La fin d’une mau­vaise ré­pu­ta­tion

Books - - SOMAIRE - Da­vid Quam­men. Har­per’s.

Nean­der­tal a long­temps ré­gné sur l’Eu­ra­sie, ré­sis­tant à plu­sieurs pé­riodes gla­ciaires. Loin d’être l’hu­main ar­chaïque que l’on croyait, la science a ré­cem­ment dé­cou­vert en lui un ar­ti­san so­phis­ti­qué et un chas­seur émé­rite, ca­pable en outre de pen­sée sym­bo­lique. Il a pour­tant dis­pa­ru il y a en­vi­ron 30 000 ans, ac­cu­lé sans doute par un Ho­mo sa­piens au cer­veau plus per­for­mant. Mais il ne s’est pas éteint tout à fait. Les der­nières re­cherches le ré­vèlent : les deux es­pèces se sont mé­tis­sées et nous avons tous en nous des gènes de Nean­der­tal.

L’iden­ti­té hu­maine se ré­vèle plus com­pli­quée que vous ne l’imaginez – bien que vous la ju­giez sans nul doute dé­jà pas­sa­ble­ment com­pli­quée. Nous por­tons notre his­toire évo­lu­tion­naire dans notre gé­nome, une his­toire pour le moins mé­lan­gée. Ces der­nières an­nées, une sé­rie d’études scien­ti­fiques sur l’ADN an­cien – en l’oc­cur­rence, de l’ADN ex­trait d’os de néan­der­ta­liens – a je­té une lu­mière éton­nam­ment nou­velle sur plu­sieurs vieilles ques­tions. Qu’est-il ar­ri­vé aux néan­der­ta­liens, qui semblent avoir dis­pa­ru de leurs der­nières en­claves eu­ro­péennes voi­ci en­vi­ron 30 000 ans ? Que nous est-il ar­ri­vé à nous, à peu près à la même époque, pour que nous nous met­tions à pro­duire des pein­tures ma­gni­fiques sur les murs de grottes ? [Lire « L’en­fance de l’art ? », p. 29.] À mettre au point de nou­velles mé­thodes de fa­bri­ca­tion d’ou­tils et de nou­veaux modes de com­mu­ni­ca­tion ? Et pour que nous de­ve­nions la der­nière forme d’ho­mi­ni­dés sur la Terre, celle qui a connu le plus grand suc­cès ? Avons-nous tué les néan­der­ta­liens, les avons-nous ac­cu­lés à l’ex­tinc­tion, en les en­traî­nant dans une com­pé­ti­tion inexo­rable, ou notre avè­ne­ment s’est-il pro- duit par pure coïn­ci­dence, au mo­ment où ils échouaient ? À moins, autre pos­si­bi­li­té en­core, que nous ne les ayons ab­sor­bés (en dé­pit de la bar­rière entre es­pèces) en nous re­pro­dui­sant avec eux ?

Trois livres ré­cents nous aident à re­pla­cer ces ques­tions dans le contexte plus large de la pa­léoan­thro­po­lo­gie telle qu’elle est pra­ti­quée de­puis une qua­ran­taine d’an­nées. « Les néan­der­ta­liens re­dé­cou­verts », de Di­mi­tra Pa­pa­gian­ni et Mi­chael A. Morse, se concentre en­tiè­re­ment sur les néan­der­ta­liens : com­ment ils vi­vaient, com­ment ils ont évo­lué, com­ment ils ont pu ha­bi­ter l’Eu­rope pen­dant au moins 200 000 ans1.

« Nous vou­lions écrire un livre sur les néan­der­ta­liens qui ne se perde pas trop dans les fausses pistes de la longue his­toire de la re­cherche et ne se laisse pas dis­traire par l’en­trée en scène d’Ho­mo sa­piens. » Ad­mi­rable ré­so­lu­tion. Pa­pa­gian­ni, une ar­chéo­logue spé­cia­li­sée dans les ou­tils de pierre, et Morse, un his­to­rien des sciences, ana­lysent les lames en ob­si­dienne, les grat­toirs en si­lex, les haches et les mar­teaux de pierre, les pointes de flèche, les éclats de pierre taillés d’une main ex­perte – au­tant d’ob­jets qui nous aident à sa­voir qui vi­vait où et quand, et de quel de­gré de so­phis­ti­ca­tion et d’an­ti­ci­pa­tion il usait dans ses tech­niques de chas­seur­cueilleur. Un mor­ceau de pierre taillée gros comme le poing peut en dire très long2.

