« Une nou­velle étude montre » sont les quatre mots les plus dangereux que l’on puisse lire.

Books - - 19 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO - — Sam Apple en­seigne le jour­na­lisme scien­ti­fique à l’uni­ver­si­té de Penn­syl­va­nie. — Cet ar­ticle a été pu­blié dans Wi­red le 22 jan­vier 2017. Il a été tra­duit par Pau­line Tou­let et Oli­vier Pos­tel-Vi­nay.

l’en­trée était naguère or­née du cé­lèbre « E » d’En­ron –, Ar­nold ex­plique que leur pro­jet ini­tial, à Lau­ra et lui, avait été d’iden­ti­fier les or­ga­nismes les plus per­for­mants et de leur faire des chèques. Mais ce tra­vail de re­pé­rage s’est ré­vé­lé com­pli­qué. Les as­so­cia­tions savent très bien mettre en avant leurs réus­sites et dé­crire les fon­de­ments scien­ti­fiques de leurs in­ter­ven­tions, mais quand on fouille un peu – comme le fai­saient les Ar­nold – on se rend compte qu’elles omettent sou­vent de men­tion­ner le contexte ou confondent cau­sa­li­té et cor­ré­la­tion. « Plus on en lit, moins on en sait, ré­sume Ar­nold. C’était de­ve­nu ex­tra­or­di­nai­re­ment frus­trant. »

Et puis, un jour de no­vembre 2011, il écoute le pod­cast heb­do­ma­daire de l’éco­no­miste li­ber­ta­rien Russ Ro­berts. Ce jour-là, l’in­vi­té est le jour­na­liste scien­ti­fique Ga­ry Taubes. Il ex­plique que l’opi­nion do­mi­nante de ces qua­rante der­nières an­nées en ma­tière d’ali­men­ta­tion – un ré­gime riche en graisses fa­vo­rise l’obé­si­té et les troubles car­diaques – s’ap­puie sur des don­nées scien­ti­fiques des plus fra­giles. Les études fon­da­trices, dit Taubes, com­pa­raient les ré­gimes ali­men­taires et la pré­va­lence des ma­la­dies dans plu­sieurs pays, puis fai­saient des hy­po­thèses sur les élé­ments res­pon­sables des bons ou des mau­vais chiffres du pays en ma­tière de san­té. Pis, chaque fois que des don­nées ve­naient contre­dire le consen­sus sur le dan­ger d’un ré­gime riche en graisses – don­nées sou­vent bien plus so­lides que les autres –, elles étaient né­gli­gées ou pas même pu­bliées. Per­sonne ou presque dans le monde des sciences de la nu­tri­tion ne sem­blait vou­loir re­mettre en ques­tion les études étayant la re­com­man­da­tion ré­pé­tée d’un ré­gime pauvre en graisses, alors même que les Amé­ri­cains étaient de­ve­nus plus gros et dia­bé­tiques que ja­mais.

Le ta­bleau pré­sen­té par Taubes n’est pas ce­lui de quelques études biai­sées çà et là, mais de la faillite de toute une culture scien­ti­fique. Il fait sa­voir pen­dant l’émis­sion qu’il cherche à le­ver des fonds dans l’es­poir de fi­nan­cer des ex­pé­riences per­met­tant de mieux com­prendre les causes de l’obé­si­té. Peu après, il re­çoit un cour­riel d’Ar­nold : « D’après le peu que je sais des sciences de la nu­tri­tion, votre ana­lyse pa­raît tout à fait per­ti­nente. » Comme No­sek, Taubes a dû goo­gli­ser Ar­nold pour sa­voir qui il était. Six mois plus tard, la fon­da­tion Ar­nold ac­cor­dait une mise de fonds ini­tiale de 4,7 mil­lions de dol­lars à la Nu­tri­tion Science Ini­tia­tive (NuSI), l’as­so­cia­tion co­fon­dée par Taubes pour sou­te­nir la re­cherche fon­da­men­tale sur l’ali­men­ta­tion et la san­té. L’an­née sui­vante, les Ar­nold pro­met­taient 35,5 mil­lions de dol­lars sup­plé­men­taires.

