de la crête. Une trace sur une arête her­beuse que l’on a aper­çue du té­lé­siège et que l’on imaginait très étroite. Mais fi­na­le­ment, plus l’on s’en rap­proche et plus elle est large. On s’aper­çoit vite que l’on pour­rait car­ré­ment y pas­ser avec une voi­ture. Si l’in­té­rêt au ni­veau du pi­lo­tage reste as­sez li­mi­té, le pay­sage à 360° sur le do­maine vaut car­ré­ment le dé­tour. Pour que la des­cente soit plus in­té­res­sante, Pol nous fait bi­fur­quer dans la combe de Bé­di­na, par un che­min qui n’est d’ailleurs pas ré­per­to­rié sur le guide de la sta­tion. Ce che­min prin­ci­pa­le­ment fré­quen­té par les pié­tons est, lui, très étroit avec quelques pas­sages où il faut être fin dans le pla­ce­ment de ses roues.

DES AIRS DE CANADA

Ce sen­tier ab­so­lu­ment pas amé­na­gé pour les VTT se prête à mer­veille à la pra­tique. Il n’y a pas de dif­fi­cul­té par­ti­cu­lière ni d’en­droit ex­po­sé et cette tra­ver­sée est par­ti­cu­liè­re­ment agréable. Elle dé­bouche dans une prai­rie bien large, bien dé­ga­gée, bien sauvage qui s’ouvre une fois de plus sur un ma­gni­fique point de vue. On met le cap sur la fo­rêt. L’en­droit n’est tou­jours pas ba­li­sé, mais il n’y a qu’une trace évi­dente. On croise alors quelques mar­cheurs. Moyen­nant une at­ti­tude adap­tée qui consiste à ra­len­tir et à dire bon­jour avec un grand sou­rire, tout se passe dans la meilleure

“Lors des deux pre­miers vi­rages, on est comme sus­pen­dus au-des­sus ” de ce pay­sage de carte pos­tale.

am­biance. Ce coin de mon­tagne est ap­pré­cié des fa­milles pour le pe­tit spot d’es­ca­lade que l’on trouve quelques mètres plus loin. Les plus aguer­ris tech­ni­que­ment, comme Pol et Eme­ric, trou­ve­ront aus­si de belles zones de trial à faire à vé­lo. La suite du che­min nous ré­serve quelques pas­sages as­sez tech­niques. Il fau­dra même par­fois po­ser le pied. Non pas à cause de la pente, mais des nom­breux gros cailloux. Ce bout de che­min nous per­met de re­joindre la Psy­cho­pathe, une piste noire dans les sa­pins très sym­pa et, là, plu­tôt dans la pente. Sur­tout si l’on s’en­gage dans les lignes tra­cées en marge de cette der­nière qui partent droit dans le pen­tu. L’am­biance est ma­gique. La terre est trop bonne, as­sez fon­cée avec quelques ra­cines. La den­si­té des sa­pins et la lu­mière qui perce par en­droits ne sont pas sans rap­pe­ler quelque peu les spots ca­na­diens. L’évo­lu­tion se fait sur les freins, la dif­fi­cul­té consiste à ne pas prendre trop de vi­tesse. En bas, on est alors à l’ex­tré­mi­té du do­maine et c’est par une piste fi­na­le­ment pas si longue que l’on re­joint la re­mon­tée mé­ca­nique pour une nou­velle aven­ture.