Sur­vi­vants, de Ch­ris Strin­ger, prend au contraire pour prin­ci­pal su­jet l’émer­gence et l e triomphe de l’ homme mo­derne3. Pa­léoan­thro­po­logue au Mu­séum d’his­toire na­tu­relle de Londres, Strin­ger est une som­mi­té sur l’évo­lu­tion de l’homme en gé­né­ral et celle des néan­der­ta­liens en par­ti­cu­lier. Il est l’un des prin­ci­paux hé­rauts du mo­dèle « Out of Afri­ca ». Se­lon ce der­nier, un groupe d’hu­mains a émer­gé en Afrique voi­ci en­vi­ron 50 000 ans, à la suite de chan­ge­ments ré­vo­lu­tion­naires concer­nant la fa­bri­ca­tion des ou­tils et d’autres com­por­te­ments com­plexes. De­puis ce conti­nent, nous dit Strin­ger, ces nou­velles po­pu­la­tions se sont dis­per­sées jus­qu’en Eu­rope, où « elles ont ra­pi­de­ment pris le des­sus et rem­pla­cé les néan­der­ta­liens, grâce à leur su­pé­rio­ri­té tech­no­lo­gique et à leurs adap­ta­tions ». D’où l’autre nom don­né à ce scé­na­rio : le mo­dèle du Rem­pla­ce­ment.

L’as­cen­sion et la chute de Nean­der­tal

Dans ses mé­moires scien­ti­fiques « L’homme de Nean­der­tal », Svante Pää­bo, un gé­né­ti­cien évo­lu­tion­naire d’ori­gine sué­doise, ra­conte son rêve de jeu­nesse, de­ve­nir égyp­to­logue, rêve ins­pi­ré par un voyage avec sa mère à l’âge de 13 ans. Il se pas­sionne alors pour les mo­mies, mé­mo­rise des hié­ro­glyphes et passe ses étés dans un mu­sée à ca­ta­lo­guer des tes­sons de po­te­ries. Mais il réa­li­sa bien­tôt que cette dis­ci­pline « avan­çait trop len­te­ment à [s]on goût ». Et en­tre­prit des études de mé­de­cine, pour fi­na­le­ment s’orien­ter vers la re­cherche en bio­lo­gie mo­lé­cu­laire, qui of­frait une « perspectiv­e ap­pa­rem­ment illi­mi­tée d’amé­lio­rer le bien-être de l’es- pèce hu­maine ». Mais il res­tait in­tri­gué par la struc­ture du pas­sé hu­main. « Se­rait-il pos­sible d’étu­dier des sé­quences d’ADN an­cien pour com­prendre com­ment les Égyp­tiens étaient ap­pa­ren­tés entre eux et avec les hommes d’au­jourd’hui ? » Pää­bo di­rige à pré­sent le dé­par­te­ment de gé­né­tique à l’Ins­ti­tut Max Planck d’an­thro­po­lo­gie évo­lu­tion­naire à Leip­zig. Sa cu­rio­si­té pour l’Égypte pha­rao­nique l’a en­traî­né plus loin en­core dans le temps, il y a 30 000 ou 50 000 ans, quand l’his­toire des néan­der­ta­liens s’est sou­dain in­ter­rom­pue.

Ces trois livres mé­ritent d’être lus en­semble car, tout en of­frant trois pers­pec­tives dif­fé­rentes sur l’as­cen­sion et la chute des néan­der­ta­liens, ils servent d’illus­tra­tion à un thème plus gé­né­ral de la re­cherche contem­po­raine : le schisme entre la science or­ga­nis­mique et la bio­lo­gie mo­lé­cu­laire.

La pre­mière, la plus tra­di­tion­nelle des deux, ob­serve les po­pu­la­tions et les or­ga­nismes (ani­maux ou plantes) en­tiers, pour étu­dier leur éco­lo­gie et leur évo­lu­tion. La bio­lo­gie mo­lé­cu­laire ana­lyse les mo­lé­cules du vi­vant, en par­ti­cu­lier l’ADN, pour étu­dier la mé­ca­nique mi­nus­cule de la bio­chi­mie et de

l’hé­ré­di­té. La pre­mière, disent ses par­ti­sans, est ho­lis­tique alors que la se­conde est ré­duc­tion­niste. La se­conde, disent les par­ti­sans de l’autre camp, est mé­ca­niste et pré­cise, alors que la pre­mière est des­crip­tive et né­bu­leuse. Le dé­bat a pu vous échap­per, si vous ne tra­vaillez pas dans ce do­maine et n’êtes pas im­pli­qué dans l’al­lo­ca­tion de bud­gets uni­ver­si­taires. Cette que­relle, dis­crète et in­tes­tine mais acerbe, re­monte à la fin des an­nées 1950 et au dé­but des an­nées 1960, quand Ed­ward O. Wil­son (or­ga­nis­mique) et James D. Wat­son (mo­lé­cu­laire) étaient de jeunes cher­cheurs en concur­rence pour un poste à Har­vard – une joute ar­ché­ty­pale, dé­crite par Wil­son dans ses Mé­moires, Na­tu­ra

4 liste –, et quand leurs aî­nés tels que George Gay­lord Simp­son, Ernst Mayr et Theo­do­sius Dobz­hans­ky (tous or­ga­nis­miques) pu­bliaient des es­sais avec des titres du genre « La crise en bio­lo­gie » 5.

La fracture a per­sis­té pen­dant des dé­cen­nies mais s’est res­ser­rée et a en par­tie gué­ri de­puis quelques an­nées, les bio­lo­gistes mo­lé­cu­laires re­dé­cou­vrant com­bien sont fas­ci­nantes les ques­tions d’évo­lu­tion et les bio­lo­gistes or­ga­nis- miques se mon­trant plus à l’écoute des mé­thodes mo­lé­cu­laires. Les deux camps sont tou­jours en concur­rence pour le res­pect et les res­sources, mais pas de ma­nière aus­si acerbe que par le pas­sé.