Ar­nold prend soin de ne pas mettre tous les cher­cheurs dans le même sac quand il parle des pro­blèmes de la science. Mais il ra­conte qu’écou­ter Taubes et lire son livre Good Ca­lo­ries, Bad Ca­lo­ries a été une ré­vé­la­tion. « La science est construite comme un im­meuble. Un étage au-des­sus de l’autre. » En ma­tière de nu­tri­tion, « ce sont toutes les fon­da­tions de la re­cherche qui sont ban­cales. Toutes ces choses que nous pen­sions sa­voir n’existent pas, quand on prend du re­cul et qu’on re­garde les don­nées ini­tiales ».

Ar­nold dit ne plus se fier dé­sor­mais aux ré­sul­tats d’une étude scien­ti­fique tant que lui ou quel­qu’un de son équipe n’a pas vé­ri­fié at­ten­ti­ve­ment l’ar­ticle. « Une nou­velle étude montre » sont « les quatre mots les plus dangereux », a-t-il écrit sur Twit­ter.

En pa­ral­lèle des tra­vaux de Taubes, Ar­nold lit les ana­lyses tout aus­si ac­ca­blantes de Ioan­ni­dis et Gol­dacre. Ces cri­tiques de la science sus­citent un pro­fond em­bar­ras chez les Ar­nold. « Dans tout ce qu’ils font, ils veulent être gui­dés par des faits », ra­conte Stuart Buck, di­rec­teur char­gé de l’in­té­gri­té de la re­cherche à la fon­da­tion Ar­nold. Quand on voit les études qui ne peuvent pas être re­pro­duites et les autres pro­blèmes aux­quels la science est confron­tée, « on en vient à dou­ter : qu’est-ce qu’une preuve ? Que sait-on réel­le­ment ? ».

Avec des di­zaines d’an­nées de­vant eux et des moyens qua­si­ment illi­mi­tés, les Ar­nold pen­saient avoir le temps et l’ar­gent né­ces­saires pour éva­luer cor­rec­te­ment les pro­grammes ca­ri­ta­tifs, même quand ce­la im­pli­quait de payer de coû­teux au­dits qui pou­vaient prendre des an­nées. Mais voi­là que leur ho­ri­zon s’élar­gis­sait. S’ils vou­laient vrai­ment en­tre­prendre un « chan­ge­ment trans­for­ma­tion­nel », comme il est écrit

« En nu­tri­tion, ce sont toutes les fon­da­tions de la re­cherche qui sont ban­cales. »

sur la pla­quette de leur fon­da­tion, il n’était plus suf­fi­sant de pas­ser au crible tel ou tel pro­gramme d’édu­ca­tion ou de jus­tice pé­nale. Il leur fal­lait s’at­te­ler à un pro­jet au­tre­ment am­bi­tieux : les Ar­nold al­laient ten­ter de re­mettre la science en état.

Les Ar­nold se plaisent à dire que ce sont les don­nées et non l’idéo­lo­gie qui guident leur ac­tion phi­lan­thro­pique. Il est vrai que l’on a du mal à cer­ner leur orien­ta­tion po­li­tique. Ils se dé­clarent dé­mo­crates et ont été par­mi les prin­ci­paux sou­tiens fi­nan­ciers de Ba­rack Oba­ma. En 2013, ils ont fait un don de 10 mil­lions de dol­lars pour main­te­nir à flot Head Start, le pro­gramme d’édu­ca­tion pour la pe­tite en­fance des­ti­né aux fa­milles à faibles re­ve­nus, alors me­na­cé par des coupes bud­gé­taires. Et beau­coup des causes qu’ils ont sou­te­nues, comme la ré­forme de la jus­tice pé­nale ou la baisse du prix des mé­di­ca­ments, sont clai­re­ment pro­gres­sistes. Mais la fon­da­tion veut aus­si ré­for­mer le ré­gime pu­blic de re­traite, que le couple juge dys­fonc­tion­nel – ce qui, dans les faits, si­gni­fie ha­bi­tuel­le­ment di­mi­nuer le mon­tant des pen­sions, re­le­ver l’âge du dé­part à la re­traite et faire bas­cu­ler les nou­veaux tra­vailleurs vers des ré­gimes par ca­pi­ta­li­sa­tion. Ce­la a conduit le ma­ga­zine Rol­ling Stone à qua­li­fier Ar­nold de « jeune fai­seur de rois de droite, avec le clair des­sein de prendre la suite les frères Koch » 3.