DH SES­SION

Le type de pra­ti­quants que l’on croise ici, et le ma­té­riel qu’ils uti­lisent, laisse à pen­ser que les Sept Laux sont prin­ci­pa­le­ment ap­pré­ciés pour les pos­si­bi­li­tés of­fertes en DH. Pour­tant, ce que l’on a fait de­puis le dé­but s’ap­pa­rente da­van­tage à de l’en­du­ro, avec quelques lignes certes un peu amé­na­gées mais sans trop de sauts ni d’ins­tal­la­tions en bois. L’idée lors de ce deuxième run est donc d’al­ler ex­plo­rer un peu les pistes plus ty­pées. Tout de suite à la sor­tie du té­lé­siège, on s’en­gage dans un sen­tier qui trace tout droit vers le bas. La Bloo­dy Rock est une vraie piste noire que l’on vous conseille d’évi­ter si vous n’ai­mez pas le raide. Une por­tion ren­due en­core plus exi­geante par ce sol tou­jours très mi­né­ral en haut du do­maine. On est ras­su­ré sur la ca­pa­ci­té des « sha­pers » à tra­cer du dur. On peut donc se­rei­ne­ment en­chaî­ner avec une sec­tion dans la bleue de la Jasse, bien plus rou­lante. Pol lâche d’un coup les freins sur un che­min large afin de prendre un maxi­mum d’élan pour un step-up de fo­lie tra­cé plus loin sur le ta­lus. S’im­pro­vise alors une bonne pe­tite ses­sion de whips où les deux jeunes loups ar­rivent à pas mal re­pous­ser les lois de la gra­vi­té. Tout le monde est alors bien chaud pour en­chaî­ner avec la Bloo­dy Roots. La suite de la Bloo­dy Rocks ser­pente dans la fo­rêt, et cette fois sur de la bonne terre. La cou­leur noire est bien jus­ti­fiée. La pente est belle et la dif­fi­cul­té cor­sée par les quelques bonnes cas­sures dans les ra­cines et sur­tout les bons vieux mo­dules. Gap, pas­se­relles, step-down… Ceux qui aiment prendre l’air sont ser­vis sur cette piste qui reste l’une des plus fré­quen­tées par les

“La Bloo­dy Rock est une vraie piste noire que l’on vous conseille ” d’évi­ter si vous n’ai­mez pas le raide.

éner­vés de la des­cente. Cette trace dé­bouche cette fois pile-poil au centre névralgique de la sta­tion. Ça tombe plu­tôt pas mal, il est l’heure de cas­ser la graine. L’été, les pos­si­bi­li­tés de res­tau­ra­tion res­tent as­sez li­mi­tées aux Sept Laux et on se pose au Kak­tuss. Une bonne adresse qui pro­pose une belle carte à des prix abor­dables. On se laisse évi­dem­ment ten­ter par « l’as­siette VTT » com­po­sée d’un steak ha­ché, de fro­mage à ra­clette fon­du, d’un oeuf au plat, de frites et de sa­lade pour 15 eu­ros. Un ré­gal qui nous as­sure le plein d’éner­gie pour la suite, avec Claude Col­na­ghi qui a pu se li­bé­rer une par­tie de l’après-mi­di pour rou­ler avec nous.

OP­TION MÉ­CA­NIQUE

« C’est bien que vous ayez fait les sec­tions de saut avec Pol, parce que moi, ce n’est plus trop mon truc », attaque Claude. C’est la Bel’Di­na, une classique de la sta­tion, qu’il choi­sit pour la di­ges­tion. On re­prend donc l’unique re­mon­tée qui nous ra­mène au même point haut. On s’en­gage alors dans la trace la plus fa­cile qui part du som­met, la seule que l’on n’avait pas en­core tes­tée. La piste n’est en ef­fet pas très tech­nique et la pente rai­son­nable. Les quelques par­ties qui taillent droit per­mettent en re­vanche de prendre pas mal de vi­tesse et, sur ce sol caillou­teux, il convient de gar­der une marge de ma­noeuvre parce que la moindre chute se paie­rait sans doute as­sez cher. On com­prend pour­quoi la plu­part des pi­lotes uti­lisent ici des casques in­té­graux. On re­passe alors au-des­sus du lac de la Jasse, mais sous un angle de vue dif­fé­rent, et Claude nous fait re­mar­quer que de­puis cet en­droit, il a la forme d’un coeur. C’est en ef­fet as­sez éton­nant. La suite est plus si­nueuse, moins pen­tue. On tra­verse quelques belles éten­dues de fleurs avant d’ar­ri­ver une nou­velle fois dans la fo­rêt où la terre de­vient ra­di­ca­le­ment plus ac­cueillante. La deuxième par­tie de cette Bel’Di­na est par­ti­cu­liè­re­ment fun. Les vi­rages sont larges, bien ronds, on y prend fa­ci­le­ment de la vi­tesse. La pro­gres­sion se fait

fa­ci­le­ment et le des­sin de cette piste nous offre de belles sen­sa­tions. Les quelques pe­tits amé­na­ge­ments qui per­mettent de faire dé­col­ler un peu les roues ne gâchent rien à ce plai­sir. En bas, on au­rait d’ailleurs bien en­vie de re­mettre ça, mais le programme de la jour­née pré­voit une pe­tite sor­tie en­du­ro, puis­qu’il y a éga­le­ment de belles choses à dé­cou­vrir en la ma­tière. Le ren­dez-vous a été fixé à 16 h 30 pour cet ul­time run, his­toire de pro­fi­ter une der­nière fois de la re­mon­tée mé­ca­nique avant sa fer­me­ture, et ac­ces­soi­re­ment d’évi­ter 600/700 mètres de po­si­tif à faire à la pé­dale. Les plus éner­vés pour­ront d’ailleurs tou­jours pé­da­ler sur cette piste 4x4 qui part à cô­té du té­lé­siège pour at­teindre le som­met.