Une forme in­con­nue d’être hu­main

Le mys­tère des néan­der­ta­liens est un pro­blème par­fait pour tes­ter les deux ap­proches, car des scien­ti­fiques l’abordent d’un cô­té comme de l’autre (Strin­ger, Pa­pa­gian­ni et Morse dans le camp or­ga­nis­mique, Pää­bo dans le camp mo­lé­cu­laire) et parce que les don­nées dis­po­nibles sont fort li­mi­tées : des ou­tils de pierre, des os et de rares traces d’ADN an­cien. Il est im­pres­sion­nant de voir la science en faire au­tant avec si peu.

Jus­qu’au mi­lieu du xixe siècle, per­sonne n’avait la cer­ti­tude qu’une autre es­pèce d’hu­main ou de créa­ture hu­ma­noïde eût ja­mais par­ta­gé la pla­nète avec nous. Dans les an­nées pré­cé­dant la pu­bli­ca­tion par Dar­win de la théo­rie de l’évo­lu­tion, l’idée était à peine ima­gi­nable – si­non pour cer­tains pseu­dos­cien­ti­fiques, prin­ci­pa­le­ment des hommes blancs en Eu­rope et aux ÉtatsU­nis, qui consi­dé­raient les races hu­maines comme des es­pèces dis­tinctes. Des fos­siles de di­no­saures et d’autres ani­maux dis­pa­rus avaient fait leur ap­pa­ri­tion et sus­ci­té la per­plexi­té (l’idée même d’ex­tinc­tion des es­pèces était hé­té­ro­doxe), mais on n’avait dé­cou­vert qua­si­ment au­cun in­dice de formes d’hu­ma­ni­té an­ciennes et dif­fé­rentes. Le crâne d’un en­fant trou­vé dans une grotte dans l’est de la Bel­gique en 1829 et ce­lui d’un adulte dé­cou­vert à Gi­bral­tar en 1848 avaient été ran­gés dans un ti­roir sans autre forme de pro­cès (ils se­ront iden­ti­fiés plus tard comme néan­der­ta­liens). Et puis, en 1856, les ou­vriers d’une car­rière de pierre dé­ter­rèrent, tou­jours dans une grotte, sur une pente abrupte do­mi­nant la ri­vière Düs­sel, dans la val­lée de Nean­der (près de l’ac­tuelle Düs­sel­dorf), des os ce qu’ils prirent pour un ours des ca­vernes (les ours des ca­vernes étaient connus pour être une es­pèce dis­pa­rue et de­puis un siècle leurs restes étaient sou­vent lais­sés là où ils avaient été trou­vés).

Le chef de chan­tier a confié ces os « d’ours » à un maître d’école de la ré­gion fé­ru d’his­toire na­tu­relle, Jo­hann Karl Fuhl­rott, qui eut un choc en com-

pre­nant qu’il avait af­faire aux restes d’une forme in­con­nue d’être hu­main. Il y avait une voûte crâ­nienne avec de gros bour­re­lets sus-or­bi­taires, deux fé­murs, cinq os de bras et d’autres frag­ments. Fuhl­rott confia sa dé­cou­verte à Hermann Schaaff­hau­sen, pro­fes­seur d’ana­to­mie à l’uni­ver­si­té de Bonn, qui écri­vit un ar­ticle af­fir­mant que ces fos­siles étaient ceux d’un nou­veau type d’hu­main, re­mon­tant à une époque an­té­rieure aux « races bar­bares » d’Eu­rope, an­té­rieure aux Celtes et aux pre­mières tri­bus ger­ma­niques, an­té­rieure même au Dé­luge. À Londres, Tho­mas Hux­ley s’étant in­té­res­sé au compte ren­du de Schaaff­hau­sen, Fuhl­rott lui en­voya un mou­lage en plâtre du crâne 6. Il dé­cri­vit les fos­siles néan­der­ta­liens dans son livre de 1863, « La place de l’homme dans la na­ture », les ana­ly­sant de ma­nière pro­vo­cante à la lu­mière de la théo­rie de son ami Dar­win, que le sa­vant avait en­fin pu­bliée quatre ans plus tôt, après deux dé­cen­nies d’hé­si­ta- tions. Cette même an­née, au congrès de la Bri­tish As­so­cia­tion for the Ad­van­ce­ment of Science, le géo­logue William King inven­ta le nom qui est res­té : Ho­mo nean­der­tha­len­sis. Il fut ain­si « le pre­mier à uti­li­ser des fos­siles pour nom­mer une es­pèce dis­pa­rue ap­pa­ren­tée à la nôtre », comme le re­lèvent Pa­pa­gian­ni et Morse.