Si John Ar­nold a une idéo­lo­gie iden­ti­fiable, c’est celle d’un trader et d’un ex­pert de l’ana­lyse quan­ti­ta­tive : froid, les yeux ri­vés sur les chiffres, in­ter­ven­tion­niste. Il n’a au­cun re­gret d’avoir tra­vaillé chez En­ron et peut de­ve­nir agres­sif quand on évoque la grande fi­nance d’un point de vue mo­ral. En 2015, après qu’on eut dé­cou­vert qu’un cher­cheur en can­cé­ro­lo­gie avait fal­si­fié ses don­nées et es­cro­qué l’État de plu­sieurs mil­lions de dol­lars, Ar­nold a ju­gé sur Twit­ter que la sanc­tion, une res­tric­tion de ses fi­nan­ce­ments pen­dant cinq ans, était trop lé­gère [lire « Fraudes en can­cé­ro­lo­gie », p. 20]. Si quelque chose de si­mi­laire s’était pas­sé à Wall Street, a-t-il twit­té, le res­pon­sable au­rait été condam­né à dix ans de pri­son et la banque à une amende de 1 mil­liard

de dol­lars. « Pour­quoi les opé­ra­tions frau­du­leuses de­vraient-elle être in­fi­ni­ment plus sé­vè­re­ment sanc­tion­nées que dans d’autres do­maines ? » « Ou bien Wall Street est-elle juste une cible fa­cile et pas les cher­cheurs en can­cé­ro­lo­gie et les uni­ver­si­tés ? »

Pas éton­nant, dès lors, que la fa­çon dont les Ar­nold en­vi­sagent le don ait beau­coup à avoir avec la fa­çon dont John Ar­nold en­vi­sage l’in­ves­tis­se­ment. Lau­ra me dit qu’elle voit dans le goût du risque de son ma­ri – goût qu’elle dit par­ta­ger le lien le plus évident entre le tra­ding et la phi­lan­thro­pie. Dès que la fon­da­tion a iden­ti­fié un do­maine où ils pensent qu’ils peuvent ob­te­nir des ré­sul­tats tan­gibles, ils y vont à fond. « On ne cherche pas à créer un or­ga­nisme au suc­cès as­su­ré, mais aux échecs as­su­més et aux suc­cès fan­tas­tiques », dit-elle.

À un égard au moins, Ar­nold es­saie de faire en sorte que la science res­semble un peu plus à la fi­nance. Au cours des der­nières dé­cen­nies, les pe­tits gé­nies des maths et des sciences comme lui ont en­va­hi Wall Street, ap­por­tant une pré­ci­sion scien­ti­fique au tra­ding et ga­gnant sou­vent des for­tunes. Or les bons tra­ders, de l’avis d’Ar­nold, ont na­tu­rel­le­ment com­pris une chose que trop sou­vent les scien­ti­fiques ne voient pas : il est très fa­cile de se faire abu­ser par ses propres don­nées. Les tra­ders ont in­té­rio­ri­sé le risque de confondre cau­sa­li­té et cor­ré­la­tion – non parce qu’ils sont plus in­tel­li­gents que les scien­ti­fiques, mais parce qu’ils touchent de l’ar­gent sur les ré­sul­tats. « En règle gé­né­rale, les in­ci­ta­tions liées à la re­cherche quan­ti­ta­tive sont très dif­fé­rentes en sciences so­ciales et dans la pratique fi­nan­cière, confirme James Owen Wea­the­rall, au­teur de The Phy­sics of Wall Street. En science, on est prin­ci­pa­le­ment in­ci­té à pu­blier dans des re­vues, no­tam­ment le genre d’ar­ticles propres à at­ti­rer l’at­ten­tion et à sus­ci­ter la contro­verse, des­ti­nés à être beau­coup ci­tés et re­pris par les mé­dias. Les ar­ticles doivent sem­bler so­lides sur le plan

mé­tho­do­lo­gique, mais ce cri­tère ne vaut gé­né­ra­le­ment pas ce­lui d’em­por­ter la convic­tion. Dans la fi­nance, du moins quand on fait du tra­ding avec son propre ar­gent, on a tout in­té­rêt à tra­vailler avec ce se­cond cri­tère en vue. Car on pa­rie lit­té­ra­le­ment sur sa propre re­cherche. »