100% DE RÉUSSITE

Pol nous re­joint pour ce der­nier run de la jour­née. Plu­tôt que de bas­cu­ler comme d’ha­bi­tude sur la droite en haut, on s’en­gage à gauche sur une piste 4x4 au dé­but, puis sur un beau single qui tra­verse. Sous cet angle et avec la lu­mière du soir, la vue sur la val­lée est en­core plus belle. Cette trace peu fré­quen­tée re­joint un autre che­min 4x4 que l’on em­prunte pendant un quart d’heure pour re­prendre un peu de hau­teur. On ar­rive alors au dé­part de la HO5, une des pre­mières pistes tra­cées sur le do­maine, qui n’est au­jourd’hui plus trop fré­quen­tée. Elle reste pour­tant l’un des plus beaux runs du coin. On y croise les ves­tiges de quelques mo­dules en bois, plus for­cé­ment tous en état, mais ce n’est fran­che­ment pas dé­ran­geant. Le tra­cé, l’en­vi­ron­ne­ment, le sol… suf­fisent lar­ge­ment à vous pro­cu­rer de belles sen­sa­tions de mon­tagne et de pi­lo­tage. C’est sans doute parce qu’elle n’est plus des­ser­vie di­rec­te­ment par les re­mon­tées que cette trace est pas­sée un peu aux ou­bliettes, mais elle vaut vrai­ment la peine de pé­da­ler un peu pour y ac­cé­der. Elle se ter­mine à Pi­pay. Il faut pé­da­ler en­core un pe­tit peu pour re­trou­ver le che­min de Pra­pou­tel. Une sec­tion qui al­terne les mon­tées et les des­centes sur un che­min rou­lant. Il reste en­core un bout de des­cente pour re­joindre la sta­tion et c’est par des pe­tites traces sau­vages que l’on ter­mine cette boucle. On ar­rive une nou­velle fois en face du Kak­tuss. Dif­fi­cile de lutter contre le des­tin et de ré­sis­ter à l’ap­pel de la pe­tite bière de fin de jour­née bien mé­ri­tée, face au so­leil cou­chant. Entre deux gor­gées de hou­blon, on peut même en pro­fi­ter pour la­ver son vé­lo avec le net­toyeur mis à dis­po­si­tion par l’éta­blis­se­ment. Y a pas, lors de cette jour­née aux Sept Laux, il n’y au­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment eu au­cune fausse note.

Même sans saut amé­na­gé, cer­tains éner­gu­mènes trouvent le moyen de s’en­voyer en l’air.

La noire de la Bloo­dy Roots est agré­men­tée de quelques gaps qui exigent un bon ni­veau de pi­lo­tage et un peu de coeur.

On pour­rait l’ap­pe­ler « la trace per­due » : ce single ma­gique n’est plus guère fré­quen­té.

Sous cet angle, on voit bien la forme en coeur du lac tur­quoise de la Jasse.

Ces ma­gni­fiques épi­lobes n’at­ten­daient que notre pas­sage.

Une pe­tite sec­tion plate avant d’at­ta­quer la pente de la HO5.

Elle était pas mal cette pe­tite pause en haut du do­maine, juste avant de s’en­ga­ger dans la Bel’Di­na.

Sur ces traces en sous-bois, sur de la bonne terre et au mi­lieu des sa­pins, on se se­rait cru au Canada.

Les pe­tits jeunes sont al­lés cher­cher un peu les en­nuis sur les dalles ro­cheuses croisées dans la combe de Bé­di­na.

Au Kak­tuss, il y a de quoi se désal­té­rer et net­toyer son VTT.

Un gros tra­vail est réa­li­sé quo­ti­dien­ne­ment, et bé­né­vo­le­ment, par l’as­so­cia­tion « Des Pieds à Terre ». Ce ba­li­sage ori­gi­nal en fait par­tie.

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