Leur livre est un récit sobre, li­néaire, qui par­court le der­nier mil­lion d’an­nées de l’his­toire hu­maine en Eu­rope telle qu’elle res­sort des ou­tils de pierre re­trou­vés. Les au­teurs nous font vi­si­ter de très nom­breuses grottes : Si­ma del Ele­fante7 en Es­pagne, Pe­tra­lo­na8 en Grèce, Go­rham9 à Gi­bral­tar, Ta­bun10 et Ké­ba­ra11 en Is­raël, Pes­te­ra cu Oase12 en Rou­ma­nie, Vin­di­ja13 en Croa­tie [voir ci­des­sous « L’Eu­ra­sie néan­der­ta­lienne »] . Le charme et la fraî­cheur de leur livre tiennent à ce qu’il traite l’évo­lu­tion hu­maine comme une cu­rieuse his­toire condui­sant aux néan­der­ta­liens, et non comme un conte mo­ral ti­rant vers le haut jus­qu’à at­teindre le som­met qua­si di­vin représenté par l’homme mo­derne. L’ou­vrage ex­celle par­ti­cu­liè­re­ment dans les cha­pitres cen­traux, qui concernent la pé­riode al­lant à peu près de - 250 000 à - 60 000 ans, pen­dant la­quelle les néan­der­ta­liens ont évo­lué (pro­ba­ble­ment à par­tir d’une autre es­pèce d’hu­mains, Ho­mo hei­del­ber­gen­sis, ve­nus d’Afrique beau­coup plus tôt) et ont trou­vé le moyen de sur­vivre dans un en­vi­ron­ne­ment froid ponc­tué d’âges gla­ciaires [lire « Nean­der­tal et le cli­mat », p. 34].

Les ou­tils ont joué dans cette ba­taille pour la sur­vie un rôle cru­cial, mais il fal­lut être pa­tient. « Pen­dant le pre­mier mil­lion et de­mi d’an­nées après l’invention de la hache de pierre, écrivent Pa­pa­gian­ni et Morse, la tech­no­lo­gie de la pierre s’est peu amé­lio­rée. » Et puis le rythme s’est ac­cé­lé­ré. Quel­qu’un a in­ven­té ce qu’on ap­pelle main­te­nant la tech­nique de Le­val­lois, du nom de la ban­lieue de Pa­ris où ces ou­tils ont été trou­vés la pre­mière fois. La mé­thode consiste à pré­pa­rer un bloc de pierre et, par per­cus­sion, à en dé­ta­cher des éclats uti­li­sables, de forme pré­dé­ter­mi­née. L’ar­ti­san de­vait donc d’abord choi­sir des pierres pro­met­teuses, et pro­ba­ble­ment les trans­por­ter avec lui d’un en­droit à

l’autre, pour les ex­ploi­ter à me­sure de ses be­soins. Pa­pa­gian­ni et Morse y voient « un im­por­tant bond en avant cog­ni­tif » té­moi­gnant de l’émer­gence des néan­der­ta­liens [lire « La pointe du ja­ve­lot », p. 37].

Un triste et dis­cret ou­bli

Dans le sillage de cette dé­cou­verte, les néan­der­ta­liens ont connu leur pé­riode « clas­sique », entre en­vi­ron - 60 000 et - 45 000 ans, pen­dant la­quelle le cli­mat de la Terre fut re­la­ti­ve­ment doux, et ils ont éten­du leur pré­sence vers le nord de l’Eu­rope et vers l’est de l’Asie. Pa­pa­gian­ni et Morse nous rap­pellent que cette es­pèce a joui d’un vé­ri­table suc­cès, jus­qu’à un cer­tain point et pen­dant un cer­tain temps. Chas­seurs émé­rites, avec leurs ou­tils Le­val­lois, ils « sur­vé­curent dans des cli­mats hos­tiles en per­fec­tion­nant leurs vê­te­ments et les moyens de faire du feu. Ils en­ter­raient leurs morts et pre­naient soin des ma­lades. Ils ex­ploi­taient de mul­tiples sources de nour­ri­ture, y com­pris les pro­duits de la mer. Ils uti­li­saient l’ocre rouge, peut-être dans un but sym­bo­lique ». L’ocre rouge a no­tam­ment pu ser­vir de tein­ture, pour lus­trer et em­bel­lir les peaux dont ils s’ha­billaient et leurs corps. Mais les néan­der­ta­liens ne sont pas al­lés jus­qu’à ac­qué­rir la fa­cul­té (ou le dé­sir) de pro­duire des bi­joux avec de pe­tites perles et des co­quilles. Cette va­ni­té nous est ré­ser­vée, à nous les mo­dernes 14.