Dans mes conver­sa­tions avec Ar­nold et ses bé­né­fi­ciaires, le mot « in­ci­ta­tion » re­vient sans cesse. Le pro­blème, as­surent-ils, n’est pas que les scien­ti­fiques ne veulent pas faire ce qu’il faut. Au contraire, Ar­nold se dit per­sua­dé que la plu­part des cher­cheurs abordent leur tra­vail avec les meilleures in­ten­tions du monde. Mais ils sont dé­voyés par un sys­tème qui ré­com­pense les mau­vais com­por­te­ments. « Les scien­ti­fiques veulent réel­le­ment dé­cou­vrir des choses qui changent la vie des gens, dé­ve­loppe Ste­ven Good­man, le col­lègue de Ioan­ni­dis. En un sens, c’est l’arme la plus puis­sante que nous ayons. Et nous pou­vons l’ex­ploi­ter à fond. » Iden­ti­fier pré­ci­sé­ment quelles ré­com­penses fonc­tionnent le mieux et com­prendre com­ment chan­ger en même temps les in­ci­ta­tions des cher­cheurs, des ins­ti­tu­tions, des re­vues et des or­ga­nismes de fi­nan­ce­ment, voi­là dé­sor­mais un do­maine d’in­té­rêt pri­mor­dial pour Good­man et Ioan­ni­dis.

Au Centre pour la science ou­verte, No­sek a dé­jà com­men­cé à tes­ter de nou­velles in­ci­ta­tions pour les scien­ti­fiques. Parce qu’en­quê­ter sur des ré­sul­tats de re­cherche et ten­ter de les re­pro­duire im­plique de dis­po­ser des don­nées et le ma­té­riel uti­li­sé à l’ori­gine, il se consacre en prio­ri­té aux moyens de rendre la science plus trans­pa­rente. En 2014, il s’est as­so­cié à la re­vue Psy­cho­lo­gi­cal Science pour ap­po­ser des pas­tilles de cou­leur es­tam­pillées « Don­nées en libre ac­cès » et « Ma­té­riel en libre ac­cès » aux ar­ticles qui rem­plissent des cri­tères de par­tage. Une étude de 2016 vi­sant à me­su­rer l’ef­fi­ca­ci­té de ces pas­tilles a mon­tré que le nombre d’ar­ticles af­fi­chant l’ac­ces­si­bi­li­té des don­nées avait dé­cu­plé. « Ce n’est qu’une pe­tite pas­tille, dit No­sek. Mais ça marche. »

No­sek conti­nue éga­le­ment à faire cam­pagne pour convaincre les cher­cheurs de pré­en­re­gis­trer ce qu’ils pré­voient d’ana­ly­ser et de dé­crire dans une étude, de sorte qu’ils ne puissent pas adap­ter leur ex­pé­rience en cours de route ou dis­si­mu­ler des ré­sul­tats peu concluants – un pro­blème au­quel s’at­taque aus­si Gol­dacre. Pour pro­mou­voir le pré­en­re­gis­tre­ment, le Centre pour la science ou­verte a of­fert 1000 dol­lars aux 1000 pre­miers cher­cheurs qui pré­en­re­gis­tre­raient leurs études au­près de l’as­so­cia­tion. L’in­ci­ta­tion fi­nan­cière était une idée d’Ar­nold, pré­cise No­sek.

De­nis Ca­la­brese, le di­rec­teur de la fon­da­tion Ar­nold, dit ne pas s’at­tendre à des ré­sul­tats im­mé­diats : « L’échéan­cier des Ar­nold s’étend sur plu­sieurs dé­cen­nies », dit-il. Mais le plus re­mar­quable est qu’on voit dé­jà des ré­sul­tats. D’abord les pro­blèmes qui em­poi­sonnent la re­cherche sont de mieux en mieux connus. Sur 1 576 cher­cheurs ayant ré­pon­du à un ré­cent ques­tion­naire en ligne de la re­vue

Na­ture, plus de la moi­tié sont d’ac­cord avec l’idée qu’on as­siste à une « crise im­por­tante » de la re­pro­duc­ti­bi­li­té. L’hu­mo­riste John Oli­ver a pas­sé vingt mi­nutes, à une heure de grande écoute sur la chaîne câ­blée HBO en mai 2016, à se mo­quer de la pseu­dos­cience des jour­naux té­lé­vi­sés et du dé­bat pu­blic : « À force d’en­tendre toutes ces in­for­ma­tions ri­di­cules, on en vient à se de­man­der si la science n’est pas de la fou­taise. La ré­ponse est clai­re­ment non, mais il y a beau­coup de conne­ries que l’on fait pas­ser pour de la science. » Dans cette sé­quence, cer­taines des images de fond pro­ve­naient de la fon­da­tion Ar­nold 4.