Et puis est ve­nue leur fin. Pa­pa­gian­ni et Morse laissent en­tendre que les hommes mo­dernes de culture gra­vet­tienne 15, peut-être avec l’aide d’une nou­velle gla­cia­tion, ont me­né les néan­der­ta­liens à leur triste et dis­cret ou­bli. Les gra­vet­tiens fa­bri­quaient des ou­tils plus so­phis­ti­qués en si­lex et en os. Ils éta­blis­saient des co­lo­nies de peu­ple­ment du­rables et sto­ckaient la nour­ri­ture. Ils pro­dui­saient des fi­gu­rines de femmes plan­tu­reuses, signe d’ima­gi­na­tion sym­bo­lique et d’ins­tincts sexuels as­su­més. Ils at­tra­paient des pois­sons dans les ri­vières et chas­saient les ani­maux mi­gra­teurs dans la steppe. Tout ce­la était plus que ne pou­vaient faire les néan­der­ta­liens. Les hommes mo­dernes de­vinrent de plus en plus nom­breux et oc­cu­pèrent des ré­gions de plus en plus éten­dues. Ils pros­pé­rèrent dans les prai­ries qui s’ou­vraient dans le nord de l’Eu­rope et l’Asie à me­sure que le cli­mat chan­geait. Les néan­der­ta­liens se re­tran­chèrent dans leurs der­niers re­fuges, peut-être en Es­pagne et dans les franges mé­ri­dio­nales de l’Eu­rope, puis dis­pa­rurent.

Ch­ris Strin­ger est le co­au­teur de plu­sieurs livres des­ti­nés au grand pu­blic (et de cen­taines d’ar­ticles scien­ti­fiques) sur l’évo­lu­tion de l’homme mo­derne et de nos dif­fé­rentes es­pèces de cou­sins, y com­pris les néan­der­ta­liens. Pu­blié en 2012 en an­glais, Sur­vi­vants se de­mande pour­quoi nous, les Ho­mo sa­piens, sommes les seuls re­pré­sen­tants du groupe très di­vers des ho­mi­ni­dés à avoir sur­vé­cu. Strin­ger a une for­ma­tion d’ana­to­miste et se fonde prin­ci­pa­le­ment sur la mor­pho­mé­trie, me­su­rant et com­pa­rant la forme des os, leur taille et leurs sché­mas de crois­sance. Les crânes sont par­ti­cu­liè­re­ment ins­truc­tifs et im­por­tants pour ce type de dé­mons­tra­tion. Il ra­conte dans son livre le pé­riple de 8 000 km en voi­ture qu’il fit en 1971, jeune doc­to­rant à l’al­lure bo­hème, pour al­ler vi­si­ter des col­lec­tions dans dix pays d’Eu­rope et me­su­rer des crânes de néan­der­ta­liens et de leurs suc­ces­seurs mo­dernes, qu’on ap­pe­lait alors CroMa­gnon 16. Il avait avec lui « une pe­tite va­lise pleine d’ins­tru­ments de me­sure en mé­tal, des pieds à cou­lisse, des mètres, des rap­por­teurs », ain­si qu’un ap­pa­reil pho­to pour gar­der une trace des formes des spé­ci­mens et de leur état de conser­va­tion. Il re­vint à l’uni­ver­si­té de Bris­tol après quatre mois de nuits pas­sées dans sa voi­ture et dans des au­berges de jeu­nesse, ayant es­suyé plu­sieurs com­pli­ca­tions au pas­sage des fron­tières et deux vols, trans­por­tant « l’un des plus vastes en­sembles de me­sures sur des crânes de néan­der­ta­liens et d’hommes mo­dernes an­ciens ja­mais réunis par qui­conque jus­qu’alors ». Strin­ger consi­gna ces

don­nées sur des cartes per­fo­rées et en nour­rit l’or­di­na­teur de l’uni­ver­si­té, une ma­chine grande comme plu­sieurs pièces mais do­tée d’une pe­tite frac­tion de la puis­sance de cal­cul d’un iP­hone. Il s’agis­sait no­tam­ment de mettre à l’épreuve l’idée d’une conti­nui­té entre les néan­der­ta­liens et l’homme mo­derne. Ap­par­te­naient-ils à la même li­gnée ? L’ana­lyse des don­nées qu’il avait re­cueillies l’ame­na à conclure par la né­ga­tive. Les hommes mo­dernes, ré­cents im­mi­grés d’Afrique, avaient rem­pla­cé les néan­der­ta­liens sans fu­sion­ner avec eux.

Strin­ger ap­pelle à pré­sent cette théo­rie le mo­dèle de l’Ori­gine afri­caine ré­cente, plu­tôt que le mo­dèle « Out of Afri­ca », pour dis­tin­guer l’homme mo­derne des vagues pré­cé­dentes d’im­mi­gra­tion d’Afrique. Une hy­po­thèse ri­vale, pro­po­sée dans les an­nées 1930 par un scien­ti­fique al­le­mand et dé­ve­lop­pée ul­té­rieu­re­ment par un pa­léoan- thro­po­logue amé­ri­cain, Mil­ford Wol­poff, est connue sous le nom de mo­dèle mul­ti­ré­gio­nal. Il af­firme qu’Ho­mo sa­piens a émer­gé de l’es­pèce qui l’a pré­cé­dé, Ho­mo erec­tus, non par une sou­daine ré­vo­lu­tion en Afrique, comme le pense Strin­ger, mais par un pro­ces­sus plus gra­duel, im­pli­quant une dif­fu­sion et des chan­ge­ments gé­né­tiques sur tout l’éven­tail des hu­mains, in­cluant Ho­mo erec­tus en Asie et en Afrique aus­si bien qu’Ho­mo nean­der­tha­len­sis en Eu­rope. Les in­di­vi­dus voya­geaient, en­core que len­te­ment ; ils croi­saient leurs ga­mètes par­tout où ils al­laient ; les mu­ta­tions avan­ta­geuses se ré­pan­daient d’un lieu à un autre. Et toute cette vaste po­pu­la­tion d’hu­mains ap­pa­ren­tés pro­gres­sait peu à peu, sans di­ver­ger pour for­mer des es­pèces dis­tinctes et sans qu’un groupe par­ti­cu­lier vienne en rem­pla­cer un autre. Un co­rol­laire de ce mo­dèle est que, même si les néan­der­ta­liens exis­taient, l’es­pèce Ho­mo nean­der­tha­len­sis, elle, n’exis­tait pas. Le croire se­rait une erreur taxo­no­mique. Il existe des « di­vi­seurs » et des « re­grou­peurs » chez les taxo­no­mistes, en­clins à com­mettre des er­reurs en sens contraires. Wol­poff est un « re­grou­peur » et, pour lui, Ho­mo nean­der­tha­len­sis est une fausse ca­té­go­rie ima­gi­née par des « di­vi­seurs » [lire l’ar­ticle de Ri­chard For­tey p. 25]. Strin­ger n’est pas d’ac­cord. Il voit la réa­li­té d’Ho­mo nean­der­tha­len­sis dans ses os – ce crâne avec ses gros bour­re­lets su­sor­bi­taires et sa fosse su­prai­niaque (une pe­tite dé­pres­sion à l’ar­rière de l’os oc­ci­pi­tal), ces ro­bustes fé­murs – qu’il a si soi­gneu­se­ment ob­ser­vés et me­su­rés.

Après les mo­mies, Svante Pää­bo tra­vailla sur l’ADN an­cien d’une es­pèce de zèbre dis­pa­rue, de pa­res­seux du Pléis­to­cène, puis se concen­tra sur le groupe d’os de néan­der­ta­liens sau­ve­gar­dés par le maître d’école Jo­hann Fuhl­rott en 1856. Connus main­te­nant sous le nom

de Néan­der­tal I, ils sont de­ve­nus le spé­ci­men type, la ré­fé­rence per­ma­nente pour toute com­pa­rai­son taxo­no­mique de la nou­velle es­pèce. Ch­ris Strin­ger avait me­su­ré cer­tains d’entre eux, no­tam­ment la voûte crâ­nienne, lors de son voyage de 1971. Vingt-cinq ans plus tard, en 1996, Pää­bo ob­tint un pe­tit mor­ceau d’os du même in­di­vi­du.

Ce n’étaient que 3,5 grammes, pré­le­vés sur l’hu­mé­rus droit avec une scie sté­rile par un ar­chéo­logue obli­geant du Rhei­nisches Lan­desmu­seum à Bonn, où les fos­siles de Fuhl­rott étaient conser­vés. L’un des étu­diants de Pää­bo, Mat­thias Krings, a ex­trait des frag­ments d’ADN du bout d’os pul­vé­ri­sé et les a don­nés à ana­ly­ser à une nou­velle ma­chine à sé­quen­cer l’ADN. Quand les ré­sul­tats ont com­men­cé à tom­ber, Pää­bo re­çut un coup de fil du la­bo tard dans la nuit.

« Ce n’est pas hu­main », di­sait Krings. Il vou­lait dire par là que ce n’était pas de l’ADN d’homme mo­derne ; pas l’ef­fet d’une conta­mi­na­tion par l’un de nous ou d’autres. C’est le ré­sul­tat qu’on es­pé­rait : de l’ADN de néan­der­ta­lien.

« J’ar­rive », mar­mon­na Pää­bo, et il s’ha­billa en vi­tesse.

Son livre « L’homme de Nean­der­tal » s’ouvre sur cet épi­sode, et c’est bien vu de la part du cher­cheur, qui nous convie d’em­blée à par­ta­ger ce mo­ment où il vit ses an­nées d’ef­forts pour ex­traire de l’ADN de fos­siles d’ho­mi­ni­dés por­ter leurs pre­miers fruits spec­ta­cu­laires. Il ne cache pas la fier­té que lui pro­cure l’ar­ticle qu’il pu­blia peu après dans la re­vue Cell, si­gné de lui, de Krings et de quatre autres col­lègues, an­non­çant leur prouesse et ce qu’elle sem­blait im­pli­quer. Ils avaient iso­lé des frag­ments d’ADN mi­to­chon­drial (plus fa­cile à col­lec­ter que l’ADN du noyau, parce qu’il est plus abon­dant dans chaque cel­lule, bien qu’il soit hé­ri­té seule­ment de la mère17), as­sem­blé ces frag­ments pour en faire une chaîne conti­nue, et com­pa­ré celle-ci avec un ma­té­riau com­pa­rable ti­ré d’in­di­vi­dus vi­vant au­jourd’hui. Leur ana­lyse a mon­tré que la sé­quence néan­der­ta­lienne al­lait au-de­là de la gamme des va­ria­tions pos­sibles chez les hu­mains ac­tuels. L’homme de Nean­der­tal ne nous avait donc rien ap­por­té. Ce ré­sul­tat, af­fir­ma le groupe de Pää­bo, « étaye le scé­na­rio dans le­quel l’homme mo­derne est ap­pa­ru ré­cem­ment en Afrique en tant qu’es­pèce sé­pa­rée » et a rem­pla­cé les néan­der­ta­liens « avec pas ou peu de mé­tis­sage ».