Ioan­ni­dis, dont le nom est presque sy­no­nyme de scep­ti­cisme scien­ti­fique, dit avoir ob­ser­vé d’im­menses pro­grès ces der­nières an­nées. Les re­vues Science et

Na­ture ont com­men­cé à faire ap­pel à des sta­tis­ti­ciens pour re­lire leurs ar­ticles. Les Ins­ti­tuts amé­ri­cains de la san­té (NIH) ont mis en place de nou­velles normes de par­tage des don­nées. De­puis 2017, tous les pro­grammes de for­ma­tion fi­nan­cés par les NIH com­portent une ini­tia­tion au prin­cipe de la re­pro­duc­ti­bi­li­té. « Main­te­nant, tout le monde dit que la ré­pli­ca­tion est né­ces­saire ; ce qui est né­ces­saire c’est la re­pro­duc­ti­bi­li­té, me dit Ioan­ni­dis 5. Au­tre­ment, notre dis­ci­pline se construit sur du vent. »

Le pro­chain grand chan­tier du Centre pour la science ou­verte est un autre pro­jet de re­pro­duc­ti­bi­li­té, en can­cé­ro­lo­gie cette fois. Il a ré­cem­ment four­ni ses pre­miers ré­sul­tats : deux seule­ment des cinq études ana­ly­sées ont pro­duit les mêmes ré­sul­tats. En 2012, l’an­cien pa­tron de la re­cherche en can­cé­ro­lo­gie de la société de bio­tech­no­lo­gie Am­gen avait ré­vé­lé que l’en­tre­prise avait ten­té de re­pro­duire les ex­pé­riences dé­crites dans 53 ar­ticles qui avaient fait date en hé­ma­to­lo­gie et en on­co­lo­gie : se ls 6 ré­sul­tats avaient pu être confir­més. La re­pro­duc­ti­bi­li­té des études en can­cé­ro­lo­gie est donc un su­jet d’in­quié­tude gé­né­rale. Par ailleurs, les tra­vaux de ré­pli­ca­tion du centre ont in­ci­té des éco­no­mistes et même des cher­cheurs en éco­lo­gie tro­pi­cale à en­ga­ger des pro­jets de re­pro­duc­ti­bi­li­té de leur cru.

Reste à sa­voir si cette dy­na­mique va conduire à une vé­ri­table trans­for­ma­tion des pra­tiques scien­ti­fiques dans les dé­cen­nies à ve­nir. Ar­nold pense que cer­tains des pro­jets qu’il fi­nance ne pro­dui­ront pas les ef­fets es­comp­tés. De fait, la fon­da­tion a ces­sé en no­vembre 2017 de fi­nan­cer la Nu­tri­tion Science Ini­tia­tive de Ga­ry Taubes 6. Plus gé­né­ra­le­ment, il pour­rait ne pas être pos­sible de vrai­ment ré­for­mer un sys­tème dont les mé­ca­nismes in­ci­ta­tifs sont si pro­fon­dé­ment an­crés. « Il se­rait pré­somp­tueux de s’ima­gi­ner pou­voir chan­ger des cher­cheurs qui exercent de­puis des dé­cen­nies », dit-il. De plus, les sys­tèmes de pres­tige et de pro­mo­tion ont la vie dure. « On ne change pas une culture du jour au len­de­main », re­con­naît No­sek. Mais, comme beau­coup d’an­ciens de Wall Street peuvent en té­moi­gner, pa­rier contre John Ar­nold est ra­re­ment une bonne idée.

Peut-on ré­for­mer un sys­tème dont les mé­ca­nismes in­ci­ta­tifs sont si pro­fon­dé­ment an­crés ?

Grâce à la fon­da­tion Ar­nold, le psy­cho­logue Brian No­sek a pu créer le Centre pour la science ou­verte, qui dé­ve­loppe des ou­tils fa­vo­ri­sant le par­tage et la re­pro­duc­ti­bi­li­té des ré­sul­tats de re­cherche.

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