Pas to­ta­le­ment éteints

Strin­ger a as­sis­té à la confé­rence de presse dans la­quelle fut an­non­cée la dé­cou­verte de Pää­bo : « Je me sou­viens avoir été tel­le­ment trans­por­té, écrit-il, que j’ai com­pa­ré l’ex­ploit à l’at­ter­ris­sage d’un hu­main sur Mars ! » Ou seule­ment sur la Lune, se­lon la ver­sion de Pää­bo. Un bel ex­ploit en tout cas, et un rap­pel que la mé­moire hu­maine (étaitce Mars ou la Lune ?) n’est pas aus­si pré­cise que la bio­lo­gie mo­lé­cu­laire.

Mais, en écri­vant « avec peu ou pas de mé­tis­sage », l’équipe de Pää­bo avait pris une pré­cau­tion. Si leurs ré­sul­tats mon­traient bien qu’il n’y a pas eu de trans­mis­sion d’ADN mi­to­chon­drial des mères néan­der­ta­liennes à la li­gnée hu­maine mo­derne, ils n’ex­cluaient pas la pos­si­bi­li­té que les néan­der­ta­liens nous aient lé­gué d’autres gènes. Dans

son livre, presque deux dé­cen­nies plus tard, Pää­bo ex­plique en dé­tail à quel point cette pré­cau­tion était pré­mo­ni­toire. Car ses re­cherches ul­té­rieures ont prou­vé que la pre­mière dé­cou­verte – pas de pas­sage de gènes des néan­der­ta­liens vers l’homme mo­derne – était bel et bien fausse.

Après l’an 2000, trois os de néan­der­ta­liens pro­ve­nant d’un autre site, la grotte de Vin­di­ja en Croa­tie, ont four­ni as­sez d’ADN nu­cléaire à l’équipe de Pää­bo pour sé­quen­cer plus de quatre mil­lions de nu­cléo­tides de trois in­di­vi­dus et as­sem­bler une ma­quette du gé­nome en­tier des néan­der­ta­liens. C’était dé­jà là en soi un beau suc­cès, mais seule­ment un pré­lude à ce que l’ana­lyse des don­nées al­lait ré­vé­ler. En com­pa­rant le gé­nome de ces néan­der­ta­liens à ce­lui d’hommes vi­vant au­jourd’hui, Pää­bo et son équipe ont dé­cou­vert qu’entre 1 % et 4 % de l’ADN des Eu­ro­péens et des Asia­tiques mo­dernes pro­vient d’un mé­tis­sage avec des néan­der­ta­liens (les Afri­cains ne pos­sèdent pas cette com­po­sante hy­bride, pro­ba­ble­ment parce que Néan­der­tal n’est ja­mais al­lé sur le conti­nent). Pää­bo ad­met avoir été éton­né quand il a vu les ré­sul­tats pré­li­mi­naires sur son écran d’or­di­na­teur : « Ce­la contre­di­sait ce que j’avais moi-même cru. Les néan­der­ta­liens n’étaient donc pas to­ta­le­ment éteints. Leur ADN s’est per­pé­tué dans les per­sonnes vi­vant au­jourd’hui. »

Strin­ger ne s’est pas lais­sé trop af­fec­ter par les dé­cou­vertes gé­né­tiques de Pää­bo. « Au mo­tif qu’un mé­tis­sage semble s’être pro­duit entre les hommes mo­dernes et ar­chaïques, aus­si bien en Afrique qu’ailleurs, fau­drait-il aban­don­ner les noms des dif­fé­rentes es­pèces et re­grou­per tous les fos­siles du der­nier mil­lion d’an­nées ou da­van­tage sous l’éti­quette Ho­mo sa­piens, comme cer­tains le sug­gèrent ? » Sa ré­ponse est non. Son mo­dèle cor­ri­gé in­tègre les nou­velles don­nées mo­lé­cu­laires, un peu comme un sac mou qui a re­çu un violent coup de poing. Il le bap­tise « Ori­gine afri­caine ré­cente + Hy­bri­da­tion » [lire « Et les “races”, dans tout ça ? », p. 36]. C’est un com­pro­mis : les hommes mo­dernes sont ar­ri­vés d’Afrique il y a en­vi­ron 50 000 ans, mais alors, après avoir ren­con­tré les néan­der­ta­liens au MoyenO­rient et en Eu­rope, ils se sont mé­tis­sés avec eux jus­qu’à un cer­tain point et en ont conser­vé quelques gènes exo­tiques [lire l’ar­ticle d’Ann Gib­bons p. 38]. Nos an­cêtres sa­vaient s’adap­ter, et Ch­ris Strin­ger aus­si.

L’his­toire s’est pour­sui­vie de­puis l’im­pres­sion du livre de Pää­bo. Des études pu­bliées dé­but 2014 par deux groupes in­dé­pen­dants, l’un avec Pää­bo et le gé­né­ti­cien de Har­vard Da­vid Reich, l’autre di­ri­gé par Jo­shua Akey à l’uni­ver­si­té de l’État de Wa­shing­ton, concluent qu’entre 20 % et 40 % du gé­nome com­plet des néan­der­ta­liens se re­trouve épar­pillé dans le gé­nome des hommes d’au­jourd’hui. Cer­tains d’entre nous en ont hé­ri­té plus que d’autres : pour des rai­sons in­con­nues, les po­pu­la­tions d’Asie orien­tale semblent en avoir conser­vé une plus grande part que les Eu­ro­péens.

Jaillis­se­ment de che­vaux et d’au­rochs

Une ques­tion sur­git aus­si­tôt de la dé­cou­verte de gènes néan­der­ta­liens dans notre li­gnage : quel en est l’im­pact ? Une ques­tion à la­quelle il est dif­fi­cile de ré­pondre, même avec l’aide des ap­pa­reils de sé­quen­çage les plus so­phis­ti­quées et des meilleurs lo­gi­ciels d’ana­lyse des gé­nomes. On at­tend le cher­cheur qui nous di­ra ce que l’ADN des néan­der­ta­liens fa­brique dans notre corps, s’il fa­brique quoi que ce soit, et quels frag­ments ont pu in­fluen­cer notre his­toire évo­lu­tion­naire. Les ana­lyses de Pää­bo et Akey convergent sur un point : nombre d’entre nous por­tons des gènes néan­der­ta­liens qui contri­buent à la pro­duc­tion de ké­ra­tine, une com­po­sante es­sen­tielle de la peau, des che­veux et des poils. Le fait que ces gènes soient res­tés avec nous pen­dant au moins 30 000 ans de sé­lec­tion na­tu­relle sug­gère qu’ils ont au moins mar­gi­na­le­ment ser­vi à quelque chose. Mais per­sonne, pas même Pää­bo, ne peut dire à quoi. Nous ont-ils ai­dés à nous pro­té­ger contre le so­leil, le can­cer de la peau, la teigne, ou à évi­ter un désa­van­tage re­pro­duc­tif dû à la cal­vi­tie ? Peut-être. Mais peut-être pas. [Lire l’ar­ticle d’Ann Gib­bons p. 38.]

La gé­no­mique ne nous a pas per­mis non plus d’ap­por­ter une ré­ponse à cette autre grande ques­tion : pour­quoi avons­nous pris notre es­sor de ma­nière aus­si écla­tante pré­ci­sé­ment au mo­ment où Nean­der­tal dis­pa­rais­sait ? La forme des crânes ne l’ex­plique pas. Le per­fec­tion­ne­ment des ou­tils non plus. Les don­nées brutes que nous pos­sé­dons sur ce point com­prennent les ma­gni­fiques re­pré­sen­ta­tions de la vie d’ani­maux sau­vages qui ornent les grottes de Las­caux, Al­ta­mi­ra, Las Mo­ne­das, et en par­ti­cu­lier Chau­vet, avec son jaillis­se­ment de che­vaux et d’au­rochs, ses rhi­no­cé­ros à longues cornes, ses lionnes au re­gard concen­tré, ren­dues avec la plus grande mi­nu­tie.

Dé­cou­verte en 1994, la grotte Chau­vet, dans la val­lée de l’Ar­dèche, a été da­tée des en­vi­rons de - 30 000 ans, date à la­quelle les néan­der­ta­liens avaient dis­pa­ru de la plus grande par­tie de l’Eu­rope, ou s’étaient dé­fi­ni­ti­ve­ment éteints, ne lais­sant que quelques en­fants hy­brides dans la po­pu­la­tion des nou­veaux ve­nus18. C’est alors qu’un phé­no­mène nou­veau s’est pro­duit. Quel­qu’un s’est mis à peindre.

©JAVIERTRUE­BA/MSF/SPL/ COS­MOS

La grotte de Go­rham, à Gi­bral­tar. C’est dans cette zone, pen­set-on, que vé­curent les der­niers néan­der­ta­liens.

Ves­tiges re­trou­vés dans la grotte de Go­rham (Gi­bral­tar). À droite, ces en­tailles dans la roche sont la seule oeuvre de va­leur sym­bo­lique at­tri­buée de ma­nière cer­taine à Nean­der­tal. À gauche, une pointe de ja­ve­lot.

© Rue des Ar­chives - Gi­bral­tar Mu­seum/AFP

© Science Pho­to Li­bra­ry / akg

Fouilles sur l’un des sites d’Ata­puer­ca, au Pays basque es­pa­gnol. On y a re­trou­vé des restes du genre Ho­mo re­mon­tant jus­qu’à - 800 000 ans.

© JAN WOI­TAS/DPA/AFP

Le pa­léo­bio­lo­giste Svante Pää­bo, avec un crâne de néan­der­ta­lien. Le cher­cheur a mon­tré qu’entre 1 et 4 % de l’ADN des Eu­ro­péens et des Asia­tiques mo­dernes pro­vient d’un mé­tis­sage avec Nean­der­tal.

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